vendredi 14 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2501134 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 février 2025 et deux mémoires enregistrés les 10 et 11 février 2025, M. A B, représenté par Me Stienne-Duwez, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de suspendre la décision du 7 novembre 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur a invalidé son permis de conduire ;
3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de restituer 12 points sur son permis, dans un délai de 8 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 400 euros, à verser à son conseil, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, en cas de refus d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il souffre de problèmes de santé qui nécessitent des déplacements en voiture, que personne ne peut le conduire, qu'il ne peut pas prendre de taxi compte tenu de ses ressources, sa source de revenus étant le revenu de solidarité active ;
- la décision contestée est entachée d'incompétence ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;
- elle méconnaît le troisième alinéa de l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'il n'est pas établi qu'il ait fait l'objet de contraventions ou de condamnations, que les points ont été retirés par erreur et que l'ensemble des points étaient restitués à la date de la décision contestée.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 30 janvier 2025 sous le numéro 2500906 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de la route ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Perrin, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 7 novembre 2023, le ministre de l'intérieur a prononcé l'invalidité du permis de conduire de M. B pour solde de point nul. Par la présente, le requérant demande la suspension de cette décision.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.
3. Pour l'application des dispositions ci-dessus reproduites de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte contesté sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. La condition d'urgence s'apprécie objectivement et globalement au regard de l'intérêt du demandeur mais aussi de l'intérêt public et notamment, s'agissant d'une décision de suspension d'un permis de conduire, des exigences liées à la protection de la sécurité routière.
4. Pour justifier de l'urgence qui s'attache, selon lui, à suspendre l'exécution de la décision en litige, le requérant fait valoir qu'il souffre de problèmes de santé qui nécessitent des déplacements en voiture personnelle, que personne ne peut le conduire et qu'il ne peut pas prendre de taxi compte tenu de ses ressources, sa source de revenus étant le revenu de solidarité active. Toutefois, le requérant ne produit aucun élément permettant d'établir qu'il aurait recherché, sans succès, une solution alternative à l'utilisation de son véhicule personnel pour réaliser les trajets nécessaires à la prise en charge de ses problèmes de santé, et notamment qu'il serait dans l'impossibilité de prendre les transports en commun ou que les déplacements nécessités par ses soins ne seraient pas pris en charge au titre de la sécurité sociale. Le requérant indique que sa mobilité est réduite par son traitement morphinique, ce qui n'établit pas que la décision contestée soit à l'origine de ses difficultés de déplacement. Par ailleurs, si le requérant soutient être en situation de précarité financière, dès lors qu'il est bénéficiaire du revenu de solidarité active, cette circonstance n'est assortie d'aucun élément suffisamment précis quant à ses conditions d'existence et à l'importance de ses charges. En tout état de cause, eu égard à la gravité et au caractère répété des infractions au code de la route commises par le requérant, l'urgence s'attachant à l'exécution immédiate de la mesure de suspension de son permis de conduire, prise dans un but de sécurité routière, l'emporte sur l'urgence invoquée par le requérant. Par suite, la condition d'urgence exigée par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.
5. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l'existence d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté contesté et sans qu'il y ait lieu d'accorder à M. B le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, la requête de M. B doit être rejetée selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.
Fait à Lille, le 14 février 2025.
Le juge des référés,
signé
D. Perrin
Pour expédition conforme,
La greffière,
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