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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2504464

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2504464

lundi 16 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2504464
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCABINET CENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Lille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a été saisi par Mme B, ressortissante guinéenne, d'une demande de suspension de la décision implicite de rejet du préfet du Nord refusant le renouvellement de son titre de séjour. Le juge a constaté que la condition d'urgence était présumée remplie s'agissant d'un refus de renouvellement de titre de séjour, et a estimé que les moyens invoqués, tirés notamment de la méconnaissance des articles L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme, étaient propres à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision. En conséquence, il a ordonné la suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet et enjoint au préfet de réexaminer la demande de Mme B et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail sous astreinte.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 mai 2025, Mme C B, représentée par Me Schryve, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre la décision implicite par laquelle le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer à titre provisoire un titre de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, et de lui remettre un document provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de quarante-huit heures, le tout sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet du Nord de procéder au réexamen de sa situation et de rendre une nouvelle décision expresse sur sa demande, dans un délai d'un mois, et, dans cette attente, de lui délivrer un récépissé de sa demande comportant une autorisation de travail, dans un délai de quarante-huit heures, le tout sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, en cas de refus d'octroi de l'aide juridictionnelle, de lui verser directement la même somme au titre de l'article L. 761 1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision contestée est entachée d'un défaut de motivation. De plus, le préfet n'a pas répondu à sa demande de communication de motifs ;

- elle est entachée d'un vice de procédure et la commission du titre de séjour n'a pas été préalablement saisie ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juin 2025, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la condition d'urgence n'est pas remplie.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 13 mai 2025 sous le numéro 2504500 par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Terme, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 4 juin 2025 en présence de M. Potet, greffier d'audience, M. Terme a lu son rapport et entendu les observations de Me Schryve accompagnée de Mme A élève-avocate représentant Mme B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ".

2. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre Mme B, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

4. Mme B, ressortissante guinéenne née le 9 mars 1995 à Conakry (Guinée), a bénéficié en dernier lieu d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " valable jusqu'au 9 mars 2023 dont elle a demandé le renouvellement par un courrier réceptionné le 12 janvier 2023, et a par la suite été placée sous récépissé. Elle demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision née du silence gardé par le préfet sur cette demande.

5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du retrait de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

6. Le préfet ne peut utilement faire valoir, pour contester l'urgence qui s'attache à la demande de la requérante, que cette dernière aurait été négligente au regard de la date de naissance de la décision attaquée, dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que des récépissés ont été délivrés à Mme B de manière régulière depuis cette date. Par ailleurs, la circonstance qu'un nouveau récépissé, valable jusqu'au 17 juin 2025, lui aurait été adressé, n'est pas davantage susceptible de remettre en cause cette présomption compte tenu de sa date d'expiration et de la date de la présente ordonnance. Enfin, la circonstance que Mme B soit défavorablement connue des services de police n'est pas davantage susceptible, en l'espèce, de remettre en cause cette présomption, compte tenu que le préfet ne donne aucune indication sur la date de la commission des faits qui lui sont reprochés, et eu égard à leur nature. La condition d'urgence doit donc être regardée comme remplie.

7. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que la décision attaquée est insuffisamment motivé paraît susceptible de faire naître un doute sérieux quant à sa légalité.

8. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens invoqués, Mme B est fondée à demander la suspension de l'exécution de la décision qu'elle conteste.

Sur les conclusions à fins d'injonction et d'astreinte :

9. Il y a lieu d'enjoindre au préfet du Nord de réexaminer la demande de Mme B dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, et de lui délivrer, dans un délai de quinze jours à compter de cette même date, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

10. Mme B étant admise, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Schryve, avocate de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à cette avocate de la somme de 800 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros sera versée à Mme B.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme B est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'exécution de la décision née du silence gardé par le préfet du Nord sur la demande de Mme B du 12 janvier 2023 est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Nord de réexaminer la demande de Mme B dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, et de lui délivrer, dans un délai de quinze jours à compter de cette même date, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Schryve renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Schryve, avocate de Mme B, une somme de 800 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros sera versée à Mme B.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B et au ministre d'État, ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée pour information au préfet du Nord.

Fait à Lille, le 16 juin 2025.

Le juge des référés,

signé

D. Terme

La République mande et ordonne au ministre d'État, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière

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