jeudi 23 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2413204 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 décembre 2024, M. A B, représenté par Me Doré, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) de suspendre, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet du Nord sur sa demande tendant à la délivrance d'une carte de séjour temporaire ;
3°) d'enjoindre au préfet du Nord, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et de réexaminer sa situation, dans le délai de huit jours, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser, en cas d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à son conseil en application des article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ou, à défaut d'une telle admission, à lui verser en application des seules dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'urgence est présumée, s'agissant d'un renouvellement de titre de séjour ;
- sur le doute sérieux, que :
- la décision attaquée n'a pas été prise par une autorité compétente ;
- cette décision n'est pas motivée ;
- elle méconnait l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 janvier 2025, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que la demande a été déclarée incomplète à deux reprises et ne permettait donc pas de prendre une décision, qu'ainsi aucune décision implicite n'est née.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la copie de la requête par laquelle M. A B demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Perrin, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 16 janvier 2025 à 11h30, en présence de Mme Debuissy, greffière, M. Perrin, juge des référés, a lu son rapport et entendu, Me Doré représentant M. B, qui reprend ses conclusions et ses moyens.
Le préfet du Nord, n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant turc né le 17 mars 1984, est entré en France, le 10 décembre 2022 avec un visa de long séjour en qualité de salarié et a demandé une carte de séjour comme salarié, le 20 septembre 2023. M. B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet du Nord sur sa demande.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ".
3. Au cas d'espèce, en raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, il y a lieu d'admettre M. B, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
5. Aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. " et aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R.* 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. ". Le silence gardé par le préfet sur une demande de titre de séjour fait en principe naître, au terme du délai prévu à l'article R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une décision implicite de rejet de cette demande. Il en va autrement lorsqu'il est établi que le dossier de la demande était incomplet, le silence gardé par l'administration valant alors refus implicite d'enregistrement de la demande, lequel ne constitue pas une décision susceptible de recours.
6. Il résulte de l'instruction que par un courrier du 14 juin 2024, le préfet du Nord a informé le requérant que son dossier ne comportait pas l'attestation de travail correspondant au maintien de l'emploi accompagné des éléments justifiant le maintien du contrat de travail : déclaration sociale nominative de l'employeur concernant l'intéressé, attestation d'activité ou attestation d'activité professionnelle des douze derniers mois. Par suite, le préfet indiquait que la demande de l'intéressée était classée sans suite. Le requérant ne démontre pas avoir introduit une nouvelle demande complète de titre de séjour depuis la réception de ce courrier. S'il joint à la présente instance, l'autorisation de travail relative à son emploi, il ne justifie pas qu'il ait adressé cette pièce au préfet à l'appui de sa demande, ni qu'il ait en tout état de cause adressé les autres pièces réclamées dans le courrier du préfet et exigibles en application de l'annexe 10 à l'article R. 431-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, comme le fait valoir le préfet, aucune décision implicite susceptible de recours n'est née.
7. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais liés au litige, doit être rejetée.
O R D O N N E :
Article 1er : M. B est admis à titre provisoire à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée pour information au préfet du Nord.
Fait à Lille, le 23 janvier 2025.
Le juge des référés,
Signé,
D. Perrin
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N°2413204
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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