Le Tribunal administratif de Lille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision du 18 décembre 2025 modifiant l'affectation de stage de Mme B... de Bayonne à Carpentras. Le juge a considéré que cette mesure constituait une simple mesure d'ordre intérieur, insusceptible de recours, car elle ne portait pas atteinte aux droits statutaires, à la rémunération, ni aux libertés fondamentales de la requérante. En conséquence, la condition d'urgence et l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision n'ont pas été examinées au fond. La requête a été rejetée, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 décembre 2025, Mme A... B..., représentée par Me Barberousse, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l’exécution de la décision du 18 décembre 2025 par laquelle la directrice générale de l’Ecole nationale de la protection judiciaire de la jeunesse (ENPJJ) a modifié son parcours de stage, en la déplaçant du service territorial éducatif de milieu ouvert et d'insertion (STEMOI) de Bayonne à celui de Carpentras ;
2°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 3 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur l’urgence :
- elle est constituée, dès lors qu’elle a dû quitter précipitamment le département des Pyrénées-Atlantiques, où elle a toutes ses attaches familiales, amicales et professionnelles, pour celui du Vaucluse distant de 700 kilomètres, où elle ne dispose d’aucun appui ; qu’en conséquence elle va devoir supporter le coût d’un loyer ou des frais d’hôtel ;
- elle est constituée, dès lors que la décision implique la rupture de la collaboration qu’elle avait nouée depuis le mois de mars 2025 avec les autres éducateurs stagiaires suivis par le pôle territorial de formation Sud-Ouest et rend impossible sa participation à la journée de rencontres entre jeunes programmée le 10 février 2026 ; qu’elle l’empêche également de soutenir l’épreuve orale de pratique professionnelle prévue le 13 janvier 2026 ; que l’ensemble des bouleversements dans ses conditions d’existence et de formation remettent en cause ses perspectives de titularisation au mois de juillet 2026 ;
Sur l’existence d’un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- elle est entachée d’une erreur de fait, dès lors que les trois premières semaines de stage au sein du STEMOI de Bayonne se sont très bien passées ;
- elle est entachée d’une erreur de droit, aucune des conditions fixées par l’article 24 du règlement de formation des éducateurs stagiaires de la PJJ n’étant remplie ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation au regard des dispositions de l’article L. 327-1 du code général de la fonction publique ;
- elle est entachée d’un détournement de pouvoir et constitue une sanction déguisée, le but étant de la sanctionner pour avoir contesté l’évaluation de sa première séquence de stage.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 janvier 2026, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la décision attaquée constitue une mesure d’ordre intérieur ;
- la condition d’urgence n’est pas remplie ;
- les moyens soulevés par Mme B... ne sont pas fondés.
Vu :
- la requête enregistrée le 30 décembre 2025 sous le numéro 2512781 par laquelle la requérante demande l’annulation de la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Even, premier conseiller pour statuer sur les demandes de référé.
Après avoir convoqué les parties à une audience publique ;
Ont été entendus au cours de l’audience publique du 13 janvier 2026 à 10 h :
- les observations de Me Barberousse, représentant Mme B... , qui reprend et développe les moyens de la requête et soutient, en outre, que la décision attaquée ne peut être regardée comme une mesure d’ordre intérieur dès lors que elle porte atteinte aux conditions d’exercice de son stage, alors que la typologie des personnes suivies par la PJJ diffère entre le Sud-Ouest et le Sud-Est, que les habitudes de travail ne sont pas les mêmes, qu’elle est sans solution de logement à Carpentras et que l’administration n’a pas proposé de l’aider et que l’indemnité de stage est insuffisante pour couvrir le coût d’une location de logement ;
à l’issue de laquelle le juge des référés a prononcé la clôture de l’instruction.
Considérant ce qui suit :
Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. Lorsque la suspension est prononcée, il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision dans les meilleurs délais. La suspension prend fin au plus tard lorsqu’il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision. ».
Les mesures prises à l’égard d’agents publics qui, compte tenu de leurs effets, ne peuvent être regardées comme leur faisant grief, constituent de simples mesures d’ordre intérieur insusceptibles de recours. Il en va ainsi des mesures qui, tout en modifiant leur affectation ou les tâches qu’ils ont à accomplir, ne portent pas atteinte aux droits et prérogatives qu’ils tiennent de leur statut ou de leur contrat ou à l’exercice de leurs droits et libertés fondamentaux, ni n’emportent de perte de responsabilités ou de rémunération. Le recours contre de telles mesures, à moins qu’elles ne traduisent une discrimination ou une sanction, est irrecevable.
La décision contestée, par laquelle la directrice générale de l’ENPJJ a modifié le lieu d’exercice d’un des stages de Mme B..., dans le cadre de sa scolarité dans cette école de service public, en la réaffectant au service territorial éducatif de milieu ouvert et d'insertion (STEMOI) de Carpentras plutôt qu’à celui de Bayonne, ne porte pas atteinte aux droits et prérogatives que Mme B... tient de son statut d’élève-fonctionnaire stagiaire. En particulier, rien ne permet de considérer que, par principe, l’exercice d’un stage dans un service plutôt qu’un autre, même dans le cas d’un changement d’affectation en cours de scolarité, l’empêcherait d’accomplir cette scolarité dans des conditions normales ou serait de nature à compromettre ses perspectives de titularisation. Par ailleurs, si Mme B... soutient que la décision attaquée constitue une sanction déguisée, en l’absence de dégradation objective de sa situation professionnelle, l’élément matériel permettant de caractériser l’existence d’une telle sanction fait, en tout état de cause, défaut. Dès lors, la décision contestée constitue une mesure d’ordre intérieur qui n’est pas susceptible de recours.
Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B... doit être rejetée, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme B... est rejetée
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A... B... et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Fait à Lille, le 15 janvier 2026.
Le juge des référés,
Signé,
P. EVEN
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,