Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 septembre 2025 et un mémoire complémentaire enregistré le 17 octobre 2025, M. A... C..., représenté par Me Berthe demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d’annuler l’arrêté en date du 3 septembre 2025 par lequel le préfet du Nord l’a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire et a fixé le pays de destination de la mesure d’éloignement et l’arrêté du 24 septembre 2025 du préfet du Nord l’assignant à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
2°) d’enjoindre au préfet de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour et de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d’un mois sous astreinte de 155 € par jour de retard en application des articles L. 512-1, L. 911-2 et L. 911-3 du Code de justice administrative.
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d’un défaut de motivation ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.
En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :
- cette décision a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d’un défaut de motivation ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est illégale en raison de l’illégalité de la décision d’éloignement ;
- elle est entachée d’une erreur de droit, de fait et d’appréciation.
En ce qui concerne le pays de destination de la mesure d’éloignement :
- cette décision a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d’un défaut de motivation ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.
En ce qui concerne l’assignation à résidence :
- cette décision a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d’un défaut de motivation ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est illégale en raison de l’illégalité de la décision d’éloignement ;
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Krawczyk, premier conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Krawczyk, magistrat désigné ;
- les observations de Me Berthe, représentant M. C..., qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens qu’il développe ;
- les observations de Me Reis, représentant le préfet du Nord, qui conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés ne sont pas fondés ;
- et les observations de M. C....
Considérant ce qui suit :
1. M. C..., ressortissant marocain né le 15 février 1993 à Nador (Maroc) conteste l’arrêté en date du 3 septembre 2025 par lequel le préfet du Nord l’a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire et a fixé le pays de destination de la mesure d’éloignement et l’arrêté du 24 septembre 2025 du préfet du Nord l’assignant à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.
En ce qui concerne les conclusions aux fins d’annulation de l’arrêté du 3 septembre 2025 portant obligation de quitter le territoire français, refus de délai de départ volontaire et fixation du pays de destination :
Sur les moyens communs aux décisions :
2. Par un arrêté du 4 mars 2025, publié le même jour au recueil spécial n° 2025-071 des actes administratifs de l’Etat dans le département du Nord, le préfet du Nord a donné délégation à Mme B..., adjointe à la cheffe du bureau de lutte contre l’immigration irrégulière, et signataire de la décision en litige, à l’effet de signer, notamment, les décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire des décisions en litige doit être écarté.
3. L’arrêté l’attaqué comporte les considérations utiles de droit et de fait sur lesquelles le préfet du Nord s’est fondé pour prendre les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays à destination de la mesure d’éloignement. Il s’ensuit que le moyen tiré de l’insuffisance de motivation des décisions en litige doit être écarté.
Sur les autres moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui. ».
5. M. C... déclare être entré en France en 2015. Il est marié à une ressortissante française depuis le 18 janvier 2025. Son épouse, mère d’un enfant âgé de neuf ans, atteste avoir rencontré M. C... en août 2024. Ce dernier, au cours de l’audience précise que la vie commune a commencé en septembre 2024. La rencontre, la vie commune et le mariage du couple revêtent par conséquent un caractère très récent. Le requérant se prévaut de la présence d’un frère et d’une sœur à Strasbourg mais ses parents ainsi que deux autres frères et deux autres sœurs résident au Maroc où lui-même a vécu jusqu’à l’âge de vingt-deux ans. M. C... indique qu’il a occupé depuis son arrivée en France des emplois dans différents domaines d’activité : restauration, bâtiment, coiffure. Il n’apporte toutefois aucune pièce permettant de l’attester ni aucun élément permettant de démontrer une insertion particulière au sein de la société française au plan social ou amical en dehors des relations qu’il entretient avec ses cousins, cousines, grand-oncle, frère et sœur qui attestent ainsi que des amies de son épouse, de ses qualités humaines et de la réussite du couple qu’il forme avec elle. Il ne ressort, par ailleurs, pas des pièces du dossier qu’il entretiendrait avec son frère et sa sœur des liens d’une particulière intensité au regard de la distance qui le sépare. Nonobstant la durée de présence du requérant sur le territoire français dont il n’est, par ailleurs, pas établi qu’elle serait continue, au regard du caractère récent du couple qu’il forme avec son épouse et de l’absence d’éléments circonstanciés sur son insertion professionnelle, sociale ou amicale sur le territoire français, la décision contestée ne peut être regardée comme ayant porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels cette mesure a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l’erreur manifeste d’appréciation doivent être écartés.
6. Par suite, les conclusions de M. C... à fin d’annulation de la décision par laquelle le préfet du Nord l’a obligé à quitter le territoire français, ne peuvent pas être accueillies.
Sur les autres moyens dirigés contre la décision refusant un délai de départ volontaire :
7. Compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l’illégalité de la décision portant refus de délai de départ volontaire par voie de conséquence de l’illégalité de l’obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
8. Aux termes de l’article L. 612-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. (…) ». Aux termes de l’article L. 612-2 du même code : « Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : (… ) 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. » Aux termes de l’article L. 612-3 du même code « Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ;/ 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / 6° L'étranger, entré irrégulièrement sur le territoire de l'un des États avec lesquels s'applique l'acquis de Schengen, fait l'objet d'une décision d'éloignement exécutoire prise par l'un des États ou s'est maintenu sur le territoire d'un de ces États sans justifier d'un droit de séjour ; / 7° L'étranger a contrefait, falsifié ou établi sous un autre nom que le sien un titre de séjour ou un document d'identité ou de voyage ou a fait usage d'un tel titre ou document ;/ 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5.».
9. Il ressort des pièces du dossier, que M. C... ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Ainsi, le préfet du Nord pouvait, pour ce seul motif, estimer que M. C... présentait un risque de se soustraire à la mesure d’éloignement dont il fait l’objet et, pour ce motif, lui refuser un délai de départ volontaire. Ainsi, le requérant n’est pas fondé à soutenir que le préfet du Nord aurait entaché sa décision lui refusant un délai de départ volontaire d’une erreur d’appréciation.
10. Compte tenu de ce qui a été dit au point 5, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. C... tendant à l’annulation de la décision du préfet du Nord de ne pas lui accorder de délai de départ volontaire doivent être rejetées.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. C... aux fins d’annulation de l’arrêté du préfet du Nord du 3 septembre 2025 attaqué doivent être rejetées.
En ce qui concerne les conclusions aux fins d’annulation de l’arrêté du 24 septembre 2025 portant assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours :
13. Par un arrêté du 4 mars 2025, publié le même jour au recueil spécial n° 2025-071 des actes administratifs de l’Etat dans le département du Nord, le préfet du Nord a donné délégation à Mme B..., adjointe à la cheffe du bureau de lutte contre l’immigration irrégulière, et signataire de la décision en litige, à l’effet de signer, notamment, les décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de la décision en litige doit être écarté.
14. L’arrêté l’attaqué comporte les considérations utiles de droit et de fait sur lesquelles le préfet du Nord s’est fondé pour prendre les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays à destination de la mesure d’éloignement. Il s’ensuit que le moyen tiré de l’insuffisance de motivation des décisions en litige doit être écarté.
15. Compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l’illégalité de la décision portant assignation à résidence par voie de conséquence de l’illégalité de l’obligation de quitter le territoire français sans délai doit être écarté.
16. L’arrêté attaqué assigne à résidence M. C..., pour une durée de quarante-cinq jours renouvelable deux fois, dans la commune de Lille, l’astreint à être présent sur son lieu de résidence tous les jours entre 6h et 9h et à se présenter chaque lundi, mercredi et vendredi, à dix heures, sauf week-end et jours fériés, dans les locaux de la police aux frontières de Lille, et lui fait interdiction de quitter l’arrondissement de Lille sans autorisation.
17. En se bornant à soutenir que la décision litigieuse, qui l’oblige à se présenter aux services de police trois fois par semaine, porte une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale, M. C... ne démontre pas que le préfet du Nord aurait commis une erreur manifeste d’appréciation au regard du respect dû à sa vie privée et familiale. Par ailleurs, à supposer qu’il ait entendu contester les modalités dont est assortie la mesure en cause, il ne fait état d’aucune contrainte incompatible avec ces dernières. Il s’ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
18. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. C..., à fin d’annulation de la décision l’assignant à résidence, ne peuvent qu’être rejetées.
19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l’annulation des arrêtés attaqués du 3 septembre 2025 et du 23 septembre 2025 du préfet du Nord doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions aux fins d’injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... C... et au préfet du Nord.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2025.
Le magistrat désigné,
Signé :
J. Krawczyk
La greffière,
Signé :
V. Lesceux
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,