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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2506305

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2506305

mardi 16 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2506305
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCABINET CENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet du Nord du 3 juin 2025. Le tribunal a jugé que la décision d'obligation de quitter le territoire français sans délai était suffisamment motivée et que le droit d'être entendu du requérant n'avait pas été violé. Il a également estimé que la mesure ne portait pas une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale au regard de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Enfin, l'interdiction de retour de trois ans n'a pas été jugée entachée d'erreur d'appréciation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 juillet 2025, M. B... A..., représenté par Me Mezine, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 3 juin 2025 du préfet du Nord en tant qu’il l’a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de trois ans ;

2°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 contre renonciation de la part de ce conseil au bénéfice de l’indemnité versée au titre de l’aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions portant obligation de quitter le territoire français et refusant l’octroi d’un délai de départ volontaire :
- ces décisions sont entachées d’un défaut de motivation ;
- elle sont entachées d’un vice de procédure tiré de la violation de son droit à être entendu ;
- elles sont entachées d’un défaut d’examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;
- elles méconnaissent les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation.

La clôture de l’instruction a été fixée au 9 octobre 2025 à 12 h 00 par une ordonnance du 9 juillet 2025.

Le préfet du Nord, représenté par la Selarl Centaure avocats, a produit un mémoire en défense, enregistré le 11 octobre 2025, à 11 h 57, postérieurement à la clôture d’instruction, qui n’a pas été communiqué.

M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 25 août 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. Garot a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

1. M. B... A..., ressortissant algérien né le septembre 1993 à Chlef (Algérie), est entré en France, selon ses déclarations, en août 2019, dépourvu de visa. Par un arrêté du 3 juin 2025, le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d’office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de trois ans. Par la présente requête, M. A... demande l’annulation de cet arrêté en tant qu’il lui fait obligation de quitter le territoire français sans délai et lui fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Sur les moyens communs aux décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus d’octroi d’un délai de départ volontaire :

2. En premier lieu, l’arrêté du 3 juin 2025, qui contient les décisions portant obligation de quitter le territoire français et refusant l’octroi d’un délai de départ volontaire, vise les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et notamment les articles L. 611-1 et L. 612-2. Il rappelle les conditions d’entrée et de séjour de M. A... sur le territoire français, mentionne des éléments relatifs à sa situation personnelle et ajoute en particulier qu’il n’établit pas être dépourvu d’attaches dans son pays d’origine, ni être dans l’impossibilité de s’y réinsérer socialement et professionnellement. La décision en litige comporte l’énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et satisfait aux exigences de motivation résultant notamment du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile permettant ainsi au requérant d’en discuter utilement le bien-fondé. Le moyen tiré du défaut de motivation, qui manque en fait, doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l’article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne : « 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; / (...) ». Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : « Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d’être entendue avant qu’une mesure individuelle qui l’affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre (…) ». S’il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l’Union européenne que l’article 41 s’adresse, non pas aux États membres, mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l’Union, de sorte que le moyen tiré de leur violation par une autorité d’un État membre est inopérant, il résulte cependant de cette même jurisprudence que le droit d’être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l’Union, et qu’il appartient aux États membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d’une procédure administrative avant l’adoption de toute décision susceptible d’affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l’autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d’entendre l’intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

4. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal de l’audition de M. A... réalisée le 2 juin 2025 par les services de police, que le requérant a été entendu sur sa situation personnelle et a été, contrairement à ce qu’il soutient, mis en état de présenter ses observations quant à la perspective de son éloignement du territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet du Nord aurait méconnu le droit de M. A... à être entendu doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet du Nord a procédé à un examen sérieux de la situation personnelle du requérant avant de prendre les décisions en litige.

6. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui »

7. En l’espèce, si M. A... déclare être irrégulièrement entré en France en août 2019, il ressort toutefois des pièces du dossier qu’il a indiqué, lors d’une audition par les services de police le 22 octobre 2020 dans le cadre d’une vérification de son droit à circulation et au séjour, séjourner sur le territoire français depuis un mois. Cette procédure a été suivie par une première décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre le 22 octobre 2020 par le préfet de la Haute-Garonne, qu’il n’a pas exécutée. Le requérant soutient, par ailleurs, vivre en couple avec une ressortissante française depuis le mois de février 2024 et produit à cet égard cinq attestations de témoins et trois photographies. Néanmoins, alors au demeurant que M. A... s’est déclaré célibataire et sans adresse lors de son audition par les services de police le 2 juin 2025, cette relation sentimentale alléguée est en tout état de cause récente à la date des décisions attaquées et ne suffit pas à démontrer qu’il aurait fixé en France le centre de ses intérêts privés. En outre, il ressort des pièces du dossier que l’intéressé, sans charge de famille, n’est pas dépourvu d’attaches dans son pays d’origine où réside toute sa famille et où il a vécu jusqu’à son arrivée en France. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A..., qui a d’ailleurs été condamné sous une autre identité à une peine de deux mois d’emprisonnement par un jugement du tribunal correctionnel de Toulouse le 13 janvier 2021 pour des faits de vol aggravé par deux circonstances, soit inséré dans la société française. Il suit de là que M. A... n’est pas fondé à soutenir qu’en l’obligeant à quitter le territoire français sans délai, le préfet du Nord aurait porté une atteinte disproportionnée, compte tenu du but poursuivi par cette mesure, à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus d’octroi d’un délai de départ volontaire doivent être rejetées.

Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :

9. Aux termes de l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Lorsqu’aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. (…) ». Aux termes de l’article L. 612-10 de ce code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l’autorité administrative tient compte de la durée de présence de l’étranger sur le territoire français, de la nature et de l’ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu’il a déjà fait l’objet ou non d’une mesure d’éloignement et de la menace pour l’ordre public que représente sa présence sur le territoire français. (…) ».

10. M. A... ne justifie d’aucune circonstance humanitaire de nature à faire obstacle à ce qu’une interdiction de retour sur le territoire français soit prononcée à son encontre. Par ailleurs, compte tenu de la durée de séjour de l’intéressé sur le territoire français, de sa situation personnelle et familiale telle qu’elle a été exposée au point 7, et de la circonstance qu’il s’est soustrait à une précédente mesure d’éloignement, le préfet du Nord, en lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans, n’a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour et du droit d’asile.

11. Il résulte de ce qui précède que M. A... n’est pas fondé à demander l’annulation de la décision du préfet du Nord portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

12. Il résulte de l’ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.


D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au préfet du Nord.

Copie en sera adressée pour information au ministre de l’Intérieur.


Délibéré après l'audience du 2 décembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Fabre, président,
Mme Bruneau, première conseillère,
M. Garot, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2025.



Le rapporteur,
Signé
M. Garot
Le président,
Signé
X. Fabre




Le greffier,

Signé

A. Dewière


La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,


La greffière




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