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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2410388

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2410388

lundi 28 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2410388
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Lille a rejeté la requête en référé suspension de M. B, ressortissant afghan bénéficiaire de la protection subsidiaire, qui contestait le rejet implicite de sa demande de titre de séjour par le préfet du Nord. Le juge a relevé que la demande avait été formée auprès du préfet de la Savoie, lieu de résidence du requérant à la date de la décision implicite, et que le litige relevait donc de la compétence territoriale du tribunal administratif de Grenoble. En application des articles R. 312-8 et R. 522-8-1 du code de justice administrative, la requête a été rejetée comme portée devant une juridiction incompétente.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 octobre 2024, M. A C B, représenté par Me Doré, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision implicite de rejet née du silence du préfet du Nord sur sa demande de titre de séjour du 8 juin 2023 ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord de procéder au réexamen de sa demande ou, à défaut, de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction, le tout sous astreinte de 300 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite ;

- la décision attaquée :

- est entachée d'incompétence ;

- méconnaît les dispositions des articles R. 311-4, R. 431-10 et R. 431-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les dispositions des articles L. 424-9, L. 561-1 et R. 424-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 octobre 2024, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que le tribunal est incompétent pour en connaître.

Par un courrier du 24 octobre 2024, les parties ont été informées que le juge des référés envisageait de rejeter la requête pour incompétence territoriale sans tenir d'audience.

M. B a fait valoir ses observations sur ce courrier par un mémoire enregistré le 25 octobre 2024.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 10 octobre 2024 sous le n° 2410419 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Terme, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

2. M. B, ressortissant afghan né le 6 juillet 2000 à Nangarhar (Afghanistan), s'est vu accorder le bénéfice de la protection subsidiaire par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 23 mai 2023. Alors qu'il résidait à Chambéry (73000), il a demandé au préfet de la Savoie, le 8 juin 2023, de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle et s'est vu remettre une attestation de prolongation d'instruction valable du 8 juin 2023 au 7 décembre 2023, renouvelée jusqu'au 29 février 2024. M. B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre la décision de rejet née du silence du préfet du Nord sur sa demande de titre de séjour.

3. D'une part, aux termes de l'article R. 431-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve de l'exception prévue à l'article R. 426-3, le titre de séjour est délivré par le préfet du département dans lequel l'étranger a sa résidence et, à Paris, par le préfet de police () ". L'article R. 432-1 du même code prévoit que : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ".

4. D'autre part, aux termes de l'article R. 312-8 du code de justice administrative : " Les litiges relatifs aux décisions individuelles prises à l'encontre de personnes par les autorités administratives dans l'exercice de leurs pouvoirs de police relèvent de la compétence du tribunal administratif du lieu de résidence des personnes faisant l'objet des décisions attaquées à la date desdites décisions ". L'article R. 522-8-1 du même code prévoit que : " Par dérogation aux dispositions du titre V du livre III du présent code, le juge des référés qui entend décliner la compétence de la juridiction rejette les conclusions dont il est saisi par voie d'ordonnance ".

5. Il résulte des dispositions citées au point 3 que la demande formulée par M. B le 8 juin 2023 a été implicitement rejetée par le préfet de la Savoie le 8 octobre 2023. A cette date, M. B résidait à Chambéry, soit dans le ressort du tribunal administratif de Grenoble. Par suite, il résulte des dispositions citées au point 4 que les conclusions de M. B doivent être rejetées comme portées devant une juridiction territorialement incompétente pour en connaître.

6. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'admettre M. B à l'aide juridictionnelle provisoire, sa requête doit être rejetée en toutes ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C B et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet du Nord.

Fait à Lille, le 28 octobre 2024.

Le juge des référés,

Signé,

D. TERME

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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