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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2506306

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2506306

vendredi 25 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2506306
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMARICOURT

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Lille a rejeté la requête de M. A, un ressortissant afghan, qui contestait le refus de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de lui accorder les conditions matérielles d'accueil. Le juge a estimé que la décision de l'OFII, fondée sur l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), était suffisamment motivée. Il a également considéré que le refus était légal, car M. A avait présenté une demande de réexamen de sa demande d'asile, ce qui constitue un motif de refus prévu par le CESEDA. Enfin, le tribunal a jugé que l'OFII avait procédé à une évaluation de la vulnérabilité du requérant, conformément aux articles L. 522-1 et L. 522-3 du même code.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 juillet 2025 et 21 juillet 2025, M. B A, représenté par Me Maricourt, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 1er juillet 2025 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- il a fait une demande de réexamen de sa demande d'asile le 1er juillet 2025 car il n'a pas reçu la convocation de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides pour se présenter à l'entretien.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juillet 2025, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Lemée, conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lemée, magistrat désigné,

- et les observations de Me Maricourt représentant M. A qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens,

- M. A n'étant pas présent,

- le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 1er juillet 2025, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé à M. A, né le 12 septembre 1998 à Logar (Afghanistan), de nationalité afghane, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. / L'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut également être accordée lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé, notamment en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion. () L'aide juridictionnelle provisoire devient définitive si le contrôle des ressources du demandeur réalisé a posteriori par le bureau d'aide juridictionnelle établit l'insuffisance des ressources ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, la décision contestée vise les articles L. 551-15 et D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application et fait état de la circonstance que M. A présente une demande de réexamen de sa demande d'asile. La décision contestée est ainsi suffisamment motivée. Le moyen qui manque en fait doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : () 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; () La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. / Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale ". Aux termes de l'article L. 522-3 de ce code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines ".

6. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier de la fiche d'évaluation de sa situation de vulnérabilité, qui a été établie le 1er juillet 2025, que M. A, dont l'épouse et les deux enfants résident en Afghanistan, est hébergé par le dispositif d'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile et que son état de santé ne correspond à aucun besoin particulier en matière d'accueil. En se bornant à produire des ordonnances médicales, le requérant ne contredit pas utilement l'appréciation de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. La circonstance que l'intéressé soit dépourvu de ressources financières ne caractérise pas une situation de particulière vulnérabilité. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'Office français de l'immigration et de l'intégration aurait commis une erreur d'appréciation en lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur d'appréciation doivent être écartés.

7. En troisième et dernier lieu, la circonstance, à la supposer établie, que M. A n'ait pas reçu la convocation de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides lors de l'examen de sa demande d'asile, en raison du fait qu'il n'aurait pas eu accès à son espace personnel OFPRA, demeure sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, qui lui refuse le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il a présenté une demande de réexamen de sa demande d'asile. Par suite, alors que l'intéressé a bénéficié d'un entretien d'évaluation de sa vulnérabilité le 1er juillet 2025 et dont l'état de santé ne correspond à aucun besoin particulier en matière d'accueil, ainsi qu'il a été dit au point précédent, le moyen doit être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2025.

Le magistrat désigné,

Signé :

M. Lemée

Le greffier,

Signé :

T. Régnier

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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