jeudi 13 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2500728 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 janvier 2025, Mme A B, représentée par Me Dewaele, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet du Pas-de-Calais a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;
2°) d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de lui délivrer une nouvelle autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement à Me Dewaele, avocate de Mme B, de la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- le titre de visiteur qu'elle détient ne lui permet pas d'être prise en charge au sein d'un établissement spécialisé ;
- la décision attaquée :
- est entachée d'incompétence ;
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'un défaut d'examen ;
- méconnaît les dispositions des articles L. 423-11 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- porte une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale normale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 février 2025, le préfet du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que l'urgence n'est pas établie, la requérante bénéficiant de l'allocation adulte handicapé et le refus du département du Pas-de-Calais de lui verser l'aide personnalisée à l'autonomie comme l'absence de prise en charge des frais d'hébergement en établissement spécialisé ne résultant pas de la décision du préfet.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la copie de la requête par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers du droit d'asile ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Perrin, premier conseiller, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer en matière de référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Dérégnieaux greffière, M. Perrin a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Legallais, substituant Me Dewaele, représentant Mme B ;
- les observations de M. C, représentant le préfet du Pas-de-Calais.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du retrait de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
3. Mme B, ressortissante libanaise, est entrée en France le 19 mai 2021 et a bénéficié d'une carte de séjour portant la mention " visiteur " régulièrement renouvelée, la dernière valable du 20 mai 2024 au 19 mai 2025. Elle a néanmoins demandé parallèlement au renouvellement de son titre de séjour, un changement de statut pour bénéficier d'une carte de séjour en qualité d'ascendant à charge de français. Par la présente, elle demande la suspension de la décision implicite par laquelle le préfet du Pas-de-Calais lui a refusé la délivrance de ce dernier titre.
4. Pour justifier de l'urgence qui s'attache selon elle à la suspension de la décision contestée, Mme B soutient que la carte de séjour " visiteur " qu'elle détient ne lui permet pas d'être admise dans un établissement spécialisé permettant de prendre en charge la pathologie dont elle souffre. Toutefois, il est constant qu'elle n'a pas demandé un titre de séjour en raison de son état de santé. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 111-2 du code de l'action sociale et des familles : " Les personnes de nationalité étrangère bénéficient dans les conditions propres à chacune de ces prestations : / 4° Des allocations aux personnes âgées prévues à l'article L. 231-1 à condition qu'elles justifient d'une résidence ininterrompue en France métropolitaine depuis au moins quinze ans avant soixante-dix ans. ". Le refus du département du Pas-de-Calais de la faire bénéficier de l'allocation personnalisée d'autonomie est donc sans lien avec la catégorie de titre que détient l'intéressée. De même, il ne résulte pas du refus du 22 mars 2023 de ce département de prendre en charge les frais d'hébergement temporaire relatifs à l'entrée dans un établissement hospitalier pour personnes âgées dépendantes en raison de l'absence de domicile de secours dans ce département que ce refus, que la requérante n'indique pas avoir contesté, soit lié à la détention d'un titre de séjour en tant que visiteur. La requérante n'établit donc pas que la prise en charge dans un établissement spécialisé soit subordonnée à la détention d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Elle ne justifie donc pas que la décision du préfet du Pas-de-Calais porte une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation personnelle. La condition d'urgence n'est donc pas établie.
5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la condition relative au doute sérieux sur la légalité de la décision, que la requête de Mme B doit être rejetée dans toutes ses conclusions.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet du Pas-de-Calais.
Fait à Lille, le 13 février 2025.
Le juge des référés,
Signé,
D. Perrin
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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