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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2504408

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2504408

mardi 16 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2504408
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCABINET CENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille a rejeté la requête de M. B... contre l'arrêté préfectoral du 9 mai 2025 lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai. La juridiction a jugé que les décisions étaient suffisamment motivées et prises par une autorité compétente, et que le moyen tiré d'une notification dans une langue non comprise était inopérant. S'appuyant sur l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, le tribunal a estimé que la mesure ne portait pas une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale de l'intéressé, compte tenu de son séjour très récent en France. Enfin, le refus de délai de départ volontaire a été validé sur le fondement des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en raison de l'entrée irrégulière et de l'absence de demande de titre de séjour.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 mai 2025, M. C... B... demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 9 mai 2025 par lequel le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l’a interdit de retour sur le territoire français pendant deux ans ;

2°) d’enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 contre renonciation de la part de ce conseil au bénéfice de l’indemnité versée au titre de l’aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne les différentes décisions contestées :
- elles ne sont pas suffisamment motivées ;
- il n’est pas établi qu’elles ont été prises par une personne qui était compétente pour ce faire ;
- elles ne lui ont pas été notifiées dans une langue qu’il comprend.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
- il ne constitue pas une menace pour l’ordre public et ne présente pas de risque de fuite ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle méconnaît les stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant deux ans :
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation quant à la durée de cette interdiction.


Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. Fabre a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :


1. M. C... B..., né le 1er janvier 1991 à Kirkouk (Irak), est de nationalité irakienne. Par un arrêté du 9 mai 2025, dont il demande l’annulation, le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l’a interdit de retour sur le territoire français pendant deux ans.


Sur les conclusions à fin d’annulation :


En ce qui concerne les différentes décisions contestées :


2. En premier lieu, les décisions contestées comportent l’énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elles se fondent et sont, par suite, suffisamment motivées.


3. En deuxième lieu, l’arrêté contesté a été signé, pour le préfet du Nord et par délégation, par M. D... A..., directeur de cabinet de permanence, qui était compétent pour ce faire, en vertu d’un arrêté du 22 novembre 2024 du préfet du Nord, publié le même jour au recueil spécial n°2024-378 des actes administratifs des services de l’Etat dans le département.


4. En troisième et dernier lieu, la circonstance que l’arrêté contesté ne lui aurait pas été notifié dans une langue qu’il comprend est sans incidence sur sa légalité.



En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :


5. Il ressort des pièces du dossier qu’à la date de l’arrêté attaqué, le requérant n’est en France que depuis quelques semaines. Il est célibataire et sans enfant en France. Il ne justifie d’aucune famille en France et ne soutient ni même n’allègue en être dépourvu en Irak. Par suite, la décision contestée n’a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale. Les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales n’ont ainsi pas été méconnues.


6. Il en résulte que les conclusions à fin d’annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.


En ce qui concerne la décision portant refus d’octroi d’un délai de départ volontaire :



7. Aux termes de l’article L. 612-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ». Aux termes de l’article L. 612-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / (…) 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / (…) 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ».


8. Il ressort des pièces du dossier que le requérant ne justifie pas être entré régulièrement sur le territoire français et n’a pas sollicité la délivrance d’un titre de séjour, qu’il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes puisqu’il ne peut présenter des documents d’identité ou de voyage en cours de validité, qu’il est sans domicile fixe sur le territoire français et que lors de son audition, il a déclaré refuser de regagner son pays d’origine. Par suite, et quand bien même il ne représente pas une menace pour l’ordre public, il se trouve dans les cas prévus par les dispositions précitées justifiant que le préfet du Nord refuse de lui accorder un délai de départ volontaire.


9. Il en résulte que les conclusions à fin d’annulation de la décision portant refus d’octroi d’un délai de départ volontaire doivent être rejetées.




En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :


10. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales est dépourvu des précisions permettant d’en apprécier l’éventuel bien-fondé.


11. Il en résulte que les conclusions à fin d’annulation de la décision fixant le pays de destination doivent être rejetées.


En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant deux ans :


12. Aux termes de l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / (…) ». Par ailleurs, aux termes de l’article L. 612-10 du même code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / (…) ».


13. Le requérant ne justifie d’aucune circonstance humanitaire justifiant qu’une interdiction de retour ne soit pas prise à son encontre. Par ailleurs, eu égard aux éléments rappelés aux points 5 et 8, le préfet du Nord n’a pas commis d’erreur d’appréciation en l’interdisant de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans.


14. Il en résulte que les conclusions à fin d’annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant deux ans doivent être rejetées.


15. Il résulte de l’ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d’injonction et celles présentées au titre des frais d’instance.



D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.










Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C... B... et au préfet du Nord.

Copie en sera transmise au ministre de l’intérieur.

Délibéré après l’audience du 2 décembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Fabre, président,
Mme Bruneau, première conseillère,
M. Garot, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2025.


Le président-rapporteur,

Signé

X. FABRE
L’assesseur le plus ancien,

Signé

M. BRUNEAU



Le greffier,

Signé



A. DEWIERE


La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


Pour expédition conforme,




La greffière,






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