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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2511108

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2511108

jeudi 11 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2511108
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDANSET-VERGOTEN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille a été saisi par M. C..., ressortissant serbe, d’un recours en excès de pouvoir contre un arrêté du préfet du Nord du 10 novembre 2025 l’assignant à résidence pour 45 jours. Le requérant invoquait notamment l’insuffisance de motivation, la méconnaissance des droits de la défense et l’absence de base légale en raison d’une mesure d’éloignement prétendument abrogée. Le tribunal a rejeté l’ensemble de ses conclusions, jugeant que l’assignation à résidence était légalement fondée sur les articles L. 731-1 et suivants du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, dès lors que l’éloignement de l’intéressé, qui n’avait pas déféré à plusieurs obligations de quitter le territoire français, demeurait une perspective raisonnable.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 novembre 2025, M. A... C..., représenté par Me Danset-Vergoten, demande au tribunal :

1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d’annuler l’arrêté du 10 novembre 2025 par lequel le préfet du Nord l’a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros, à verser à Me Danset-Vergoten, au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle méconnait les dispositions des articles L. 732-7 et R. 732-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (formulaire sur les droits et obligations de l’étranger) ;
- elle a été prise en méconnaissance des droits de la défense dès lors qu’il n’a pas pu présenter d’observations ;
- elle méconnait les dispositions de l’article L. 731-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dès lors qu’elle est fondée sur une mesure d’éloignement abrogée ;
- elle a été prise en méconnaissance de l’autorité de la chose jugée ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet du Nord, qui a produit des pièces sans présenter de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.


Le président du tribunal a désigné Mme Barre, conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.


Ont été entendus au cours de l’audience publique :

- le rapport de Mme Barre,
- et les observations de Me Barberi, représentant le préfet du Nord, qui fait valoir que la décision d’assignation résidence est justifiée dès lors que le requérant n’a pas déféré à plusieurs mesures d’éloignement,
- M. C... n’étant ni présent, ni représenté.



Considérant ce qui suit :

M. C..., ressortissant serbe né le 11 avril 1982, est entré en France en novembre 2016 accompagnée de son épouse, compatriote serbe et de leurs deux enfants mineurs, né en 2010 et 2011. Sa demande d’asile, présentée le 13 décembre 2018, a été rejetée tant par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) que par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), par des décisions du 27 février 2019 et du 18 octobre 2019. Il a ensuite sollicité la délivrance d’un titre de séjour auprès du préfet de Maine-et-Loire. Par un arrêté du 29 juillet 2019, le préfet de Maine-et-Loire a rejeté sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français. M. C... a contesté ces décisions devant le tribunal administratif de Nantes, qui a rejeté sa requête par un jugement du 24 décembre 2019, confirmé en appel par un arrêt de la cour administrative d’appel de Nantes du 5 juin 2020. M. C... a à nouveau saisi le préfet de Maine-et-Loire d’une demande de titre de séjour et par des décisions du 10 juin 2020, le préfet de Maine-et-Loire a rejeté sa demande et l’a obligée à quitter le territoire français. Le 31 août 2021, M. C... a fait l’objet de nouvelles décisions de refus de séjour et obligation de quitter le territoire français, assorties d’une décision d’interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d’un an. L’intéressé a contesté ces décisions devant le tribunal administratif de Nantes, qui a rejeté sa requête par un jugement du 6 septembre 2021. Le 16 juin 2022, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 20 janvier 2023, le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour, l’a obligé à quitter sans délai le territoire français, en fixant son pays de destination et lui a interdit le retour sur ce même territoire pour une durée de deux ans. Le 15 février 2024, M. C... a sollicité, à nouveau, son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 5 mars 2025, le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour, l’a obligée à quitter sans délai le territoire français, en fixant son pays de destination, et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans. Par un arrêté du 10 novembre 2025, dont l’intéressé demande l’annulation, le préfet du Nord l’a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur la demande d’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :

Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ( …) ».

Il y a lieu, eu égard à l’urgence qui s’attache à ce qu’il soit statué sur la requête de M. C..., de prononcer son admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

Sur le surplus des conclusions :

Aux termes de l’article L. 731-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé (…) ». Aux termes de l’article L. 732-3 du même code : « L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable deux fois dans la même limite de durée ».

Il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 5 mars 2025, le préfet du Nord a notamment fait obligation de quitter le territoire français sans délai à M. C.... Cet arrêté a implicitement mais nécessairement eu pour effet d’abroger les décisions portant obligation de quitter le territoire sans délai édictées le 20 janvier 2023 à l’encontre de l’intéressé. Il s’ensuit qu’en renouvelant l’assignation à résidence dont a fait l’objet M. C... en vue d’assurer l’exécution des décisions du 20 janvier 2023, qui étaient abrogées à la date de l’arrêté attaqué, le préfet du Nord a méconnu les dispositions de l’article L. 731-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Il résulte de ce qui précède que, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens présentés à cette fin, l’arrêté du 10 novembre 2025 doit être annulé.

Sur les frais liés au litige :

M. C... ayant été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, sous réserve que Me Danset-Vergoten, avocate de M. C..., renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État et sous réserve de l’admission définitive de son client à l’aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l’État le versement à Me Danset-Vergoten de la somme de 1 000 euros.

D É C I D E:


Article 1er : M. C... est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle.

Article 2 : L’arrêté du 10 novembre 2025 du préfet du Nord est annulé.

Article 3 : Sous réserve de l’admission définitive de M. C... à l’aide juridictionnelle et sous réserve que Me Danset-Vergoten renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État, ce dernier versera à Me Danset-Vergoten, avocate de M. C..., une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B... C..., à Me Danset-Vergoten et au préfet du Nord

Copie sera adressée au ministre de l’intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 décembre 2025.



La magistrate désignée,

Signé


C. Barre







Le greffier

Signé


Antoine



La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,
Le greffier,




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