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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2412281

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2412281

lundi 16 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2412281
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCABARET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 décembre 2024, M. E B demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 2 décembre 2024 par lequel le préfet du Nord a fixé le pays d'éloignement à la suite de l'arrêt de la cour d'appel de Douai du 6 juillet 2022 le condamnant à une peine d'interdiction définitive de territoire français.

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle ne lui a pas été notifiée dans une langue qu'il comprend ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Krawczyk en application de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Krawczyk, magistrat désigné ;

- les observations de Me Cabaret, avocat, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ; elle soutient que la compagne du requérant avec qui il a eu trois enfants résident sur le territoire français ; que la décision méconnaît alors les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; qu'une audience en février 2025 statuera sur la demande de relèvement de la peine d'interdiction de territoire ;

- les observations de Me Kerrich, représentant le préfet du Nord, qui conclut au rejet de la requête et fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

- les observations de M. B, assisté de Mme A interprète assermentée en langue serbo-croate.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant monténégrin né le 25 juin 1986, demande au tribunal d'annuler l'arrêté en date du 2 décembre 2024 par lequel le préfet du Nord a fixé le pays d'éloignement à la suite de l'arrêt de la cour d'appel de Douai du 6 juillet 2022 le condamnant à une peine d'interdiction définitive de territoire français.

2. Par un arrêté du 14 octobre 2024, publié le même jour au recueil spécial n° 2024-340 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation à Mme D C, adjointe à la cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, signataire de l'arrêté en litige, à l'effet de signer, notamment, la décision attaquée. Ainsi, le moyen d'incompétence de la signataire de l'arrêté litigieux manque en fait et doit, dès lors, être écarté.

3. La décision en litige mentionne avec suffisamment de précisions les circonstances de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde. Elle vise notamment l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'arrêt de la cour d'appel de Douai du 6 juillet 2022 condamnant M. B à une peine d'interdiction définitive de territoire français. Elle précise également que le requérant est de nationalité monténégrine. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait insuffisamment motivée doit être écarté.

4. M. B ne saurait utilement se prévaloir de ce que la notification des décisions querellées n'aurait pas été effectuée dans une langue qu'il comprenait, cet élément étant seulement de nature à préserver les voies et délais de recours dont disposait l'intéressé à l'encontre de cette décision.

5. Aussi longtemps qu'une personne condamnée n'a pas obtenu de la juridiction qui a prononcé la condamnation pénale le relèvement de la peine d'interdiction du territoire, l'autorité administrative est tenue de pourvoir à son exécution, sous réserve que la décision fixant le pays de renvoi n'expose pas l'intéressé à être éloigné à destination d'un pays dans lequel sa vie ou sa liberté seraient menacées, ou d'un pays où il serait exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. Dès lors que M. B a été condamné pénalement à une interdiction définitive de territoire, peine dont le relèvement qu'a sollicité le requérant sera examiné en février 2025, le préfet du Nord était tenu de pourvoir à l'exécution de cette décision en prenant à son encontre une décision fixant son pays de destination. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme est inopérant et doit être écarté.

7. Le moyen tiré de la méconnaissance des articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est assorti d'aucune précision permettant d'en apprécier le bienfondé. Ils ne peuvent qu'être écarté.

8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et au préfet du Nord.

Prononcé en audience publique le 16 décembre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé :

J. KRAWCZYK La greffière,

Signé :

F. LELEU

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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