Le Tribunal Administratif de Lille a annulé la décision du 28 novembre 2025 par laquelle le directeur territorial de l'OFII avait refusé à M. C..., ressortissant nigérian demandeur d'asile, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. La juridiction a retenu que l'OFII n'avait pas informé le requérant, dans une langue qu'il comprend, des modalités de refus de ces conditions, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 551-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA). En conséquence, le tribunal a enjoint à l'OFII de rétablir les conditions matérielles d'accueil à titre provisoire et de réexaminer la situation de M. C... dans un délai de 10 jours.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 2 décembre 2025, M. B... E... C..., représenté par Me Girsch, demande au tribunal :
1°) de l’admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale ;
2°) d’annuler la décision du 28 novembre 2025 par laquelle le directeur territorial de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d’accueil des demandeurs d’asile ;
3°) d’enjoindre au directeur territorial de l’OFII de procéder au rétablissement de ses conditions matérielles d’accueil et au paiement de ses droits, à titre rétroactif, dans un délai de 10 jours à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) et de mettre à la charge de l’OFII une somme de 1 500 à verser à son avocate en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique.
Il soutient que la décision attaquée :
est insuffisamment motivée ;
méconnaît les dispositions des articles L. 551-15 et R. 551-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile puisqu’il n’a pas été informé, dans une langue qu’il comprend, de la possibilité qu’il pouvait se voir refuser les conditions matérielles d’accueil des demandeurs d’asile ;
contrevient aux dispositions de l’article D. 551-17 du même code puisqu’il n’a pas été procédé à l’examen de sa vulnérabilité ;
souffre d’un défaut d’examen sérieux et particulier de sa situation ;
méconnaît les dispositions de l’article L. 511-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile puisqu’il disposait d’un motif légitime justifiant le dépôt au-delà de 90 jours de sa demande d’asile ;
viole, eu égard à sa vulnérabilité, tant les dispositions de l’article L. 551-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile que celles des articles 20 et 21 de la directive 2013/33 du 26 juin 2013 ;
et est empreinte d’une erreur manifeste dans l’appréciation de sa vulnérabilité.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 décembre 2025, l’OFII a conclu au rejet de la requête en faisant valoir qu’aucun des moyens soulevés n’est fondé.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
la directive n° 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l’accueil des personnes demandant la protection internationale ;
le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique ;
le décret 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles ;
le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Larue, premier conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendu au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Larue, magistrat désigné ;
- les observations de Me Girsch, représentant M. C..., qui a conclu aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;
- et les observations de M. C..., assisté de Mme A... D..., interprète assermentée en langue anglaise, qui a répondu aux questions qui lui ont été posées.
- l’OFII n’étant ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
M. C..., ressortissant nigérian né le 19 juillet 1998, est entré irrégulièrement en France, le 4 octobre 2024. Il a formulé une demande d’asile qui a été enregistrée au guichet unique des demandeurs d’asile de la préfecture du Nord, le 28 novembre 2025. Il a alors été procédé à l’évaluation de sa vulnérabilité. Le jour même, M. C... s’est vu refuser le bénéfice des conditions matérielles d’accueil des demandeurs d’asile par le directeur territorial de l’OFII de Lille puisqu’il avait, sans motif légitime, présenté sa demande d’asile plus de quatre-vingt-dix jours après son entrée en France. Par la présente requête, M. C... sollicite l’annulation de cette décision du 28 novembre 2025.
Sur la demande d’admission à l’aide juridictionnelle à titre provisoire :
Aux termes de l’article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : « Dans les cas d’urgence sous réserve de l’appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d’office, l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d’aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ». Il y a lieu, en application de ces dispositions, d’admettre, à titre provisoire, M. C... au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
Aux termes des dispositions de l’article R. 551-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Les modalités de refus ou de réouverture des conditions matérielles d'accueil sont précisées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration lors de l'offre de prise en charge dans une langue que le demandeur d'asile comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend ».
En l’espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C... aurait été informé dans une langue qu’il comprend « des conditions et modalités de refus et de cessation des conditions matérielles d’accueil », lesquelles peuvent être refusées « conformément aux dispositions de l’article L. 551-15 du Ceseda » ou auxquelles il peut « être mis fin en application de l’article L. 551-16 du Ceseda ». Il suit de là que M. C... est fondé à soutenir que l’OFII a méconnu les dispositions des articles L. 551-15 et R. 551-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Il résulte de ce qui précède que, sans qu’il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, les conclusions de M. C... à fin d’annulation de la décision du 28 novembre 2025, par laquelle le directeur territorial de l’OFII lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d’accueil, doivent être accueillies.
Sur les conclusions à fin d’injonction et d’astreinte :
Le présent jugement implique seulement, eu égard au motif d’annulation, qu’il soit enjoint au directeur territorial de l’OFII de procéder, dans un délai d’un mois à compter de la notification du présent jugement, à un nouvel examen de la demande de bénéfice des conditions matérielles d’accueil des demandeurs d’asile formulée par M. C....
Sur les frais liés au litige :
M. C... ayant été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle, dans les deux instances, notamment à titre provisoire, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a donc lieu de mettre à la charge de l’OFII le versement à Me Girsch, avocate de M. C..., sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État à l’aide juridictionnelle, une somme de 1 000 euros.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 28 novembre 2025, par laquelle le directeur territorial de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) a refusé à M. C... le bénéfice des conditions matérielles d’accueil des demandeurs d’asile, est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au directeur territorial de l’OFII de procéder, dans un délai d’un mois à compter de la notification du présent jugement, à un nouvel examen du droit de M. C... au bénéfice des conditions matérielles d’accueil des demandeurs d’asile.
Article 3 : L’Etat versera à Me Girsch, avocate de M. C..., sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État à l’aide juridictionnelle, une somme de 1 000 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C... est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B... E... C..., à Me Girsch et au directeur territorial de l’Office français de l’immigration et de l’intégration.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2025.
Le magistrat désigné,
signé
X. LARUE
La greffière,
Signé
V. LESCEUX
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,