mardi 22 juillet 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2506199 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | CABINET CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 1er juillet 2025 et le 16 juillet 2025, Mme I K G, représentée par Me Navy, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler pour excès de pouvoir les arrêtés du 30 juin 2025 par lesquels le préfet du Nord l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement, lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a assignée à résidence ;
3°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de sept jours sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de procéder au réexamen de sa situation administrative dans un délai de trente jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à Me Navy, son avocat, au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou en cas de rejet de la demande d'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- a été signée par une autorité dont la compétence n'est pas établie ;
- a été adoptée sans examen particulier de sa situation ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- méconnaît les dispositions des articles L. 613-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;
- la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
- est signée par une autorité dont la compétence n'est pas établie ;
- méconnaît les articles L. 612-1 à L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'une erreur d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de destination :
- est signée par une autorité dont la compétence n'est pas établie ;
- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision faisant interdiction de retour sur le territoire pour une durée d'un an :
- est signée par une autorité dont la compétence n'est pas établie ;
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en raison de circonstances humanitaires ;
- la décision portant assignation à résidence :
- est signée par une autorité dont la compétence n'est pas établie ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'une " erreur manifeste d'appréciation ".
La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire en défense, seulement des pièces, enregistrées le 3 juillet 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant signée à New-York le
26 janvier 1990 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Fougères en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Fougères, magistrat désigné ;
- les observations de Me Guillaud, représentant Mme G, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;
- les observations de Mme G, qui a souligné que sa situation administrative engendrait un stress pour toute la famille ;
- le préfet n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme G, ressortissante surinamaise née le 13 octobre 1980 à Paramaribo (Surinam) et déclarant être entrée sur le territoire français en 2016, a été interpellée le 30 juin 2025 à démunie de tout document l'autorisant à séjourner sur le territoire français. Par un arrêté du 30 juin 2025, le préfet du Nord l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par un arrêté du même jour, le préfet du Nord l'a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par la présente requête, Mme G demande l'annulation des arrêtés précités.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique :
" Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions
ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée
soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle,
soit par la juridiction compétente ou son président () ".
3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des
dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme G au bénéfice de l'aide
juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées :
4. Par un arrêté du 27 juin 2025, publié le même jour au recueil spécial n° 2025-188 des actes administratifs de l'Etat dans le département du Nord, le préfet du Nord a donné délégation à Mme H F, cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, signataire des deux arrêtés contestés, à l'effet de signer, notamment, les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions en litige doit être écarté.
En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme G avant d'adopter la décision attaquée. Si la requérante reproche au préfet du Nord de ne pas avoir pris en considération le temps de sa présence en Guyane française, antérieurement à son arrivée en France métropolitaine, il ressort des pièces du dossier que Mme G, qui a obtenu un visa de la part des autorités consulaires françaises installées au Surinam, n'a pas été présente de manière continue sur le territoire français depuis 1985 comme elle le soutient, de sorte que le préfet du Nord était fondé à ne pas tenir compte de la période antérieure à sa dernière arrivée, dans le courant de l'été 2016, sur le territoire national.
6. En deuxième lieu, d'une part, l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " La décision portant obligation de quitter le territoire français () est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit ".
7. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". En outre, l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
8. Il résulte de ce qui a été dit au point 5 que Mme G est entrée en France, pour la dernière fois, depuis le Surinam, en juillet 2016, dans le cadre d'un visa de court séjour délivré le 22 juillet 2016 par les autorités consulaires françaises à Paramaribo. Si quelques justificatifs sont produits pour la période antérieure à 2016, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle aurait résidé en France de manière continue avant cette année. Le 20 juillet 2018, après un premier refus de titre de séjour en qualité de parent d'enfant français, intervenu le 3 mai 2018, elle a déposé une nouvelle demande de titre de séjour en cette même qualité. Par un arrêté du 21 juin 2019, le préfet du Nord a rejeté sa demande et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Mme G s'est cependant maintenue sur le territoire national et ne justifie pas avoir cherché à régulariser sa situation administrative postérieurement à cet arrêté.
9. La requérante, qui produit une attestation d'hébergement du directeur de l'association Relais Soleil Tourquennois datée du 5 février 2024, établit vivre en concubinage avec M. B D depuis le 21 octobre 2020. Cependant, il ne ressort pas des pièces du dossier, et n'est pas soutenu, que ce dernier aurait vocation à demeurer durablement sur le territoire national. Le couple accueille à son domicile trois enfants : J E, enfant née en Guyane et confiée à Mme G par ses parents aux termes d'un acte dressé par un notaire surinamien, le fils mineur de la requérante Lubresio G, né le 14 août 2017 à Limoges, de nationalité surinamienne, et le fils majeur de la requérante, Gerson G, né à Saint-Laurent-du-Maroni le 5 février 2001, de nationalité française. J E et Lubresio G ont cependant vocation à suivre Mme G, tandis que Gerson G, âgé de 24 ans, n'a pas vocation à demeurer au foyer. Si Mme G a une sœur, Mme A C, résidant à Lille, il ressort de son audition par les services de police le 30 juin 2025 qu'elle n'est pas dépourvue de famille au Surinam, où réside notamment une autre sœur. Mme G, qui n'a communiqué que des avis de non-imposition ne mentionnant aucun revenu pour les quelques avis antérieurs à 2017 versés aux débats, a occupé différents emplois entre décembre 2016 et le 15 mai 2019 ; le couple perçoit désormais des aides de la part de l'association Relais Soleil Tourquennois pour subvenir à ses besoins. En dépit d'une présence de près de dix années en France métropolitaine, et à l'exception d'un engagement cultuel, Mme G, qui n'a pas cherché à régulariser sa situation administrative depuis le rejet de sa dernière demande de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français prononcée le 21 juin 2019 et qui ne produit que deux attestations à l'appui de sa requête, dont une émanant de sa sœur, ne justifie pas d'une insertion sociale particulière sur le territoire national.
10. Dans ces circonstances, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté en litige porterait à son droit au respect de sa vie privée une atteinte disproportionnée aux buts d'intérêt public en vue desquels il a été pris. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de la méconnaissance des dispositions des articles L. 613-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.
11. En dernier lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
12. La décision en litige n'a ni pour objet ni pour effet de séparer Mme G de son enfant mineur dont la vocation normale est de suivre sa mère. Sous réserve du consentement de ses parents, J E a également vocation à suivre la requérante. Dans ces conditions, Mme G n'est pas fondée à soutenir que la décision en litige méconnaît le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.
13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.
En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision refusant un délai de départ volontaire :
14. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". L'article L. 612-3 du même code ajoute que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () / 7° L'étranger a contrefait, falsifié ou établi sous un autre nom que le sien un titre de séjour ou un document d'identité ou de voyage ou a fait usage d'un tel titre ou document ; / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".
15. Pour refuser à Mme G un délai de départ volontaire, le préfet du Nord a relevé qu'elle s'était soustraite à une précédente mesure d'éloignement, qu'elle avait volontairement présenté un document d'identité usurpé au service interpellateur et qu'elle ne présentait aucun document d'identité ou de voyage au cours de sa garde à vue.
16. Compte tenu de la circonstance en particulier que Mme G ne s'est pas conformée à la précédente mesure d'éloignement prise à son encontre le 21 juin 2019, le préfet du Nord n'a pas commis d'erreur d'appréciation en considérant qu'il existait un risque qu'elle se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre et en décidant, pour ce motif, de refuser de lui accorder un délai de départ volontaire.
17. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme G tendant à l'annulation de la décision refusant un délai de départ volontaire doivent être rejetées.
En ce qui concerne l'autre moyen dirigé contre la décision fixant le pays de destination :
18. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".
19. En l'espèce, Mme G, qui ne précise pas en quoi elle encourrait des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine, n'établit pas être personnellement et actuellement exposée au risque de subir dans son pays d'origine des traitements prohibés par les stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, le préfet du Nord n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen doit être écarté.
20. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme G tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de destination doivent être rejetées.
En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
21. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". En outre, aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
22. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Ainsi la décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Toutefois, si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.
23. En premier lieu, la décision par laquelle le préfet du Nord a fait interdiction à Mme G de revenir sur le territoire français pour une durée d'un an vise les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sa motivation atteste que l'ensemble des critères énoncés par ce dernier article a été pris en compte. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.
24. En second lieu, au regard de la situation personnelle de la requérante exposée précédemment, le préfet du Nord pouvait considérer qu'aucune circonstance humanitaire ne justifiait de déroger au prononcer d'une interdiction de retour sur le territoire français. En outre, compte tenu de l'inexécution de l'obligation de quitter le territoire français prononcée le 21 juin 2019, et alors même que la présence de Mme G, arrivée pour la dernière fois sur le territoire français à l'été 2016, ne constitue pas une menace pour l'ordre public et que son fils majeur ainsi que sa sœur, de nationalité française, ont vocation à rester en France, en limitant à une année la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français édictée à l'encontre de la requérante, le préfet du Nord, qui pouvait estimer, n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
25. Il résulte de ce qui précède que Mme G n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 30 juin 2025 par laquelle le préfet du Nord lui a interdit de revenir sur le territoire français pour une durée d'un an
En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant assignation à résidence :
26. L'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / () ".
27. En se bornant à soutenir que la décision portant assignation à résidence ne répond pas aux exigences posées par l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'elle est entachée d'une " erreur manifeste d'appréciation ", Mme G, qui a fait l'objet d'une nouvelle obligation de quitter le territoire français sans délai aux termes de l'arrêté attaqué dans la présente instance, n'assortit pas son moyen des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé. Par suite, elle n'est pas fondée à solliciter l'annulation de la décision l'assignant à résidence.
28. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme G doit être rejetée y compris celles à fin d'injonction et d'application au profit de son conseil des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Mme G est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme G est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme I K G et au préfet du Nord.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2025.
Le magistrat désigné,
Signé :
V. Fougères
Le greffier,
Signé :
T. Régnier
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026