jeudi 23 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2500007 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 2 janvier 2025 et des pièces complémentaires enregistrées le 16 janvier 2025 à 10h15 et 10h22, Mme A B, représentée par Me Doré, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
3°) d'enjoindre au préfet du Nord de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans le délai de huit jours, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement à Me Doré, avocate de Mme B de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- l'urgence est présumée, s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour, au surplus, l'absence de document justifiant de son séjour a entrainé la suspension de son contrat de travail ;
- la décision contestée est entachée d'incompétence de son auteur ;
- cette décision méconnait l'article L. 422-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 janvier 2025 à 9h20, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'une pièce manquante du dossier de demande ne lui a été adressée qu'à l'occasion de la présente instance et qu'un récépissé a alors été délivré à la requérante, valable jusqu'au 13 avril 2025.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la copie de la requête par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et son décret d'application n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Perrin, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 janvier 2025 à 11h30, en présence de Mme Debuissy, greffière :
- le rapport de M. Perrin,
- et les observations de Me Doré, représentant Mme B, également présente qui conclut aux mêmes fins que sa requête introductive d'instance, par les mêmes moyens et indique que la requérante n'a pas reçu le récépissé dont le préfet fait état.
Le préfet du Nord, n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante de la République démocratique du Congo, née le 23 mai 1997, s'est vu délivrer des cartes de séjour portant la mention " étudiant ", la dernière valable jusqu'au 3 février 2023. Elle indique avoir demandé d'une part le renouvellement de sa carte en tant qu'étudiante ainsi que la délivrance d'une carte de séjour portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise ". Par la présente, elle demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative de suspendre l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet du Nord lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour.
Sur l'admission à titre provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".
4. Pour l'application des dispositions ci-dessus reproduites de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
5. Si la requérante soutient qu'elle a d'abord demandé le renouvellement de son titre en tant qu'étudiant, il n'est pas sérieusement contesté qu'elle a ensuite demandé une carte de séjour " recherche d'emploi ou création d'entreprise " ayant achevé ses études. Pour justifier de l'urgence qui s'attache à ce que lui soit délivré un titre de séjour, elle produit une attestation de son ancien employeur en date du 25 novembre 2024 qui confirme la suspension de son contrat de travail en l'absence de document justifiant de son séjour. Toutefois, le préfet du Nord fait valoir en défense que son dossier a été complété d'une pièces manquante, communiquée dans le cadre de la présente instance et qu'en conséquence un récépissé de demande de titre l'autorisant à travailler, valable du 14 janvier 2025 au 13 avril 2025 lui a été adressé à l'adresse connue de l'administration. Si la requérante soutient à l'audience qu'elle n'a pas reçu ce récépissé, la date récente d'établissement du récépissé ne permet pas de considérer dans les circonstances de l'espèce, cet élément comme de nature à démontrer l'urgence. Dans ces conditions, alors que son employeur a indiqué être prêt à l'employer de nouveau, l'intéressée ne saurait être regardée comme justifiant de l'existence d'une situation d'urgence justifiant que le juge des référés statue à bref délai sur sa demande en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il y ait lieu de se prononcer sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué, que la requête de Mme B doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et sa demande présentée au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme B est admise à titre provisoire à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au ministre de l'intérieur.
Une copie en sera adressée pour information au préfet du Nord.
Fait à Lille, le 23 janvier 2025.
Le juge des référés,
Signé,
D. PERRIN
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026