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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2500422

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2500422

jeudi 18 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2500422
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantCABARET

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille annule la décision implicite de rejet du préfet du Nord concernant la demande de certificat de résidence « vie privée et familiale » de M. A..., ressortissant algérien et parent d’un enfant français. Le tribunal retient un défaut de motivation, car le préfet n’a pas communiqué les motifs de la décision implicite malgré la demande de l’intéressé, en violation des articles L. 211-2 et L. 232-4 du code des relations entre le public et l’administration. Il enjoint au préfet de réexaminer la demande dans un délai de deux mois, sans astreinte, et condamne l’État à verser 1 200 euros à l’avocate de M. A... au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 janvier 2025, M. B... A..., représenté par Me Cabaret, demande au tribunal :

1°) d’annuler, pour excès de pouvoir, la décision implicite de rejet résultant du silence gardé par le préfet du Nord sur la demande qu’il lui a adressé le 17 mai 2024 et tendant à la délivrance d’un certificat de résidence portant la mention « vie privée et familiale » ;

2°) d’enjoindre au préfet de lui délivrer le certificat de résidence sollicité, dans un délai d’un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d’un mois à compter de cette même date, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler dans l’attente ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat le versement à Me Cabaret, son avocate, de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :
- la décision en litige est entachée d’une insuffisance de motivation ;
- elle méconnaît les stipulations du 4 de l’article 6 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.


M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 18 novembre 2024.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.


Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.


Le rapport de M. Terme, président-rapporteur, a été entendu au cours de l’audience publique du 27 novembre 2025.


Considérant ce qui suit :

1. M. A..., ressortissant algérien né le 22 juillet 1984 à Sig (Algérie), déclare être entré en France en 2007. Le 17 mai 2024, il a sollicité la délivrance d’un certificat de résidence portant la mention « vie privée et familiale » en qualité de parent d’un enfant français. M. A... demande au tribunal d’annuler la décision implicite de rejet résultant du silence gardé par le préfet du Nord sur sa demande.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

2. D’une part, aux termes de l’article R.* 432-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ». Aux termes de l’article R. 432-2 du même code : « La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R.* 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois ».

3. D’autre part, aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / (…) ». Aux termes de l’article L. 232-4 du même code : « Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. (…) ».

4. Par un courrier le 17 mai 2024, M. A... a sollicité la délivrance d’un certificat de résidence portant la mention « vie privée et familiale » en qualité de parent d’enfant français. En l’absence de réponse a dans le délai de quatre mois suivant la réception de cette demande, une décision implicite de rejet est née le 17 septembre 2024. Le 16 janvier 2025, M. A... a demandé la communication des motifs de cette décision implicite de rejet. Cette demande est également restée sans réponse. M. A... est, dès lors, fondé à soutenir que la décision implicite de refus résultant du silence gardé par le préfet du Nord sur sa demande de certificat de résidence est entachée d’un défaut de motivation.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision implicite de refus résultant du silence gardé par le préfet du Nord sur la demande de certificat de résidence présentée par M. A... doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d’injonction et d’astreinte :

6. Il y a lieu d’enjoindre au préfet de réexaminer la demande du requérant dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision. Il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. M. A... a obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 200 euros à verser à Me Cabaret, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat.



D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite de rejet résultant du silence gardé par le préfet du Nord sur la demande de certificat de résidence présentée par M. A..., est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord de réexaminer la demande de M. A... dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision.

Article 3 : L’Etat versera à Me Cabaret une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Cabaret renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.



Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A..., à Me Cabaret et au préfet du Nord.

Copie en sera adressée pour information au ministre de l’intérieur.


Délibéré après l’audience du 27 novembre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Terme, président-rapporteur,
M. Jouanneau, conseiller,
M. Pernelle, conseiller.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 décembre 2025.



Le président-rapporteur,


Signé

D. TermeL’assesseur le plus ancien,


Signé

S. Jouanneau

La greffière,


Signé

D. Wisniewski


La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


Pour expédition conforme,
La greffière,




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