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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2411369

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2411369

vendredi 3 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2411369
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantCALONNE

Résumé IA

Le tribunal administratif de Lille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant tunisien, qui contestait l'arrêté du préfet du Pas-de-Calais du 22 juillet 2024 lui refusant un titre de séjour, lui faisant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination. La juridiction a estimé que la décision de refus de séjour était suffisamment motivée et que le requérant ne remplissait pas les conditions pour obtenir un titre de séjour en qualité de conjoint de Français, faute de justifier de la régularité de son entrée sur le territoire et de la possession d'un visa de long séjour, conformément aux articles L. 412-1, L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi qu'aux stipulations de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988. Par conséquent, les conclusions à fin d'annulation, d'injonction et celles présentées au titre des frais de justice ont été rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 novembre 2024, M. A... B..., représenté par Me Calonne, demande au tribunal :

1°) d’annuler, pour excès de pouvoir, l’arrêté du 22 juillet 2024 par lequel le préfet du Pas-de-Calais a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de la mesure d’éloignement ;

2°) d’enjoindre au préfet de lui délivrer un certificat de résidence algérien dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l’attente, lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat le versement à Me Calonne, son avocat, de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation au regard des éléments tirés de sa vie privée et familiale ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale en raison de l’illégalité de la décision portant refus de séjour et de la décision fixant le pays de destination ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination de la mesure d’éloignement :
- elle est illégale en raison de l’illégalité la décision portant refus de certificat de résidence et de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée de défaut de motivation.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 mai 2025, le préfet du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. B... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 14 octobre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- l’accord du 17 mars 1988 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Le rapport de M. Jouanneau a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

M. B..., ressortissant tunisien né le 1er mars 1987 à Djerba (Tunisie), déclare être entré en France le 5 octobre 2022. Le 16 février 2024, il a sollicité la délivrance d’un titre de séjour en qualité de conjoint de français. Par un arrêté du 22 juillet 2024, le préfet du Pas-de-Calais a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d’éloignement. M. B... demande au tribunal d’annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

L’arrêté en litige, qui n’a pas à mentionner l’ensemble des circonstances de fait relatives à la situation de M. B..., énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Ces considérations sont suffisamment développées pour mettre utilement l’intéressé en mesure d’en discuter les motifs. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

Aux termes des stipulations de l’article 7 quater de l’accord franco-tunisien du 17 mars 1988 en matière de séjour et de travail : « Sans préjudice des dispositions du b et du d de l’article 7 ter, les ressortissants tunisiens bénéficient, dans les conditions prévues par la législation française, de la carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale ». Aux termes des dispositions de l’article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ». Aux termes des dispositions de l’article L. 423-1 du même code : « L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français. ». Aux termes de l’article L. 423-2 du même code : « L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ».

Aux termes des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui. ».

M. B... déclare être entré en France le 5 octobre 2022, soit moins de deux années avant la décision attaquée. Si M. B... se prévaut de son mariage avec une ressortissante française, ce dernier date du 18 mars 2023 et était donc récent à la date de la décision attaquée. En outre, le requérant ne justifie d’aucun obstacle à ce qu’il retourne dans son pays d’origine, où il a vécu la majeure partie de son existence, afin d’accomplir les démarches permettant un retour régulier en France. Enfin, si M. B... se prévaut de ses activités bénévoles au sein de la Croix Rouge et d’Emmaüs ainsi que du suivi de cours de français, il ne fait état d’aucune insertion professionnelle et n’établit pas qu’il serait dépourvu d’attaches dans son pays d’origine. Compte tenu de l’ensemble des circonstances de l’espèce, le préfet du Pas-de-Calais n’a pas porté au droit de M. B... au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu’il a poursuivis. Par suite, le moyen tiré de ma méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et celui tiré de l’erreur d’appréciation doivent être écartés.

En se bornant à faire valoir que le préfet n’était pas tenu de rejeter sa demande de titre de séjour et pouvait faire usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, le requérant ne caractérise, compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, aucune erreur manifeste d’appréciation.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

Il résulte de ce qui précède que M. B... n’est pas fondé à soutenir que cette décision serait privée de base légale en raison de l’illégalité de la décision portant refus de séjour.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

Il résulte de ce qui précède que M. B... n’est pas fondé à soutenir que cette décision serait privée de base légale en raison de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

L’arrêté en litige, qui n’a pas à mentionner l’ensemble des circonstances de fait relatives à la situation de M. B..., énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Ces considérations sont suffisamment développées pour mettre utilement l’intéressé en mesure d’en discuter les motifs. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B... à fin d’annulation de l’arrêté du préfet du Pas-de-Calais du 22 juillet 2024 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d’injonction sous astreinte :

Le présent jugement de rejet n’implique aucune mesure d’exécution et par suite, les conclusions à fin d’injonction et d’astreinte présentées par M. B... ne peuvent qu’être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l’Etat, qui n’a pas la qualité de partie perdante, verse à M. B... une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.





D E C I D E :





Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.




Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au préfet du Pas-de-Calais.

Copie en sera adressée pour information au ministre de l’intérieur.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Terme, président,
M. Jouanneau, conseiller,
M. Pernelle, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2025.


Le rapporteur,
Signé
S. Jouanneau

Le président,
Signé

D. Terme

La greffière,


Signé

D. Wisniewski


La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,

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