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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2502150

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2502150

mercredi 21 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2502150
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDANSET-VERGOTEN

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Lille annule l'arrêté du 26 février 2025 par lequel le préfet du Nord avait renouvelé l'assignation à résidence de M. B, ressortissant algérien, pour une durée de quarante-cinq jours. La solution retenue est fondée sur la méconnaissance de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA). Le tribunal a jugé que l'obligation de quitter le territoire français sous-jacente avait été implicitement abrogée par une injonction antérieure du même tribunal, rendant l'assignation à résidence dépourvue de base légale.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 mars 2025, M. A B, représenté par Me Danset-Vergoten, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 février 2025 par lequel le préfet du Nord a renouvelé, pour une durée de quarante-cinq jours à compter du 6 mars 2025, l'assignation à résidence prononcée à son encontre par un arrêté du 20 janvier 2025 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé, ce qui révèle un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- il a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors qu'il n'a pas été informé des modalités d'exercice de ses droits, des obligations qui lui incombent et, le cas échéant, de la possibilité de bénéficier d'une aide au retour, en méconnaissance des dispositions des articles L. 732-7 et R.732-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors qu'il n'a pas été mis à même de présenter des observations avant son édiction, en méconnaissance du principe général des droits de la défense ;

- il méconnait l'article L.731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard du respect dû à sa vie privée et familiale et à sa liberté d'aller et de venir.

La procédure a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Denys, conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 2 avril 2025 à 13h30, Mme Denys :

- a présenté son rapport ;

- a constaté que M. B n'était ni présent, ni représenté ;

- a entendu les observations de Me Kerrich, représentant le préfet du Nord, qui conclut au rejet de la requête et fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés ;

- et a prononcé la clôture de l'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 13 septembre 1993, a fait l'objet, le 1er juillet 2022, d'un arrêté du préfet du Nord par lequel cette autorité lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par un arrêté du 20 janvier 2025, la même autorité l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours en vue de son éloignement effectif du territoire français dans ce délai. M. B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 26 février 2025 par lequel le préfet du Nord a renouvelé, pour une durée de quarante-cinq jours à compter du 6 mars 2025, l'assignation à résidence prononcée à son encontre par cet arrêté.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 avril 2025. Il n'y a pas lieu, par suite, de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur le surplus des conclusions :

3. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que, par un jugement n°2207319 rendu le 28 novembre 2022, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Lille a notamment enjoint au préfet du Nord de délivrer une autorisation provisoire de séjour à M. B. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Nord n'aurait pas délivré à l'intéressé cette autorisation provisoire de séjour, qui a implicitement mais nécessairement eu pour effet d'abroger l'arrêté du 1er juillet 2022 par lequel le préfet du Nord a fait obligation de quitter le territoire français sans délai à M. B, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Il s'ensuit que l'arrêté attaqué, qui renouvelle l'assignation à résidence dont fait l'objet l'intéressé pour assurer l'exécution de cet arrêté, qui a été abrogé avant son intervention, méconnait les dispositions de l'article L.731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens présentés à cette fin, l'arrêté du 26 février 2025 doit être annulé.

Sur les frais liés au litige :

6. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à Me Danset-Vergoten, avocate de M. B, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre M. B, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du 26 février 2025 du préfet du Nord est annulé.

Article 3 : L'Etat versera à Me Danset-Vergoten une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Danset-Vergoten renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Danset-Vergoten et au préfet du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mai 2025.

La magistrate désignée,

Signé :

A. DenysLa greffière,

Signé :

V. Lesceux

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2502150

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