jeudi 23 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2500002 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 2 janvier 2025, M. A B, représenté par Me Fourdan, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative la suspension de la décision implicite par laquelle le préfet du Nord a refusé de renouveler son titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire ", jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
3°) d'enjoindre au préfet du Nord de réexaminer sa situation et de prendre une décision explicite dans le délai de deux mois et dans cette attente, de le convoquer en vue de lui délivrer un récépissé provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de sept jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros qui sera versée à son conseil au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve pour ce conseil de renoncer à la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la requête est recevable, le requérant n'ayant pas été informé de la naissance d'une décision implicite, compte tenu de la délivrance de récépissé ;
- la délivrance de récépissé ne fait pas obstacle à l'existence d'une décision implicite qui est donc susceptible de recours ;
- la condition d'urgence est présumée, s'agissant d'une demande de renouvellement, en outre la décision contestée le maintient de manière anormalement longue dans une situation de précarité au regard de son droit au séjour, il a perdu son emploi et n'a pu conclure un contrat à durée indéterminée compte tenu de l'absence de titre, enfin il en résulte une situation financière difficile ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- cette décision est en effet insuffisamment motivée ;
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 435-3, L. 421-3, R. 431-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article R. 5221-22 du code du travail ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 janvier 2025, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- si le requérant a demandé le renouvellement de son titre de séjour le 2 mai 2022, il n'a jamais complété son dossier ;
- par ailleurs, s'il a demandé un changement de statut le 30 janvier 2023, il n'a pas non plus complété cette demande ;
- par suite, aucune décision implicite n'est née.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la copie de la requête par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code du travail ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et son décret d'application n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Perrin, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 janvier 2025 à 11h30, en présence Mme Debuissy, greffière d'audience :
- le rapport de M. Perrin ;
- les observations de Me Fourdan, représentant M. B, également présent, qui conclut aux mêmes fins que sa requête introductive d'instance, par les mêmes moyens ;
- le préfet du Nord n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Une note en délibéré produite par Me Fourdan pour M. B a été enregistrée le 22 janvier 2025.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant ivoirien né le 20 juillet 2003, a été muni d'une carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire " expirant le 30 août 2022. Il en a demandé le renouvellement le 25 mai 2022 et s'est vu délivrer des récépissés de demande de titre, le dernier valable jusqu'au 24 septembre 2024. Il demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative de suspendre l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet du Nord lui a refusé le renouvellement d'un titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire ".
Sur l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. L'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut également être accordée lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé, notamment en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion. L'aide juridictionnelle est attribuée de plein droit à titre provisoire dans le cadre des procédures présentant un caractère d'urgence dont la liste est fixée par décret en Conseil d'État. () ".
4. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, d'admettre provisoirement M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
5. Aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. " et aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R.* 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. ". Le silence gardé par le préfet sur une demande de titre de séjour fait en principe naître, au terme du délai prévu à l'article R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une décision implicite de rejet de cette demande. Il en va autrement lorsqu'il est établi que le dossier de la demande était incomplet, le silence gardé par l'administration valant alors refus implicite d'enregistrement de la demande, lequel ne constitue pas une décision susceptible de recours.
6. Il résulte des pièces produites par le préfet du Nord que le requérant a été informé par courrier du 19 octobre 2022 que sa demande du 25 mai 2022 de renouvellement de titre de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire " était classée sans suite, faute de production du contrat de travail et de l'autorisation de travail lié à celui-ci. Par un courrier du 17 août 2023, le préfet du Nord a ensuite informé le requérant que sa demande du
30 janvier 2023 de titre de séjour portant la mention salarié était également classée sans suite, faute de production de l'autorisation de travail liée à cette demande. Si M. B soutient que, lors de sa première demande, il était en formation professionnalisante et était dispensé d'autorisation de travail, il n'est pas sérieusement contesté qu'il n'a pas présenté d'autorisation de travail à l'appui de sa nouvelle demande de carte en tant que salarié qui est venu se substituer à sa demande de renouvellement. Si M. B produit une autorisation de travail du 5 juin 2024 pour un contrat de travail à durée déterminée à compter du 16 mai 2024 pour une durée de deux mois, cette décision est postérieure au classement sans suite de sa précédente demande. Par suite, comme le fait valoir le préfet, aucune décision implicite susceptible de recours n'est née sur la demande de titre formulée par l'intéressé.
7. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais liés au litige, doit être rejetée.
O R D O N N E :
Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée pour information au préfet du Nord.
Fait à Lille, le 23 janvier 2025.
Le juge des référés,
Signé,
D. Perrin
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026