Le Tribunal Administratif de Lille, statuant par ordonnance, a rejeté la requête en excès de pouvoir dirigée contre un permis d'aménager comme étant manifestement irrecevable. Le tribunal a constaté que les requérants n'avaient pas régularisé leur recours dans le délai imparti, notamment en ne produisant pas les justificatifs de notification et les actes établissant leur intérêt à agir exigés par les articles R. 600-1 et R. 600-4 du code de l'urbanisme. La demande de suspension a également été jugée irrecevable pour défaut de requête distincte, conformément à l'article R. 522-1 du même code.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 10 novembre 2025, Mme C... B... et
M. D... A... demandent au tribunal :
1°) de suspendre l’exécution de l’arrêté du 3 octobre 2025 par lequel le maire d’Hallennes-lez-Haubourdin a accordé à la société Tisserin Promotion un permis d’aménager
n° PA 059278 24 S0002 pour permettre la réalisation d’environ 228 logements ;
2°) d’annuler l’arrêté du 3 octobre 2025 par lequel le maire
d’Hallennes-lez-Haubourdin a accordé à la société Tisserin Promotion un permis d’aménager
n° PA 059278 24 S0002 pour un projet d’aménagement urbain devant permettre la réalisation d’environ 228 logements.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 février 2026, la société Tisserin Promotion, représentée par la société Edifices avocats, conclut :
1°) à titre principal, au rejet de la requête, pour irrecevabilité au titre du non-respect des dispositions des articles R. 600-1 et R. 600-4 du code de l’urbanisme, ainsi que de l’article R. 412-1 du code de justice administrative ainsi que pour irrecevabilité des conclusions à fin de suspension, à titre subsidiaire, à son rejet au fond ;
2°) à la mise à la charge des requérants d’une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par des courriers du 18 novembre 2025, le tribunal a invité les requérants à régulariser leur requête par la production, dans un délai de quinze jours, en application des dispositions des articles R. 600-1 et R. 600-4 du code de l’urbanisme, des justificatifs de la notification à la commune et au pétitionnaire de leur recours gracieux et contentieux et d’un acte de nature à établir le caractère régulier de l’occupation ou de la détention de leur bien, ainsi que par la production, dans le même délai, de requêtes distinctes pour ses conclusions à fin d’annulation et celles à fin de suspension.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
le code de l’urbanisme ;
le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative :
« Les présidents de (...) formation de jugement des tribunaux (...) peuvent, par ordonnance :
/ (…) 4º Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ou qu’elles n’ont pas été régularisées à l’expiration du délai imparti par une demande en ce sens (…) ; ».
Aux termes de l’article R. 600-1 du code de l’urbanisme : « En cas de déféré du préfet ou de recours contentieux à l'encontre d'un certificat d'urbanisme, ou d'une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code, le préfet ou l'auteur du recours est tenu, à peine d'irrecevabilité, de notifier son recours à l'auteur de la décision et au titulaire de l'autorisation. ». Aux termes de l’article R. 600-4 du code de l’urbanisme :
« Les requêtes dirigées contre une décision relative à l’occupation ou l’utilisation du sol régie par le présent code doivent, à peine d’irrecevabilité, être accompagnées du titre de propriété, de la promesse de vente, du bail, du contrat préliminaire mentionné à l’article L. 261-15 du code de la construction et de l’habitation, du contrat de bail, ou de tout autre acte de nature à établir le caractère régulier de l’occupation ou de la détention de son bien par le requérant (…) ». Aux termes de l’article R. 522-1 du même code : « La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit contenir l'exposé au moins sommaire des faits et moyens et justifier de l'urgence de l'affaire. A peine d'irrecevabilité, les conclusions tendant à la suspension d'une décision administrative ou de certains de ses effets doivent être présentées par requête distincte de la requête à fin d'annulation ou de réformation et accompagnées d'une copie de cette dernière ». Aux termes de l’article R. 612-1 du code de justice administrative : « Lorsque des conclusions sont entachées d’une irrecevabilité susceptible d’être couverte après l’expiration du délai de recours, la juridiction ne peut les rejeter en relevant d’office cette irrecevabilité qu’après avoir invité leur auteur à les régulariser ».
Aux termes de l’article R. 611-8-2 du code de justice administrative :
« Toute juridiction peut adresser par le moyen de l'application informatique mentionnée à l'article R. 414-1, à une partie ou à un mandataire qui y est inscrit, toutes les communications et notifications prévues par le présent livre pour tout dossier (…) ». Aux termes de l’article
R. 611-8-6 du même code : « Les parties sont réputées avoir reçu la communication ou la notification à la date de première consultation du document qui leur a été adressé par voie électronique, certifiée par l'accusé de réception délivré par l'application informatique, ou, à défaut de consultation dans un délai de deux jours ouvrés à compter de la date de mise à disposition du document dans l'application, à l'issue de ce délai (…) ».
La requête présentée par Mme B... est dirigée contre l’arrêté du
3 octobre 2025 par lequel le maire d’Hallennes-lez-Haubourdin a accordé à la société Tisserin Promotion un permis d’aménager n° PA 059278 24 S0002 pour permettre la réalisation d’environ 228 logements. Par des courriers du 18 novembre 2025, le greffe du tribunal a invité les requérantes à régulariser leur requête dans un délai de quinze jours en produisant la preuve de la notification de leur recours contentieux à l’auteur de la décision et au titulaire de l’autorisation, une des pièces prévues à l’article R. 600-4 du code de l’urbanisme et une requête distincte pour les conclusions à fin d’annulation et celles à fin de suspension. Toutefois, en dépit de cette demande de régularisation qui leur a été adressée par l’intermédiaire de l’application Télérecours citoyen et dont ils ont pris connaissance le 19 novembre 2025, les requérants n’ont produit ni la preuve de la notification de leur recours contentieux à l’auteur et au titulaire de l’autorisation, ni un acte de nature à établir le caractère régulier de l’occupation ou de la détention de leur bien en application de l’article R. 600-4 du code de l’urbanisme, ni une requête distincte. A défaut de production de ces justifications et de cette requête distincte, la requête de Mme B... et M. A..., qui n’a pas été régularisée, est manifestement irrecevable et doit être rejetée en application des dispositions précitées du
4° de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la commune d’Hallennes-lez-Haubourdin tendant à l’application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme B... et M. A... est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune d’Hallennes-lez-Haubourdin tendant à l’application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C... B..., représentant unique des requérants en application de l’article R. 751-3 du code de justice administrative et à la commune d’Hallennes-lez-Haubourdin.
Fait à Lille, le 19 février 2026.
La présidente de la 5ème chambre,
Signé
J. Féménia
La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,