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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2601974

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2601974

vendredi 6 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2601974
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantASSFAM – GROUPE SOS SOLIDARITÉS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille a rejeté la requête de M. A..., un ressortissant algérien, qui demandait l'annulation d'un arrêté préfectoral fixant l'Algérie comme pays de destination pour l'exécution d'une interdiction judiciaire du territoire. Le tribunal a jugé que le préfet du Nord, en prenant cette décision d'éloignement, n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation et avait respecté les dispositions du code pénal (articles 131-30 et suivants) et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (article L. 641-1). Les autres conclusions, notamment la demande d'autorisation provisoire de séjour, ont également été rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 février 2026, M. B... A... demande au tribunal :

1°) d’ordonner au préfet du Nord la communication de son entier dossier ;

2°) d’annuler l’arrêté du 24 février 2026 par lequel le préfet du Nord a fixé l’Algérie, ou tout autre pays dans lequel il serait légalement admissible, comme pays à destination duquel il sera éloigné, pour l’exécution d’une peine d’interdiction judiciaire du territoire ;

3°) d’enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) d’enjoindre au préfet du Nord de réexaminer sa situation dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

5°) d’enjoindre au préfet du Nord de lui remettre tout effet personnel qui serait en possession de l’administration ;

6°) de mettre à la charge de l’État la somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l’aide juridictionnelle en application de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A... soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen de sa situation ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation sur sa situation personnelle.

La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n’a pas produit d’observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code pénal ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Garot, conseiller, en application de l’article L. 922-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions de ce code.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Garot, magistrat désigné,
- les observations de Me Liénart, représentant M. A... qui a refusé de se présenter à l’audience, qui conclut aux mêmes fins que la requête et déclare renoncer aux moyens tirés de l’incompétence du signataire, du défaut de motivation et du défaut d’examen sérieux de sa situation,
- et les observations de Me Hau, représentant le préfet du Nord, qui conclut au rejet de la requête, fait valoir que le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 8 de convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales est inopérant, et ajoute que les autres moyens sont non fondés.


Considérant ce qui suit :

1. M. A..., ressortissant algérien né le 7 juillet 1994, a été condamné par un jugement du tribunal correctionnel de Lille du 8 août 2025 à une peine de cinq mois d’emprisonnement assortie d’une interdiction du territoire français pour une durée de trois ans pour des faits de vol en récidive et vol avec destruction ou dégradation en récidive. M. A... a été incarcéré au centre pénitentiaire de Lille-Annœullin. À son élargissement, le 24 février 2026, le préfet du Nord l’a placé en rétention et a pris à son encontre un arrêté fixant son pays de destination en exécution de la peine d’interdiction judiciaire de territoire à laquelle il a été condamné. M. A... demande l’annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions tendant à la production par le préfet du Nord de l’entier dossier de M. A... :

2. L’affaire est en état d’être jugée et le principe du contradictoire a été respecté. Il n’apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l’espèce, d’ordonner, avant de statuer sur la requête, la communication par le préfet du Nord des pièces demandées par M. A....

Sur les conclusions à fin d’annulation :

3. D’une part aux termes de l’article L. 641-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « La peine d'interdiction du territoire français susceptible d'être prononcée contre un étranger coupable d'un crime ou d'un délit est régie par les dispositions des articles 131-30, 131-30-1 et 131-30-2 du code pénal. ». Aux termes de l’article 131-30 du code pénal : « La peine d'interdiction du territoire français peut être prononcée, à titre définitif ou pour une durée de dix ans au plus, à l'encontre de tout étranger coupable d'un crime, d'un délit puni d'une peine d'emprisonnement d'une durée supérieure ou égale à trois ans ou d'un délit pour lequel la peine d'interdiction du territoire français est prévue par la loi. Sans préjudice de l'article 131-30-2, la juridiction tient compte de la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français ainsi que de la nature, de l'ancienneté et de l'intensité de ses liens avec la France pour décider de prononcer l'interdiction du territoire français. L'interdiction du territoire entraîne de plein droit la reconduite du condamné à la frontière, le cas échéant, à l'expiration de sa peine d'emprisonnement ou de réclusion. Lorsque l'interdiction du territoire accompagne une peine privative de liberté sans sursis, son application est suspendue pendant le délai d'exécution de la peine. Elle reprend à compter du jour où la privation de liberté a pris fin. / (…) ».

4. D’autre part, aux termes de l’article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français. / (…) ». Aux termes de l’article L. 721-4 du même code : « L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ».

5. Il résulte de ces dispositions qu’aussi longtemps qu’une personne condamnée n’a pas obtenu de la juridiction qui a prononcé la condamnation pénale le relèvement de la peine d’interdiction du territoire, l’autorité administrative est tenue de pourvoir à son exécution, sous réserve que la décision fixant le pays de renvoi n’expose pas l’intéressé à être éloigné à destination d'un pays dans lequel sa vie ou sa liberté seraient menacées, ou d’un pays où il serait exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. En l’espèce, les conséquences d’une mesure d’éloignement du territoire français sur la vie privée et familiale de M. A... résultent de la décision judiciaire d’interdiction du territoire dont il a fait l’objet le 8 août 2025, et non de l’arrêté en litige par lequel le préfet du Nord s’est borné à fixer le pays de renvoi en exécution de cette peine complémentaire. Dans ces conditions, le requérant ne peut utilement soutenir que l’arrêté attaqué méconnaîtrait les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ni qu’il serait entaché d’une erreur manifeste dans l’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle. Les moyens invoqués en ce sens par M. A... ne peuvent donc qu’être écartés.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l’annulation de l’arrêté du 24 février 2026 doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte :

8. Le présent jugement n’implique aucune mesure d’exécution. Par suite, les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique font obstacle à ce que soit mise à la charge de l’État, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.



D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au préfet du Nord.

Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l’intérieur.

Lu en audience publique le 6 mars 2026.


Le magistrat désigné,
Signé :
M. Garot
La greffière,
Signé :
F. Janet



La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.



Pour expédition conforme,


La greffière


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