Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, des pièces complémentaires et un mémoire, enregistrés les 22 septembre 2025, 23 septembre 2025, 1er octobre 2025 et 7 octobre 2025, la société à responsabilité limitée Property Investment Holding France PM, représentée par Me Bas, demande au juge des référés :
1°) de suspendre, en application de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, l’exécution de la décision du 3 avril 2025 par laquelle le maire de la commune de Calais a accordé à la société Akkus un permis de construire ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Calais et la société Akkus une somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- en leur qualité de voisin immédiat du projet, elle a intérêt à agir ; sa requête est donc recevable au regard des dispositions des articles L. 600-1-2 et R. 600-4 du code de l’urbanisme ;
- en vertu des dispositions de l’article L. 600-3 du code de l’urbanisme, la condition d’urgence est présumée remplie ; en outre, il résulte du procès-verbal de constat établi le 13 août 2025 que les travaux de construction ont débuté ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée, dès lors que celle-ci :
est entachée d’incompétence, un adjoint au maire signataire ne justifiant pas d’une délégation de signature régulière ; il n’est pas établi que la délégation de signature du maire à son 12ème adjoint a été régulièrement publiée ;
méconnaît les dispositions des articles R.431-8 et R.431-10 du code de l’urbanisme, eu égard au fait que le projet ne prend pas en compte la démolition d’une grande partie de la construction existante qui doit être surélevée alors même que cette démolition n’est pas encore intervenue ;
méconnaît les dispositions de l’article UC 12 du plan local d’urbanisme et de l’article L.151-33 du code de l’urbanisme ; le pétitionnaire n’établit pas pouvoir disposer de places de parking en nombre suffisant au regard du projet de constructions ; la servitude de passage et de stationnement qui lui a été consentie ne permet pas de réaliser les travaux d’aménagements du parking sans son accord ; la servitude ne prévoit pas un usage exclusif des places de stationnement au profit du pétitionnaire ; par ailleurs les places de parkings ne respectent pas les dimensions prescrites par ces dispositions du PLU ; elles font moins de 2,50 mètres de large et ne sont pas en nombre de suffisant ; les contradictions entre les différentes pièces ne permettent en tout état de cause pas de déterminer le nombre de places de parking prévues ;
méconnaît les dispositions de l’article UC 3 du plan local d’urbanisme dès lors que l’accès direct ou par l’intermédiaire d’un passage aménagé sur le fonds voisin doit avoir une largeur minimum de 3,50 mètres et 5 mètres pour tout accès desservant plus de deux logements ; en l’espèce, les plans du dossier de permis font état d’une largeur de seulement 4,90 mètres à certains endroits, alors que le projet prévoit 12 logements ;
le projet constitue avec un autre projet prévu sur la même parcelle un ensemble immobilier unique, dès lors que le premier projet prévoyait outre une nouvelle construction la démolition d’une partie de l’extension sur laquelle la surélévation contestée sera édifiée ; le pétitionnaire devait procéder à une unique demande de permis de construction, le projet ne pouvant justifier à défaut d’une ampleur et d’une complexité suffisante que plusieurs autorisations soient accordées au titre des éléments distincts du projet.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 octobre 2025, la commune de Calais, représentée par la société d’avocats Edifices, conclut au rejet de la requête et à ce qu’il soit mis à la charge de la société requérante la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l’article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir qu’aucun des moyens de la requête n’est propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.
La procédure a été communiquée à la société Akkus qui n’a pas produit d’écritures en défense.
Vu :
- la copie de la requête à fin d’annulation de la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Lassaux, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Au cours de l’audience publique qui s’est tenue le 8 octobre 2025 à 10 heures 30, en présence de M. Potet, greffier d’audience, M. Lassaux, juge des référés, a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Bas, représentant la société Property Investment Holding France, qui reprend les conclusions et moyens de la requête ; il soutient également que le maire de la commune de Calais a été informé au cours du mois de février 2025 par le recours gracieux formé contre le permis de construire valant démolition d’une partie de l’extension de ce qu’elle s’opposait à tout aménagement de la parcelle grevée d’une servitude de passage et de stationnement de sorte qu’à la date de la décision attaquée, l’autorité compétente pour délivrer le permis de construire relatif à la création de 12 logements en R+3 était en mesure de constater que le projet de création de places de stationnement décrit au dossier du pétitionnaire n’était pas réalisable ;
- et les observations de Me Roels,, représentant la commune de Calais ; elle soutient notamment que les prescriptions du PLU relatives à la largeur des places de stationnement et de la voie d’accès depuis la voie publiqueont été respectées par le pétitionnaire.
La société Akkus n’étant ni présente, ni représentée.
La clôture de l’instruction a été différée au 9 octobre 2025 à 17 heures.
Par une note en délibéré enregistrée le 9 octobre 2025 à 11 heures 49 et communiquée aux parties, la commune de Calais, représentée par la société d’avocats Edifices, conclut aux mêmes et par les mêmes moyens et produit des pièces complémentaires.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 3 avril 2025, le 12ème adjoint au maire de la commune de Calais a délivré à la société Akkus un permis de construire portant sur la construction d’un bâtiment de 12 logements en R+3, sur une parcelle cadastrée AC 501, située rue de Mollien et accessible depuis la voie publique par la parcelle AC516. La SARL Property Investment Holding France, voisin immédiat du projet, demande au juge des référés la suspension de cet arrêté.
Sur les conclusions présentées au titre de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (…) ».
En ce qui concerne l’urgence :
3. Aux termes de l’article L. 600-3 du code de l’urbanisme : « Un recours dirigé contre une décision de non-opposition à déclaration préalable ou contre un permis de construire, d’aménager ou de démolir ne peut être assorti d’une requête en référé suspension que jusqu’à l'expiration du délai fixé pour la cristallisation des moyens soulevés devant le juge saisi en premier ressort. La condition d’urgence prévue à l’article L. 521-1 du code de justice administrative est présumée satisfaite ». Il est de principe que l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. La construction d'un bâtiment autorisée par un permis de construire présente un caractère difficilement réversible. Par suite, lorsque la suspension de l'exécution d'un permis de construire est demandée sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, la condition d'urgence est en principe satisfaite ainsi que le prévoit l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme. Il ne peut en aller autrement que dans le cas où le pétitionnaire ou l’autorité qui a délivré le permis justifie de circonstances particulières. Il appartient alors au juge des référés, pour apprécier si la condition d'urgence est remplie, de procéder à une appréciation globale de l'ensemble des circonstances de l'espèce qui lui est soumise.
4. Le recours dirigé contre l’arrêté attaqué ayant été assorti d’une requête en référé suspension déposée avant l’expiration du délai fixé pour la cristallisation des moyens soulevés devant le tribunal, la condition d’urgence est présumée satisfaite. De plus, il ressort du procès-verbal de constat établi le 13 août 2025 à la demande de la société requérante que les travaux de construction, objet du litige, ont débuté. Dès lors, la condition d’urgence doit être regardée comme satisfaite.
En ce qui concerne le doute sérieux sur la légalité de la décision en litige :
5. En l’état de l’instruction, les moyens tirés de ce que le 12ème adjoint au maire de la commune de Calais n’avait pas compétence pour signer la décision litigieuse, de ce que celle-ci méconnaîtrait les dispositions des articles R.431-8 et R.431-10 du code de l’urbanisme et de ce qu’elle méconnaîtrait le principe imposant au pétitionnaire présentant deux projets de construction correspondant à un ensemble immobilier unique de devoir solliciter un seul même permis de construire pour leur réalisation ne sont pas propres à créer un doute sérieux quant à la légalité du permis de construire délivré à la société Akkus. Apparaissent, en revanche, de nature à faire naître un tel doute, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l’article UC 12 du PLU en ce que, d’une part, il n’est pas établi que la société Akkus serait en mesure de disposer effectivement des places de stationnement telles qu’elles sont décrites dans le dossier de permis de construire et que, d’autre part, lesdites des places de stationnement ne respectent pas les prescriptions prévoyant une largeur minimale, pour chacune d’entre elles, de 2,50 mètres ainsi que celui tiré de la méconnaissance de l’article UC 3 du PLU en ce qu’il impose une largeur de la voie d’accès desservant le terrain d’assiette du projet depuis la voie publique de 5 mètres au minimum dès lors que cette voie d’accès dessert plus de deux logements.
6. Les deux conditions auxquelles l’article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension de l’exécution d’une décision administrative étant satisfaites, il y a lieu, alors même que les vices mentionnés au point précédent sont susceptibles de régularisation, de prononcer la suspension de l’exécution de la décision en litige jusqu’à ce que le tribunal ait statué sur la requête tendant à son annulation, à moins qu’un élément nouveau ne justifie entretemps la mise en œuvre des dispositions de l’article L. 521-4 du code de justice administrative.
Sur les frais du litige :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de la commune de Calais, partie perdante dans la présente instance, le versement d’une somme de 800 euros au titre des frais exposés par les requérants et non compris dans les dépens. Il n’y a, en revanche, pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de la société Akkus une somme à ce titre. Les dispositions de l’article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu’il soit mis à la charge de la société Property Investment Holding France qui n’est pas la partie perdante, la somme de 2 000 euros réclamées par la commune de Calais au titre des frais liés au litige.
O R D O N N E :
Article 1er : L’exécution de la décision du 3 avril 2025 par laquelle le 12ème adjoint au maire de la commune de Calais a délivré à la société Property Investment Holding France PM un permis de construire de 12 logements en R+3 est suspendue jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur sa légalité.
Article 2 : La commune de Calais versera à la société Property Investment Holding France PM une somme de 800 (huit cents) euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Property Investment Holding France PM, à la commune de Calais et à la société Akkus.
Copie en sera adressée, pour information, au procureur de la République de Béthune.
Fait à Lille, le 9 octobre 2025.
Le juge des référés,
Signé
P. Lassaux
La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,