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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2412993

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2412993

vendredi 17 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2412993
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDANSET-VERGOTEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante : Par une requête enregistrée le 22 décembre 2024, M. A G F, représenté par Me Danset Vergoten, demande au tribunal : 1°) d'annuler la décision du 30 mai 2024 par laquelle le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de rétablir des conditions matérielles d'accueil ; 2°) d'enjoindre au directeur territorial de l'OFII de Lille, de rétablir à titre rétroactif les conditions matérielles d'accueil, dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement à venir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ; 3°) d'enjoindre, à défaut, au directeur territorial de l'OFII de Lille, de réexaminer sa situation ; 4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il soutient que : - la décision a été prise par une autorité incompétente ; - elle est insuffisamment motivée en droit ; - son droit à être entendu et son droit à faire des observations ont été méconnus ; - elle méconnaît l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; - elle méconnaît les articles L. 522-1, L. 522-2 et L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; - elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation personnelle ; - elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Par un mémoire en défense, enregistré le 6 janvier 2024, le directeur général de l'OFII conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête et à titre subsidiaire à son rejet. Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés. Vu : - les autres pièces du dossier. Vu : - le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; - la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ; - le code de justice administrative. Le président du tribunal a désigné M. Krawczyk en application des articles L. 555-1, L 921-1 et L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique : - le rapport de M. Krawczyk, magistrat désigné ; - M. F n'étant ni présent ni représenté ; - le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'étant ni présent ni représenté. Considérant ce qui suit : 1. M. F, ressortissant guinéen né le 20 septembre 1995 à Conakry (Guinée), a sollicité l'asile en France le 28 février 2020 et a bénéficié de conditions matérielles d'accueil. Il a fait l'objet d'un transfert aux autorités allemandes le 15 décembre 2020. Par décision du 20 janvier 2021, le directeur territorial de l'OFII de Lille a procédé à la suspension de ses conditions matérielles d'accueil au motif que M. F a présenté une nouvelle demande d'asile après son transfert en Allemagne. Par un jugement du 12 mars 2024 le tribunal administratif de Lille a annulé cette décision et a enjoint à l'OFII de procéder au réexamen de la situation de M. F. Par la décision du 30 mai 2024 contestée par la présente requête, l'OFII a confirmé la suspension des conditions matérielles d'accueil de M. F. Sur les conclusions à fin d'annulation : 2. Par une décision en date du 19 mars 2024, régulièrement publiée sur le site internet de l'office français de l'immigration et de l'intégration, le directeur général de cet office a donné délégation en cas d'absence ou d'empêchement de M. C E directeur territorial à Lille, à Mme D B, adjointe, à l'effet de signer la décision en litige, laquelle relève des missions dévolues à cette direction. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige doit être écarté. 3. La décision contestée mentionne les dispositions des articles L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application et indique que le requérant n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en présentant une nouvelle demande d'asile en France après avoir été transféré vers l'Etat membre responsable de l'instruction de sa demande. Elle fait également mention du jugement du Tribunal du 12 mars 2024. La décision en litige, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, est ainsi suffisamment motivée. 4. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a pu présenter lors de l'entretien d'évaluation de sa vulnérabilité le 27 mars 2024 tout élément qui justifiait, selon lui, de la nécessité de se voir accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu et de faire des observations préalables manque en fait et doit être écarté. 5. Aux termes, d'une part, de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il est mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / 1° Il quitte la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; / 2° Il quitte le lieu d'hébergement dans lequel il a été admis en application de l'article L. 552-9 ; / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; / 4° Il a dissimulé ses ressources financières ; / 5° Il a fourni des informations mensongères relatives à sa situation familiale ; / 6° Il a présenté plusieurs demandes d'asile sous des identités différentes. / () / La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. () ". 6. Aux termes, d'autre part, de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale. ". Aux termes de l'article L. 522-2 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. ". Selon l'article L. 522-3 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. ". 7. Ces dispositions font obligation à l'OFII de procéder, à la suite d'un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. L'OFII justifie que le requérant a bénéficié le 27 mars 2024, dans le cadre du réexamen de sa situation personnelle d'un entretien destiné à évaluer sa vulnérabilité à la date du 20 janvier 2021 à la suite de l'injonction prononcée par le Tribunal. Pour justifier de sa vulnérabilité le requérant se borne à produire un certificat médical en date du 28 janvier 2021 d'un médecin du service des maladies de l'appareil digestif du centre hospitalier universitaire de Lille faisant état d'une pathologie chronique justifiant un traitement depuis mai 2020 au long cours indisponible en Guinée. Ce seul certificat ne saurait établir un état de vulnérabilité de nature à empêcher la suspension des conditions matérielles d'accueil au motif que M. F a présenté une nouvelle demande d'asile après son transfert en Allemagne. Dans ces conditions les moyens tirés des dispositions des deux paragraphes précédents ne peuvent qu'être écartés. 8. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le directeur de l'OFII de Lille n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. F avant de prendre la décision en litige, ni même qu'il aurait entaché cette décision d'une erreur manifeste d'appréciation. 9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. F doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais d'instance. D E C I D E : Article 1er : La requête de M. F est rejetée.Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A G F à Me Danset Vergoten et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 janvier 2025. Le magistrat désigné,Signé J. KRAWCZYKLa greffière, SignéT. LEDORMAND La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement. Pour expédition conforme, La greffière,N° 2412993

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