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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2410683

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2410683

lundi 21 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2410683
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a rejeté la demande de M. et Mme B visant à suspendre la décision du 14 octobre 2024 par laquelle la sous-préfète de Lens a accordé le concours de la force publique pour leur expulsion. Le juge a estimé que les requérants ne justifiaient pas d'une situation d'urgence particulière nécessitant une intervention dans un délai de quarante-huit heures, ni de circonstances postérieures au jugement d'expulsion du 26 juin 2024 démontrant une atteinte grave et manifestement illégale à la dignité humaine ou au droit à une vie familiale normale. La solution retenue s'appuie sur les articles L. 521-2 et L. 522-3 du code de justice administrative, ainsi que sur l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 octobre 2024, M. A B et Mme C B, représentés par Me Nafa Mezine, demande au juge des référés :

1°) de leur accorder à titre provisoire le bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 14 octobre 2024 par laquelle la sous-préfète de Lens a fait droit à la demande présentée le 4 octobre 2024 par la SCP Bauvin, Lemoine, Bernar tendant à l'octroi du concours de la force publique pour l'exécution du jugement du 26 juin 2024 du tribunal de proximité de Lens ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Ils soutiennent que :

En ce qui concerne l'urgence :

- ils n'ont pas connaissance de la date de l'expulsion ;

- ils n'ont pas de solution de relogement ;

En ce qui concerne l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale :

- la décision en litige porte une atteinte grave et manifestement illégale à la dignité humaine et à leur droit de mener une vie familiale normale, dès lors qu'ils n'ont pas de solution de relogement, ont des problèmes de santé, ont procédé à l'exécution de travaux dans le logement qu'ils occupent depuis 2015 et que le jugement du tribunal de proximité de Lens n'est pas devenu définitif.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des procédures civiles d'exécution ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Huguen, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Par un jugement du 26 juin 2024, le tribunal de proximité de Lens a ordonné l'expulsion de M. A B et de Mme C B du logement qu'ils occupent au n° 574-580 de la rue des Frères Leterme à Hénin-Beaumont. Par une décision du 14 octobre 2024, la sous-préfète de Lens a accordé le concours de la force publique pour procéder à cette expulsion. M. et Mme B demandent au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.

3. D'une part, lorsqu'un requérant fonde son action non sur la procédure de suspension régie par l'article L. 521-1 du code de justice administrative mais sur la procédure de protection particulière instituée par l'article L.521-2 de ce code, il lui appartient de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L. 521-2 soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures.

4. En l'espèce, si M. et Mme B soutiennent, d'une part, qu'ils n'ont pas connaissance de la date de l'expulsion et n'ont pas de solution de relogement, d'autre part, qu'ils ont des problèmes de santé, ont procédé à l'exécution de travaux dans le logement qu'ils occupent depuis 2015 et que le jugement du tribunal de proximité de Lens n'est pas devenu définitif, ces circonstances, à elles seules, ne suffisent pas à caractériser une particulière vulnérabilité de nature à établir une situation d'urgence impliquant qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans un délai de quarante-huit heures, au sens des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution : " L'Etat est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires. Le refus de l'Etat de prêter son concours ouvre droit à réparation. Les modalités d'évaluation de la réparation due au propriétaire en cas de refus du concours de la force publique afin d'exécuter une mesure d'expulsion sont précisées par décret en Conseil d'Etat ".

6. Il résulte de ces dispositions que le représentant de l'État, saisi d'une demande en ce sens, doit prêter le concours de la force publique en vue de l'exécution des décisions de justice ayant force exécutoire. Seules des considérations impérieuses tenant à la sauvegarde de l'ordre public, ou des circonstances postérieures à une décision de justice ordonnant l'expulsion d'occupants d'un local, faisant apparaître que l'exécution de cette décision serait de nature à porter atteinte à la dignité de la personne humaine, peuvent légalement justifier, sans qu'il soit porté atteinte au principe de la séparation des pouvoirs, le refus de prêter le concours de la force publique.

7. En l'espèce, M. et Mme B ne font valoir aucune circonstance postérieure à la décision de justice du 26 juin 2024 faisant apparaître que l'exécution de cette décision porterait atteinte à la dignité humaine et/ou à leur droit à mener une vie familiale normale.

8. Dès lors, et sans qu'il soit besoin d'admettre M. et Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, il y a lieu, en application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, de rejeter les conclusions de leur requête tendant à la suspension de la décision contestée et tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et Mme C B et à Me Mezine.

Copie sera adressée pour information au préfet du Pas-de-Calais.

Fait à Lille, le 21 octobre 2024.

Le juge des référés,

Signé,

O. HUGUEN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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