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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2412942

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2412942

mercredi 16 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2412942
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantDEWAELE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille a rejeté la requête de Mme A, ressortissante algérienne, qui contestait un arrêté préfectoral du 24 octobre 2024 lui refusant un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français. Le tribunal a estimé que la décision de refus était suffisamment motivée et que le préfet avait procédé à un examen réel et sérieux de sa situation. Il a également jugé que la requérante ne remplissait pas les conditions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour obtenir un titre de séjour en raison de l'absence de liens familiaux en France et de la nature de ses liens avec sa famille restée en Algérie. En conséquence, les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté ont été rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 décembre 2024, Mme B A, représentée par Me Dewaele, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 24 octobre 2024 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une carte de séjour temporaire l'autorisant à travailler ou, à défaut, de réexaminer sa demande et de lui délivrer, dans l'attente, un récépissé l'autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Dewaele de la somme de 2 000 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée doit être annulée en raison de l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours :

- la décision attaquée doit être annulée en raison de l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision attaquée doit être annulée en raison de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mars 2025, le préfet du Nord, représenté par Me Rannou de la SELARL Centaure avocats, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 janvier 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Leclère a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par sa requête, Mme A, ressortissante algérienne née le 16 septembre 2005 à Maghnia (Algérie), demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 24 octobre 2024 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Mme A ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau de l'aide juridictionnelle du 20 janvier 2025, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à ce que l'intéressée soit admise à l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

3. En premier lieu, la décision en litige mentionne tant les circonstances de fait que de droit sur lesquelles le préfet du Nord s'est fondé pour édicter la décision refusant à la requérante la délivrance d'un titre de séjour. Elle est ainsi suffisamment motivée pour l'application des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des pièces du dossier que le préfet ne se serait pas livré à un examen réel et sérieux de la situation de

Mme A. Par suite, le moyen tiré de ce que l'autorité préfectorale n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de la requérante doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ".

6. Les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 111-2 du même code, sous réserve des conventions internationales. En ce qui concerne les ressortissants algériens, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles ils peuvent être admis à séjourner en France et à y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France. Il en résulte que les dispositions précitées de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatives à la délivrance d'un titre de séjour à l'étranger qui a dix-huit ans, a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et justifie suivre une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle, ne sont pas applicables aux ressortissants algériens. Toutefois, il incombe au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressée, l'opportunité d'une mesure de régularisation. Il appartient seulement au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation portée sur la situation personnelle de l'intéressé.

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a sollicité la délivrance d'un titre de séjour " étranger confié à l'aide sociale à l'enfance ". En effet, l'intéressée a fait l'objet d'une ordonnance aux fins de placement provisoire à l'aide sociale à l'enfance prononcée par le procureur de la République près le tribunal judiciaire de Lille le 26 novembre 2021, puis d'un placement jusqu'à sa majorité, le 16 septembre 2023. Il ressort également des pièces du dossier que, depuis 2022, Mme A est inscrite dans un cursus de certificat d'aptitude professionnel (CAP) " équipier polyvalent du commerce ". Toutefois, le contrat d'apprentissage conclu dans le cadre de cette formation a été résilié au bout de vingt-trois jours. Par ailleurs, les bulletins scolaires produit à l'instance font état des difficultés d'apprentissage de l'intéressée et relèvent, en particulier, pour le premier semestre de l'année 2022-2023, 47 demi-journées d'absence injustifiées et 37 demi-journées pour le second semestre. Par ailleurs, les appréciations portées sur le bulletin du premier semestre de l'année 2023-2024, font état d'un manque d'investissement ainsi que de nombreuses absences. Enfin, Mme A n'est pas isolée dans son pays d'origine où résident ses parents, ses sœurs et son frère, ainsi que l'a relevé le préfet du Nord sans toutefois donner à cette circonstance un caractère prépondérant. Dans ces conditions, le préfet du Nord n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en considérant que la formation suivie par Mme A et sa situation professionnelle et personnelle ne justifiaient pas que cette dernière soit admise au séjour au titre de l'exercice de son pouvoir discrétionnaire de régularisation.

8. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; () ".

9. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est entrée sur le territoire français en novembre 2021, à l'âge de seize ans, soit depuis moins de trois ans à la date de la décision attaquée. Elle est célibataire et sans charge de famille et ne fait état d'aucun lien personnel et familial en France. Si elle se prévaut de son état de santé, il est constant qu'elle n'a pas sollicité de titre de séjour à ce titre. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision portant refus de séjour.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, la décision refusant à Mme A la délivrance d'un titre de séjour n'étant pas entachée d'illégalité, celle-ci n'est pas fondée à demander l'annulation par voie de conséquence de celle l'obligeant à quitter le territoire français.

12. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

13. Mme A soutient avoir quitté son pays d'origine afin d'échapper à un mariage forcé arrangé par son père. Toutefois, elle n'apporte aucun élément au soutien de ses allégations. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée n'a pas présenté de demande d'asile. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

14. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours :

15. Les décisions refusant à Mme A la délivrance d'un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français n'étant pas entachées d'illégalité, celle-ci n'est pas fondée à demander l'annulation par voie de conséquence de celle fixant un délai de départ de trente jours.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

16. La décision obligeant Mme A à quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, celle-ci n'est pas fondée à demander l'annulation par voie de conséquence de celle fixant le pays de destination.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme A tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet du Nord en date du 24 octobre 2024 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de Mme A tendant à ce qu'elle soit admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet du Nord.

Délibéré après l'audience du 25 juin 2025, à laquelle siégeaient :

- M. Baillard, président,

- Mme Leclère, première conseillère,

- M. Horn, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2025.

La rapporteure,

Signé

M. LeclèreLe président,

Signé

B. Baillard

La greffière,

Signé

S. Dereumaux

La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière.

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