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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2508253

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2508253

jeudi 11 septembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2508253
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBERTHE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille a été saisi par M. C..., ressortissant étranger bénéficiaire d'une protection internationale en Grèce, contestant les décisions du préfet du Pas-de-Calais l'obligeant à quitter le territoire français. Le requérant soutenait notamment que, en raison de son statut de réfugié accordé par la Grèce, il ne pouvait faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français mais uniquement d'une mesure de réadmission vers ce pays, conformément à la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne (arrêt C-673/19). Le tribunal a fait droit à ce moyen, annulant les décisions attaquées pour erreur de droit, au motif que l'administration ne pouvait fonder la mesure d'éloignement sur les dispositions relatives au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier. La solution retenue s'appuie sur les articles L. 611-1 et L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur le droit de l'Union européenne.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 août 2025 et 8 septembre 2025, M. E... C... demande au tribunal :

1°) d’annuler pour excès de pouvoir les décisions du 25 août 2025 par lesquelles le préfet du Pas-de-Calais l’a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, fixé le pays de destination de cette mesure d’éloignement et a interdit son retour sur le territoire français pour une durée d’un an ;

2°) d’enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour et de procéder à un nouvel examen de sa situation sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard ;

3°) d’enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de procéder à l’effacement de son signalement dans le système d’information Schengen.

Il soutient que :

En ce qui concerne l’ensemble des décisions attaquées :
- elles ont été signées par une autorité incompétente ;
- elles sont entachées d’un défaut de motivation ;
- elles ont été adoptées sans examen particulier de sa situation.

En ce qui concerne l’obligation de quitter le territoire français :
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 611-1, L. 621-1 et L. 621-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dès lors que, bénéficiaire d’une protection internationale accordée par les autorités grecques, il ne pouvait pas faire l’objet d’une décision de retour, mais, le cas échéant, d’une décision de remise à ces autorités ;
- elle est entachée d’une erreur de droit, dès lors qu’en qualité de membre de la famille d’un ressortissant de l’union européenne, sa situation relève des dispositions de l’article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne le refus d’octroi d’un délai de départ volontaire :
- elle est illégale en conséquence de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et est empreinte, dans l’application de ses articles, d’erreurs d’appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale en conséquence de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale en conséquence de l’illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus d’octroi d’un délai de départ volontaire ;
- elle méconnaît les articles L. 612-6 et suivants du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et est entachée d’une erreur d’appréciation de sa situation personnelle.


La procédure a été communiquée au préfet du Pas-de-Calais qui n’a pas produit de mémoire mais a communiqué des pièces enregistrées le 28 août 2025.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ;
- la directive 2008/115/CE, du 16 décembre 2008, relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- l’arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne C-673/19 du 24 février 2021 ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Goujon, conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :

- le rapport de M. Goujon, magistrat désigné,
- les observations de Me Berthe, représentant M. C... ; qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens qu’il développe ; il ajoute que le préfet a commis une erreur de droit dès lors qu’il bénéficie d’une protection internationale en Grèce et qu’il ne pouvait, en conséquence, faire l’objet d’une mesure d’éloignement prise sur le fondement du l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile mais seulement d’une mesure de réadmission prévue par l’article L. 621-1 de ce code, ainsi que l’a jugé la Cour de justice de l’Union européenne dans l’affaire C‑673/19 du 24 février 2021 , sa qualité de réfugié qui lui a été accordé par la Grèce, fait obstacle à toute reconduite vers son pays d’origine en raison du principe de non-refoulement garanti par la convention de Genève et la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne,
- les observation de M. C..., assisté de M. A..., interprète en langue arabe,
- et les observations de Me Cano, représentant le préfet du Pas-de-Calais, qui conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu’aucun des moyens soulevés n’est fondé.

Considérant ce qui suit :

M. C..., ressortissant palestinien né le 17 décembre 1995, qui soutient être en France entré au cours du mois d’août 2025, a été interpellé à la gare de Calais le 24 août 2025 lors d’un contrôle d’identité. N’étant pas à même de justifier de son droit à séjourner ou circuler en France, il a fait l’objet d’une mesure de retenue administrative aux fins d’examen de ce droit. Après qu’il est apparu qu’il n’avait jamais sollicité de titre de séjour, il s’est vu notifier, le 25 août 2025, un arrêté par lequel le préfet du Pas-de-Calais l’a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé son pays de destination, a interdit son retour sur le territoire français pour une durée d’un an et a ordonné son placement en centre de rétention. M. C... demande l’annulation de l’arrêté précité en tant qu’il l’oblige à quitter le territoire français sans délai, qu’il fixe le pays de destination de cette mesure d’éloignement et qu’il lui interdit le retour sur le territoire français pour une durée d’un an.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

En ce qui concerne l’ensemble des décisions attaquées :

En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l’existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Par un arrêté du 17 juillet 2025, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n°191 de la préfecture, le préfet du Pas-de-Calais a donné délégation dans son article 2 à M. B... D..., chef du bureau de l’éloignement et adjoint au directeur des migrations et de l’intégration, à l’effet de signer, notamment, les décisions relatives aux obligations de quitter le territoire français avec ou sans délai de départ volontaire, les décisions fixant le pays de destination duquel un étranger faisant l’objet d’une mesure d’éloignement doit être éloigné et les décisions relatives aux interdictions de circulation et de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire des décisions attaquées manque en fait et doit, dès lors, être écarté.

En deuxième lieu, l’arrêté attaqué, qui n’a pas à mentionner l’ensemble des circonstances de fait relatives à la situation de M. C..., énonce avec une précision suffisante, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il vise ainsi l’ensemble des textes dont le préfet du Pas-de-Calais a fait application et rappelle la présence récente en France, ainsi que la situation personnelle et familiale de l’intéressé. Il mentionne par ailleurs concernant la décision refusant l’octroi d’un délai de départ volontaire, les motifs sur lesquels il se fonde pour considérer comme établi l’existence d’un risque de fuite. En outre, concernant la décision d’interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an, il ressort des termes de l’arrêté que le préfet a expressément motivé sa décision prise à son encontre au regard de sa durée de présence en France, de la nature et l’ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace à l'ordre public que représente ou non sa présence en France. Dès lors, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation des décisions attaquées doit être écarté.

En troisième lieu, il ressort des termes de la décision attaquée et des pièces du dossier que le préfet du Pas-de-Calais s’est livré à un examen particulier de la situation de M. C.... Par suite, le moyen tiré du défaut d’examen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

En premier lieu, aux termes de l’article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / (...) ». Par ailleurs, l’article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : « Par dérogation (…), à la décision portant obligation de quitter le territoire français prévue à l'article L. 611-1 (…), l'étranger peut être remis, en application des conventions internationales ou du droit de l'Union européenne, aux autorités compétentes d'un autre État, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas prévus aux articles L. 621-2 à L. 621-7 (…) ». Aux termes de l’article L. 621-2 du même code : « Peut faire l'objet d'une décision de remise aux autorités compétentes d'un Etat membre de l'Union européenne, de la République d'Islande, de la Principauté du Liechtenstein, du Royaume de Norvège ou de la Confédération suisse l'étranger qui, admis à entrer ou à séjourner sur le territoire de cet Etat, a pénétré ou séjourné en France sans se conformer aux dispositions des articles L. 311-1, L. 311-2 et L. 411-1, en application des dispositions des conventions internationales conclues à cet effet avec cet État, en vigueur au 13 janvier 2009 ».

Il ressort de ces dispositions que le champ d’application des mesures obligeant un étranger à quitter le territoire français et celui des mesures de remise d’un étranger à un autre Etat ne sont pas exclusifs l’un de l’autre et que le législateur n’a pas donné à l’une de ces procédures un caractère prioritaire par rapport à l’autre. Il s’ensuit que, lorsque l’autorité administrative envisage une mesure d’éloignement à l’encontre d’un étranger dont la situation entre dans le champ d’application de l’article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle peut légalement soit le remettre aux autorités compétentes de l’Etat membre de l’Union Européenne ou partie à la convention d’application de l’accord de Schengen qui l’a autorisé à entrer ou l’a admis au séjour sur son territoire, sur le fondement des articles L. 621-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, soit l’obliger à quitter le territoire français sur le fondement de l’article L. 611-1 de ce code. Toutefois, si l’étranger demande à être éloigné vers l’État membre de l’Union européenne ou partie à la convention d’application de l’accord de Schengen qui l’a autorisé à entrer ou l’a admis au séjour sur son territoire, il appartient au préfet d’examiner s’il y a lieu de reconduire en priorité l’étranger vers cet État ou de le réadmettre dans cet État.

Il ressort des pièces du dossier que M. C... n’a pas été en mesure de justifier de ses conditions d’entrée régulière sur le territoire français et n’a pas obtenu, ni même demandé en France un titre de séjour. Il entrait ainsi dans le cas où, en application du 1° du I de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, le préfet peut prononcer une obligation de quitter le territoire français. M. C... se prévaut par ailleurs de la possession de documents l’autorisant à séjourner en Grèce où il a obtenu le statut de réfugié et a indiqué lors de son audition par les services de police retranscrite dans le procès-verbal du 24 août 2025 vouloir retourner dans ce pays. La circonstance qu’il était donc susceptible de faire l’objet d’une remise aux autorités de cet Etat, ne faisait toutefois pas, par elle-même, obstacle à ce que le préfet du Pas-de-Calais prit à son encontre une décision portant obligation de quitter le territoire, et restait sans influence sur la légalité de cette décision. C’est seulement dans le cadre de la détermination du pays de destination vers lequel le ressortissant sera éloigné, que le préfet doit examiner en priorité s’il y a lieu de fixer comme pays de destination celui vers lequel l’intéressé demande à être éloigné. Le moyen tiré de ce que le préfet ne pouvait recourir à la procédure de l’obligation de quitter le territoire français doit ainsi être écarté.

En deuxième lieu, les dispositions de la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier, telles qu’interprétées par la Cour de justice de l’Union européenne dans son arrêt du 24 février 2021 n° C‑673/19, ne s’opposent pas davantage à ce que M. C... fasse l’objet d’une obligation de quitter le territoire français dès lors qu’il est éloignée à destination de la Grèce ou de tout autre pays où il est légalement admissible et à l’exception de son pays d’origine.

En troisième lieu, M. C... n’apporte aucun élément démontrant qu’il serait marié avec une ressortissante néerlandaise avec laquelle il aurait eu une fille, alors qu’il ressort au contraire du procès-verbal de son audition du 24 août 2025 réalisé par un officier de police judiciaire et faisant foi jusqu’à preuve du contraire, qu’il a déclaré être célibataire et n’avoir pas d’enfant à charge. Par suite, le moyen tiré de l’erreur de droit de la décision attaquée doit être écarté.

En quatrième lieu, M. C... est entré irrégulièrement sur le territoire français au cours du mois d’août 2025, à l’âge de vingt-neuf ans. Il n’y séjournait donc que depuis quelques semaines à la date de l’adoption de la décision attaquée. Il ne fait valoir aucun élément démontrant l’existence de lien d’une particulière intensité en France, le motif de sa présence étant, selon ses déclarations lors de son audition par les services de police, de se rendre au Royaume-Uni. Dans ces conditions, le moyen tiré de l’erreur manifeste d’appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle doit être écarté.

En ce qui concerne la décision refusant l’octroi d’un délai de départ volontaire :

En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu’être écarté.

En second lieu, aux termes de l’article L. 612-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Par dérogation à l’article L. 612-1, l’autorité administrative peut refuser d’accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : (…) / 3° Il existe un risque que l’étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l’objet ». L’article L. 612-3 du même code ajoute que : « « Le risque mentionné au 3° de l’article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L’étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n’a pas sollicité la délivrance d’un titre de séjour / (…) 8° L’étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce (…) qu’il ne justifie pas d’une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale (…) ».

En l’espèce, M. C... ne conteste pas être entré de manière irrégulière sur le territoire national et n’avoir pas sollicité la délivrance d’un titre de séjour. Il ressort par ailleurs du procès-verbal de son audition du 24 août 2025 par l’officier de police judiciaire qu’il ne dispose d’aucune adresse fixe en France. Dès lors le préfet du Pas-de-Calais n’a commis aucune erreur d’appréciation en considérant qu’il existe un risque de fuite de l’intéressé pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu’être écarté.

En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés aux points 9 et 10 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écartés.

En troisième lieu, d’une part l’article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés, l’article 5 de la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 et les articles 18 et 19, paragraphe 2, de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, prohibent le refoulement d’un réfugié à destination des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques. D’autre part, aux termes du dernier alinéa de l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Un étranger ne peut être éloigné à destination d’un pays s’il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu’il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l’article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ». Aux termes de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants »

Ainsi qu’il a été dit, M. C... bénéficie d’une protection internationale qui lui a été accordée par la Grèce, Etat membre de l’Union européenne et que rien ne permet de remettre en cause l’existence de cette protection. La décision du préfet du Pas-de-Calais est ainsi libellée : « Il est fait obligation à Monsieur C... E..., ressortissant né en Territoires palestinien (…), de quitter sans délai le territoire français à destination du pays dont il revendique la nationalité ou tout autres pays où il établirait être légalement admissible, notamment l’Etat membre qui lui a délivré le titre de séjour dont il se prévaut (…) ». Dans ces conditions, le préfet ne pouvait, sans méconnaître les stipulations précitées de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, des dispositions de l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et du principe de non-refoulement, fixer comme pays de destination le pays dont le requérant est ressortissant. Ainsi, la décision fixant le pays de destination doit être annulée en tant qu’elle permet un éloignement à destination du pays dont le requérant a la nationalité.

En quatrième lieu, dès lors que M. C... n’est pas reconduit dans le pays dont il la nationalité comme il a été précédemment dit, la décision attaquée n’est pas entachée d’une erreur manifeste d’appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 10 du présent jugement.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

En premier lieu, il résulte de ce qui précède que les moyens tirés de l’illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus d’octroi d’un délai de départ volontaire ne peuvent qu’être écartés.

En second lieu, l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dispose : « Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour (…) ». En outre, aux termes de l’article L. 612-10 du même code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l’autorité administrative tient compte de la durée de présence de l’étranger sur le territoire français, de la nature et de l’ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu’il a déjà fait l’objet ou non d’une mesure d’éloignement et de la menace pour l’ordre public que représente sa présence sur le territoire français ».

Au regard de la situation personnelle de M. C..., telle qu’elle a été exposée au point 10, le préfet du Pas-de-Calais a pu, sans commettre d’erreur d’appréciation dans l’application des dispositions précitées ni entacher sa décision d’une erreur manifeste d’appréciation des conséquences sur la situation personnelle de l’intéressé, estimer qu’il y avait lieu d’interdire au requérant tout retour sur le territoire national pendant une durée d’un an.

Sur les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte :

L’annulation prononcée, eu égard au motif retenu, n’implique aucune mesure d’exécution. Ainsi, les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte doivent être rejetées.



D É C I D E :
Article 1er : La décision en date du 25 août 2025 fixant le pays de destination duquel M C... est susceptible d’être renvoyé est annulée seulement en tant qu’elle fixe le pays dont il a la nationalité.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C... est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E... C... et au préfet du Pas-de-Calais.


Prononcé en audience publique le 11 septembre 2025.

Le magistrat désigné
signé
J.-R. Goujon

Le greffier,
signé
R. Antoine




La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.



Pour expédition conforme,
Le greffier,

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