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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2512112

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2512112

mardi 23 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2512112
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantIDZIEJCZAK

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille a rejeté la requête de M. C... contestant l'arrêté du préfet du Nord fixant l'Algérie comme pays de destination de son éloignement, exécutant une peine d'interdiction judiciaire du territoire. Le tribunal a écarté le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation. Il a également jugé que la décision ne portait pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale (article 8 de la CEDH) et n'avait pas méconnu l'intérêt supérieur de l'enfant (article 3-1 de la CIDE et article 24 de la Charte des droits fondamentaux de l'UE), compte tenu de la gravité des faits ayant justifié la peine d'interdiction du territoire.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 décembre 2025 et 17 décembre 2025, M. B... C..., demande au tribunal :

1°) d’annuler pour excès de pouvoir l’arrêté du 10 décembre 2025 par lequel le préfet du Nord a fixé le pays de destination duquel il doit être éloigné en exécution d’une peine d’interdiction judiciaire du territoire français ;

2°) d’enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle ne lui a pas été notifiée dans une langue qu’il comprend ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen particulier de sa situation ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l’article 3 de la convention internationale des droits de l’enfant.




La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n’a pas produit de mémoire en défense mais a transmis des pièces.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le traité sur le fonctionnement de l’union européenne ;
- la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Célino, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Célino, magistrate désignée ;
- les observations de Me Idziejczak, représentant M. C..., qui conclut aux mêmes fins que la requête ; il indique abandonner les moyens tirés de l’incompétence, de l’insuffisance de motivation, des conditions de notification de l’arrêté en litige, de la méconnaissance des stipulations de l’article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ; il précise soulever les moyens tirés de la méconnaissances des dispositions de l’article 20 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne et de l’article 24 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ;
- les observations de M. C..., assisté de Mme A..., interprète en langue arabe ;
- et les observations de Me Magnaval, représentant le préfet du Nord, qui conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Considérant ce qui suit :

M. C..., ressortissant algérien se déclarant né le 24 décembre 1996, a été condamné par décision du tribunal judiciaire de Grenoble rendue le 2 février 2022 à une peine complémentaire d’interdiction du territoire français pour une durée de cinq ans. Par un arrêté du 10 décembre 2025, le préfet du Nord a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné en application de cette peine comme étant le pays dont il a la nationalité, qu’il a déterminé comme étant l’Algérie, ou tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. M. C... demande l’annulation de cet arrêté.

En premier lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des pièces du dossier que le préfet du Nord ne se serait pas livré à un examen particulier de la situation de M. C.... Par suite, ce moyen doit être écarté.

En deuxième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ». Aux termes du premier paragraphe de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale ». Aux termes de l’article 24 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne : « 1. Les enfants ont droit à la protection et aux soins nécessaires à leur bien-être. Ils peuvent exprimer leur opinion librement. Celle-ci est prise en considération pour les sujets qui les concernent, en fonction de leur âge et de leur maturité. 2. Dans tous les actes relatifs aux enfants, qu’ils soient accomplis par des autorités publiques ou des institutions privées, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale. 3. Tout enfant a le droit d’entretenir régulièrement des relations personnelles et des contacts directs avec ses deux parents, sauf si cela est contraire à son intérêt ».

Si M. C... soutient que l’arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, celles du paragraphe 1er de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant et de l’article 24 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, les conséquences d’un éloignement du territoire français sur la vie privée et familiale de l’intéressé et sur l’intérêt supérieur de son enfant résultent de l’interdiction judiciaire du territoire dont il a fait l’objet, et non de la décision en litige, qui a pour seul objet de fixer le pays à destination duquel il sera éloigné. Par suite, ces moyens doivent être écartés comme inopérants.

En dernier lieu, l’interdiction du territoire français ayant été prononcée par le tribunal correctionnel de Grenoble et alors que M. C... n’établit pas avoir sollicité le relèvement de cette peine, il ne peut utilement soutenir devant la juridiction administrative qu’elle porte atteinte à son droit à la libre circulation dans l’Union européenne garanti par l’article 20 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne.

Il résulte de tout ce qui précède que M. C... n’est pas fondé à solliciter l’annulation de l’arrêté attaqué. Par conséquent, ses conclusions à fin d’injonction sous astreinte ainsi que celles qu’il a présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.




D E C I D E :



Article 1er : La requête de M. C... est rejetée.




Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... C... et au préfet du Nord.

Copie en sera adressée pour information au ministre de l’intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 décembre 2025.



La magistrate désignée,


Signé :
C. Célino



Le greffier,
Signé :
P. Vivien



La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,















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