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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2506384

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2506384

mardi 5 août 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2506384
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMOUNTAP MOUNBAIN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille a examiné la requête de M. A, un ressortissant congolais demandeur d'asile, contestant le refus de l'OFII de lui accorder les conditions matérielles d'accueil. Le tribunal a rejeté le moyen tiré de l'absence de preuve de la formation de l'agent ayant évalué sa vulnérabilité, estimant que la signature et le cachet de l'agent suffisent en l'absence d'élément contraire. La décision a également été jugée suffisamment motivée, car elle vise les textes applicables et mentionne le motif du refus. En conséquence, le tribunal a rejeté la demande d'annulation de la décision du 30 juin 2025.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 juillet 2025, M. B C A, représenté par Me Mountap Mounbain, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 30 juin 2025 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil en sa qualité de demandeur d'asile ;

3°) d'enjoindre au directeur territorial de l'OFII de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 000 euros, à verser à son conseil, au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'évaluation de vulnérabilité n'indique pas la qualité de l'agent qui l'a effectuée, ni s'il a été formé pour cette évaluation conformément à l'article L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle :

- elle est entachée d'une erreur de fait en ce qu'elle mentionne qu'il a présenté sa demande d'asile plus de quatre-vingt-dix jours suivant son entrée en France, sans faire état de ses conditions de subsistance ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation compte tenu de sa situation de précarité ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 et son droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juillet 2025, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive n° 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Sanier, conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sanier, magistrate désignée,

- les observations de Me Mountap Mounbain représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens ; il ajoute que la décision attaquée méconnaît les dispositions des articles L. 551-15 et D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les observations de M. A, qui répond aux questions posées par le tribunal dans le cadre de l'instruction ;

- l'OFII n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant congolais né le 30 décembre 1983, déclarant être entré en France le 18 novembre 2023, a présenté une demande d'asile, enregistrée le 30 juin 2025 au guichet unique des demandeurs d'asile de la préfecture du Nord. Par une décision du 30 juin 2025, le directeur territorial de l'OFII lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cette décision.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".

3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A a bénéficié, le 30 juin 2025, d'un entretien portant sur l'évaluation de sa vulnérabilité, au cours duquel il a exposé son parcours personnel et familial et a été mis à même de faire valoir tout élément utile sur sa situation. Les initiales et la signature de l'agent ayant conduit cet entretien figurent, avec le cachet de l'OFII et la mention " auditeur ", sur la fiche d'évaluation de la vulnérabilité de l'intéressé. Si le requérant soutient qu'il n'est pas établi que la personne qui a procédé à cet entretien avait reçu une formation spécifique à cette fin, aucune disposition n'impose que soit portée la mention, sur ce compte-rendu, de l'identité de l'agent qui a conduit l'entretien, lequel, en l'absence d'élément contraire, doit être regardé comme ayant reçu la formation spécifique mentionnée à l'article L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de cet article doit être écarté.

6. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les articles applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, énonce à la date à laquelle la demande d'asile de M. A a été enregistrée et indique le motif pour lequel le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lui est refusé. Elle comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision en litige doit être écarté.

7. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le directeur territorial de l'OFII n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. A, qui a notamment bénéficié, le 30 juin 2025, d'un entretien au cours duquel sa situation personnelle et sa vulnérabilité ont été évaluées. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux de sa situation doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / () ; / 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. / Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". Aux termes de l'article L. 531-27 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée à la demande de l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile dans les cas suivants : / () / 3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France ; () ". En vertu de l'article D. 551-17 de ce code : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite et motivée. Elle prend en compte la situation particulière et la vulnérabilité de la personne concernée. Elle prend effet à compter de sa signature ".

9. Si M. A soutient qu'il ne dispose d'aucun moyen de subsistance et que sa situation est précaire, il n'apporte aucun élément au soutien de ses allégations, alors qu'il ressort de la fiche d'évaluation de sa situation de vulnérabilité, établie le 30 juin 2025, qu'il est hébergé chez un tiers et que son état de santé ne correspond à aucun besoin particulier en matière d'accueil. Dans ces conditions, et alors qu'il ne conteste pas avoir introduit sa demande d'asile au-delà du délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France, l'intéressé n'établit pas qu'il se trouvait dans une situation de vulnérabilité telle que le directeur territorial de l'OFII ne pouvait légalement lui refuser les conditions matérielles d'accueil en application des dispositions du 4° de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le requérant n'est pas davantage fondé à soutenir que la décision attaquée, qui fait expressément référence à l'examen de ses besoins et de sa situation personnelle et familiale, n'aurait pas pris en considération sa situation de vulnérabilité. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que le directeur territorial de l'OFII aurait méconnu les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et entaché sa décision d'erreur de fait et d'erreur d'appréciation.

10. En cinquième lieu, M. A ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article 20 de la directive du Parlement européen et du Conseil n° 2013/33/UE du 26 juin 2013, intégralement transposée en droit interne, sans faire état de l'incompatibilité des règles nationales dont l'OFII a fait application avec ces dispositions. Par suite, ce moyen est inopérant et doit être écarté.

11. En dernier lieu, la décision litigieuse n'a ni pour objet, ni pour effet d'empêcher M. A de solliciter l'asile, l'intéressé ayant d'ailleurs présenté une demande d'asile en France, enregistrée en procédure accélérée le 30 juin 2025 par le préfet du Nord. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée porterait atteinte à l'exercice effectif, par le requérant, de la liberté fondamentale de solliciter l'asile doit être écarté.

12. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution, de telle sorte que les conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent également être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : M. A est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Mountap Mounbain.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 août 2025.

La magistrate désignée,

Signé

L. SanierLe greffier,

Signé

R. Antoine

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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