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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2410724

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2410724

vendredi 25 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2410724
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCABINET CENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Lille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a rejeté la requête de M. E, ressortissant égyptien, qui demandait la suspension de l'exécution d'un arrêté préfectoral du 28 avril 2023 lui refusant un titre de séjour et prononçant une obligation de quitter le territoire français. Le juge a considéré que la condition d'urgence n'était pas remplie, l'arrêté attaqué ayant déjà été confirmé par un jugement définitif du 29 avril 2024, et que les éléments invoqués (vie privée et familiale, intérêt supérieur de l'enfant) ne constituaient pas des circonstances nouvelles justifiant une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale. La solution retenue s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur les conventions européenne et internationale des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 octobre 2024, M. B E, représenté par Me D C, demande au juge des référés :

1°) statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de l'arrêté du 28 avril 2023 par lequel le préfet du Nord a refusé de faire droit à sa demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour et prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de procéder à un nouvel examen de sa situation au regard de son droit au séjour sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration du délai de 15 jours suivant la notification de l'ordonnance à intervenir, en application des dispositions des articles L. 911-2 et L. 911-3 du code de justice administrative ;

3°) d'ordonner toutes mesures qu'il estimera utile afin de faire cesser immédiatement les atteintes graves et manifestement illégales à ses libertés fondamentales ;

4°) de dire que l'ordonnance sera exécutoire aussitôt qu'elle aura été rendue en application de l'article R. 552-13 du code de justice administrative ;

5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la condition de l'urgence est remplie, dès lors, d'une part, qu'elle est présumée en matière d'éloignement, d'autre part, que son éloignement est imminent alors même que sa situation a évolué depuis l'intervention de l'arrêté attaqué ;

- l'arrêté attaqué porte une atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté d'aller et venir, dès lors qu'il est placé en rétention administrative ;

- l'arrêté attaqué porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale, dès lors qu'il vit en France depuis 12 ans où il exerce depuis 2023 une activité professionnelle de peintre en bâtiment, dispose d'un logement, a la charge d'un frère handicapé, entretient, depuis le 16 août 2021, une relation privée avec une ressortissante algérienne en situation régulière, sans pour autant partager une communauté de vie et est le père d'un enfant né le 4 août 2023 à Roubaix pour lequel il contribue à l'entretien et à l'éducation ;

- l'arrêté attaqué porte une atteinte grave et manifestement illégale à l'intérêt supérieur de l'enfant.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Huguen, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 24 octobre 2024 en présence de M. Metallaghi, greffier d'audience :

- le rapport de M. Huguen ;

- les observations de Me Troufléau, substituant Me C, pour M. E, qui a conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.

- les observations de Me Hau, pour le préfet du Nord, qui a conclu au rejet de la requête. Me Hau a fait valoir, d'une part, que les conclusions aux fins de suspension et d'injonction de la requête sont irrecevables, d'autre part, qu'il n'a pas porté, dans l'exercice de l'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.

Considérant ce qui suit :

1. M. B E, ressortissant égyptien né le 3 août 1981 à Gharbeya (Egypte), est entré en France le 7 mars 2012 sous couvert d'un passeport algérien revêtu d'un visa Schengen de type C délivré par les autorités consulaires françaises à Ryad. Il été mis en possession d'une carte de séjour portant la mention " visiteur " valable du 5 septembre 2012 au 4 septembre 2013. Par un arrêté du 14 juin 2017, le préfet du Nord a fait obligation à M. E, qui ne justifiait d'aucun titre de séjour en cours de validité, de quitter le territoire français sans délai et interdit son retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. Par un jugement du 29 juin 2017, devenu définitif, le tribunal administratif de Lille a rejeté la requête de M. E tendant à l'annulation de cet arrêté. Le 26 juillet 2022, M. E a sollicité la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au titre de circonstances humanitaires et d'une aide apportée à un proche. Par un arrêté du 28 avril 2023, le préfet du Nord a refusé de faire droit à sa demande et prononcé à son encontre une mesure d'éloignement à destination de son pays d'origine et interdit son retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. Par un jugement du 29 avril 2024, devenu définitif, le tribunal administratif de Lille a rejeté la requête de M. E tendant à l'annulation de cet arrêté. Le 4 octobre 2024, M. E a été interpellé pour une infraction au code de la route et été placé en rétention administrative en vue de l'exécution de l'arrêté du 28 avril 2023. Par une ordonnance du 11 octobre 2024, le juge des libertés et de la détention de la cour d'appel de Douai, a refusé de faire droit à la demande de M. E tendant à l'annulation de l'arrêté par lequel le préfet du Nord l'avait placé en rétention. Par une ordonnance du 19 octobre 2024, le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Boulogne-sur-Mer a refusé de faire droit à sa demande de mise en liberté au motif que les éléments relatifs à sa relation d'ordre privé avec Mme A F, à l'enfant qu'ils ont eu et à son frère n'étaient pas nouveaux. M. E demande au juge des référés de suspendre l'exécution de l'arrêté du 28 avril 2023 et d'ordonner tout mesure qu'il estimera utiles afin de faire cesser immédiatement les atteintes graves et manifestement illégales à ses libertés fondamentales.

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des éléments fournis par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire. Enfin, à la différence d'une demande de suspension présentée sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, à laquelle il peut être satisfait s'il est justifié d'une situation d'urgence et de l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée, une demande présentée au titre de la procédure particulière de l'article L. 521-2 du même code implique, pour qu'il y soit fait droit, qu'il soit justifié d'une situation d'urgence particulière rendant nécessaire l'intervention d'une mesure de sauvegarde dans les quarante-huit heures.

4. En premier lieu, il résulte de l'instruction que, par des ordonnances des 11 octobre 2024 et 19 octobre 2024, le juge des libertés et de la détention a validé le placement et le maintien en rétention administrative de M. E.

5. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que M. E a, le 26 juillet 2022, dans le cadre de sa demande tendant à la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au titre de circonstances humanitaires et d'une aide apportée à un proche, a porté à la connaissance du préfet du Nord qu'il entretenait une relation d'ordre privé avec Mme F et une relation suivie avec son frère handicapé qui est pris en charge par la maison d'accueil spécialisée de Loos. Dès lors, ces circonstances ne sauraient, à la date de la présente ordonnance, constituer des éléments nouveaux.

6. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que si M. E est le père d'un enfant né le 4 août 2023, il ne réside pas avec lui. En outre, M. E ne verse aux débats aucun élément, à l'exception d'une simple déclaration de Mme F, au demeurant peu circonstanciée, de nature à établir qu'il contribuerait effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant.

7. En dernier lieu, il résulte de l'instruction que si M. E soutient avoir une activité professionnelle depuis le 17 octobre 2023, ce qui constitue un élément nouveau, il n'établit toutefois la réalité d'une telle activité que pour le seul mois de septembre 2024.

8. Dans ces conditions, le préfet du Nord, en procédant à l'exécution de son arrêté du 28 avril 2023, ne porte pas une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales de M. E d'aller et venir, de mener une vie privée et familiale et de travailler.

9. Dès lors, et sans qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité des conclusions à fin de suspension de la requête, ni d'admettre M. E au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ni de statuer sur l'urgence, il y a lieu de rejeter la requête de M. E.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B E, à Mme D C et au ministre de l'intérieur.

Copie sera adressée pour information au préfet du Nord.

Fait à Lille, le 25 octobre 2024.

Le juge des référés,

Signé,

O. HUGUEN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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