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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2502683

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2502683

mercredi 7 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2502683
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLUTRAN

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Lille a été saisi par Mme B, ressortissante ivoirienne, d’un recours en excès de pouvoir contre une décision du directeur territorial de l’OFII du 14 mars 2025 lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d’accueil des demandeurs d’asile. La requérante invoquait l’incompétence de l’auteur de l’acte et la méconnaissance des articles L. 551-15 et D. 551-17 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, au motif que sa situation particulière et sa vulnérabilité n’avaient pas été prises en compte. Le tribunal a admis Mme B au bénéfice provisoire de l’aide juridictionnelle totale. Sur le fond, il a rejeté la requête, estimant que les moyens soulevés n’étaient pas fondés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 mars 2025, Mme A B, représentée par Me Lutran, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

2°) d'annuler la décision du 14 mars 2025 par laquelle le directeur territorial de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile ;

3°) d'enjoindre au directeur de l'OFII, à titre principal, de la rétablir dans ses droits à compter du 14 mars 2025, de proposer un hébergement à sa cellule familiale et de procéder au versement rétroactif de l'allocation pour demandeur d'asile, dans un délai de 7 jours à compter de la notification du présent jugement, ou, à titre subsidiaire, de procéder, dans les mêmes conditions de délai, au réexamen de sa situation ;

4°) et de mettre à la charge l'OFII une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que la décision attaquée :

- a été édictée par une autorité incompétente ;

- et méconnaît les dispositions des articles L. 551-15 et D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile puisqu'il n'a pas été tenu compte de sa situation particulière et de sa vulnérabilité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mars 2025, l'OFII a conclu au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide et à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles ;

- le code de justice administrative ;

Le président du tribunal a désigné M. Larue, premier conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Larue, magistrat désigné ;

- les observations de Me Lutran, représentant Mme B, qui a conclu aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;

- et les observations de Mme B qui a répondu, en français, aux questions qui lui ont été posées ;

- l'OFII n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante ivoirienne, née le 1er juin 1993, est entrée irrégulièrement en France, en juillet 2024. Elle a formulé une demande d'asile qui a été enregistrée au guichet unique des demandeurs d'asile de la préfecture du Nord, le 14 mars 2025. Le même jour, après qu'ait été évaluée sa vulnérabilité, Mme B s'est vu refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile parce qu'elle avait, sans motif légitime, présenté sa demande d'asile plus de quatre-vingt-dix jours après son entrée en France. Par la présente requête, Mme B sollicite l'annulation de cette décision lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, en application de ces dispositions, d'admettre, à titre provisoire, Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / () / 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai (de 90 jours) prévu au 3° de l'article L. 531-27. / () " / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. / Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". A cet égard, l'article L. 522-1 du même code dispose que : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale ". L'article L. 522-3 du même code disposant que : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines ".

4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme B est entrée irrégulièrement en France en juillet 2024, soit plus de 90 jours avant la date d'enregistrement de sa demande d'asile, le 14 mars 2025. Toutefois, il ressort également des pièces du dossier que Mme B, qui ne bénéficie d'aucun hébergement stable, est enceinte depuis le 27 juillet 2024 et présente un état physique et psychique préoccupant. Ainsi, Mme B justifie de besoins particuliers en matière d'accueil et se trouve dans une situation de vulnérabilité, au sens des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il suit de là qu'elle est fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa vulnérabilité.

5. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, les conclusions de Mme B à fin d'annulation de la décision du 14 mars 2025, par laquelle le directeur territorial de l'OFII lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, doivent être accueillies.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Le présent jugement implique nécessairement que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil soit accordé à Mme B à titre rétroactif, à compter du 14 mars 2025. Il y a lieu d'enjoindre à l'OFII de prendre une décision en ce sens, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir.

Sur les frais liés au litige :

7. Mme B ayant été admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a donc lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Lutran renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à Me Laporte d'une somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Mme B est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Article 2 : La décision du 14 mars 2025, par laquelle le directeur territorial de l'OFII a refusé à Mme B le bénéfice des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile, est annulée.

Article 3 : Il est enjoint à l'OFII d'accorder rétroactivement à Mme B, à compter du 14 mars 2025, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Sous réserve que Me Lutran renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, l'OFII lui versera, en sa qualité d'avocate de Mme B, une somme de 1 000 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Lutran et au directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 07 mai 2025.

Le magistrat désigné,

signé

X. LARUE

La greffière,

signé

O. DEBUISSY

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2502683

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