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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2413008

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2413008

lundi 6 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2413008
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l'assignation à résidence de M. A, un ressortissant mauricien. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, car les arguments généraux du requérant (atteinte à la liberté d'aller et venir, à la vie privée et à la scolarité) ne suffisaient pas à démontrer une atteinte grave et immédiate à sa situation. La décision s'appuie sur l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui permet l'assignation à résidence en vue de l'exécution d'une obligation de quitter le territoire français.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 décembre 2024, M. B A, représenté par Me Gommeaux, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 12 septembre 2024 par laquelle le préfet du Pas-de-Calais l'a assigné à résidence ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que l'assignation résidence démontre une volonté de l'administration d'exécuter la mesure d'éloignement prise à son encontre, qu'elle porte atteinte à sa liberté d'aller et venir, à sa vie privée et familiale et à sa scolarité ;

- la décision contestée est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'erreur de droit, en méconnaissance de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle n'est pas justifiée par une impossibilité pour lui de regagner son pays d'origine ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen complet et sérieux de sa situation ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision du 26 décembre 2023 l'obligeant à quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 23 décembre 2024 sous le numéro 2413091 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Perrin, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant mauricien né le 3 août 2005, est entré en France le 5 février 2023. Il a sollicité, le 4 octobre 2023, son admission exceptionnelle au séjour. Le préfet du Pas-de-Calais, par un arrêté du 26 décembre 2023, a rejeté sa demande et l'a obligé de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours. M. A s'étant maintenu sur le territoire français, le préfet du Pas-de-Calais l'a assigné à résidence jusqu'à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.

3. Pour l'application des dispositions ci-dessus reproduites de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte contesté sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire. La décision par laquelle le préfet assigne à résidence un ressortissant étranger sur le fondement de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne crée une situation d'urgence que si le requérant justifie, en invoquant des circonstances particulières, que cette décision affecte gravement sa situation.

4. Pour justifier de l'urgence qui s'attache, selon lui, à suspendre la décision en litige, M. A soutient que l'assignation résidence démontrerait une volonté de l'administration d'exécuter la mesure d'éloignement prise à son encontre, qu'elle porterait atteinte à sa liberté d'aller et venir, dès lors qu'il s'expose à des sanctions pénales en cas de manquement aux obligations prescrites par l'assignation à résidence, ainsi qu'à sa vie privée et familiale, dès lors qu'il ne pourrait plus suivre sa famille lors de ses déplacements en France et en Europe, et que les obligations de pointage imposées par la décision contestée sont incompatibles avec son emploi du temps et porteraient ainsi atteinte au bon déroulement de sa scolarité et à son intégration en France. Toutefois, ces considérations générales, alors que M. A n'apporte aucune précision quant aux diligences entreprises pour adapter les obligations assortissant la mesure d'assignation à résidence à son emploi du temps, ne peuvent suffire, à elles seules, à caractériser l'existence d'une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administratives. Par suite, la condition d'urgence ne peut être regardée comme remplie.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l'existence d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté contesté, que la requête de M. A doit être rejetée selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Fait à Lille, le 6 janvier 2025.

Le juge des référés,

Signé,

D. PERRIN

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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