jeudi 9 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2000203 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | DUPLANTIER - MALLET GIRY - ROUICHI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 janvier 2020, la société Changzhou Fadierke Green Sand Foundry Machine Co Ltd , représentée par la SELARL Duplantier - Mallet - Giry - Rouichi, Me Rouichi, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision n° AA-065/2019 notifiée le 6 novembre 2019 par laquelle le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE) de la région Auvergne-Rhône-Alpes lui a infligé une amende d'un montant total de 60 000 euros ;
2°) à titre subsidiaire, de réduire le montant des amendes prononcées ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les droits de la défense, principe fondamental reconnu par les lois de la République et garanties par l'article de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ont été méconnus dès lors que la lettre la mettant à même de présenter ses observations ne lui a été notifiée qu'en langue française et ne lui a laissé que quinze jours pour répondre, ce qui est insuffisant au regard de l'éloignement géographique et des barrières linguistiques et culturelles ; par ailleurs, cette lettre n'a pas été adressée au représentant désigné par l'entreprise auprès de l'administration ;
- la sanction est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi n'a pas pris en compte le fait que le gérant de l'entreprise Aluminium Bourbonnais a manqué de loyauté envers elle en ne l'alertant pas des irrégularités constatées par l'administration pour qu'elle puisse se conformer aux décisions de l'administration ;
- la sanction litigieuse est disproportionnée ; en effet, elle a repris et investi dans une entreprise française qui était en difficulté économique et a permis d'éviter de nombreux licenciements, notamment avec l'aide des salariés détachés dont la compétence était indispensable à l'entreprise.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 mars 2020, la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE) d'Auvergne-Rhône-Alpes conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par la société Changzhou Fadierke Green Sand Foundry Machine Co Ltd ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Jaffré,
- les conclusions de Mme Luyckx, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Dans le cadre de l'exécution d'une convention de prestation de services pour l'installation d'une sablerie, la société Changzhou Fadierke Green Sand Foundry Machine Co Ltd, qui a son siège social en Chine, a détaché six salariés auprès de la société Aluminium Bourbonnais, société de droit français exerçant dans le domaine de la métallurgie. Lors d'un contrôle réalisé le 2 avril 2019, les services de la DIRECCTE d'Auvergne-Rhône-Alpes ont constaté que les salariés détachés étaient rémunérés à des salaires inférieurs au SMIC. Par décision du 26 avril 2019, la prestation de services réalisée par la société requérante est suspendue pour une durée d'un mois. Après avoir constaté le 3 mai 2019 l'inexécution, par la société Changzhou Fadierke Green Sand Foundry Machine Co Ltd, de cette décision du 26 avril 2019 de suspension ainsi que la permanence de l'infraction relative aux rémunérations des salariés détachés, l'administration lui a infligé, par une décision N° AA 065/2019, une amende d'un montant total de 60 000 euros. La société requérante qui demande l'annulation de cette décision, doit être regardée comme demandant au tribunal la décharge, ou à titre subsidiaire, la réduction de cette amende.
Sur le bien-fondé des amendes :
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 8115-1 du code du travail : " Lorsqu'un agent de contrôle de l'inspection du travail constate l'un des manquements aux obligations mentionnées à la section 2 du présent chapitre, il transmet au directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi un rapport sur le fondement duquel ce dernier peut décider de prononcer une amende administrative ". Aux termes de l'article R. 8115-2 du même code : " Lorsque le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi décide de prononcer une amende administrative, il indique à l'intéressé par l'intermédiaire du représentant de l'employeur mentionné au II de l'article L. 1262-2-1 ou, à défaut, directement à l'employeur, le montant de l'amende envisagée et l'invite à présenter ses observations dans un délai de quinze jours. / A l'expiration du délai fixé et au vu des observations éventuelles de l'intéressé, il notifie sa décision et émet le titre de perception correspondant. / L'indication de l'amende envisagée et la notification de la décision infligeant l'amende sont effectuées par tout moyen permettant de leur conférer date certaine. ".
3. Aux termes de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " Droit à un procès équitable. / 1. Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi, qui décidera, soit des contestations sur ses droits et obligations de caractère civil, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle () ". Ces dernières stipulations de l'article 6, § 1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ne sont applicables, en principe, qu'aux procédures contentieuses suivies devant les juridictions lorsqu'elles statuent sur des accusations en matière pénale et ne peuvent être invoquées pour critiquer la régularité d'une procédure administrative, alors même qu'elle conduirait au prononcé d'une sanction. Il ne peut en aller autrement que dans l'hypothèse où la procédure d'établissement de cette sanction pourrait, eu égard à ses particularités, emporter des conséquences de nature à porter atteinte de manière irréversible au caractère équitable d'une procédure ultérieurement engagée devant le juge. Mais tel n'est pas le cas lorsque les éléments du dossier peuvent être débattus notamment devant le juge de plein contentieux opérant un entier contrôle.
4. D'une part, il résulte de l'instruction que l'administration a, par courriel du 16 septembre 2019 adressé aux adresses électroniques du représentant en France de la société requérante ainsi qu'à son adresse en Chine, telles qu'elles avaient été renseignées sur la déclaration préalable de détachement renseignée par la société requérante, un courrier la mettant à même de présenter ses observations sur la sanction que l'administration envisageait de prendre à son encontre en lui laissant un délai de quinze jours pour répondre, conformément aux dispositions précitées. Il résulte de l'instruction que la décision litigieuse a été prise plus d'un mois et demi après l'envoi de ce courriel. Ainsi, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que le délai dont elle a disposé n'aurait pas été suffisant pour qu'elle présente ses observations. Par ailleurs, la société requérante, à qui il avait été demandé préalablement de désigner un représentant en France, ne saurait reprocher à l'administration d'avoir rédigé ses courriers en langue française langue officielle de l'Etat français. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de procédure doit être écarté.
5. D'autre part, les décisions du directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi sont soumises à un entier contrôle du juge de plein contentieux devant lequel s'applique le principe du contradictoire et les droits de la défense. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 6, paragraphe 1, de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales doit, en tout état de cause, être écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 1262-1 du code du travail : " Un employeur établi hors de France peut détacher temporairement des salariés sur le territoire national, à condition qu'il existe un contrat de travail entre cet employeur et le salarié et que leur relation de travail subsiste pendant la période de détachement. (). ". Aux termes de l'article L. 1263-3 du même code : " Lorsqu'un agent de contrôle de l'inspection du travail mentionné à l'article L. 8112-1 constate un manquement grave, commis par un employeur établi hors de France qui détache des salariés sur le territoire national () constate le non-paiement total ou partiel du salaire minimum légal ou conventionnel, () il enjoint par écrit à cet employeur de faire cesser la situation dans un délai fixé par décret en Conseil d'Etat. (). ". Aux termes de l'article L. 1263-4 du même code : " A défaut de régularisation par l'employeur de la situation constatée dans le délai mentionné à l'article L. 1263-3, l'autorité administrative compétente peut, dès lors qu'elle a connaissance d'un rapport d'un agent de contrôle de l'inspection du travail constatant le manquement et eu égard à la répétition ou à la gravité des faits constatés, ordonner, par décision motivée, la suspension par l'employeur de la réalisation de la prestation de services concernée pour une durée ne pouvant excéder un mois. () ". Aux termes de l'article L. 1263-6 du même code : " Le fait pour l'employeur de ne pas respecter la décision administrative mentionnée à l'article L. 1263-4, () est passible d'une amende administrative, (). / Pour fixer le montant de l'amende, l'autorité administrative prend en compte les circonstances et la gravité du manquement, le comportement de son auteur ainsi que ses ressources et ses charges. L'amende est inférieure ou égale à 10 000 € par salarié concerné par le manquement. () ".
7. Il n'est pas contesté, d'une part, que les salariés chinois détachés au sein de la société Aluminium Bourbonnais percevaient des rémunérations inférieures au salaire minimum légal et, d'autre part, que la société requérante n'a pas respecté la décision du 26 avril 2019 portant suspension de sa prestation de service internationale pour une durée d'un mois. Le comportement déloyal du gérant de l'entreprise Aluminium Bourbonnais, au demeurant non démontré par les pièces du dossier, et qui n'était pas le représentant désigné de la société chinoise en France, n'a pas d'incidence sur l'appréciation de ces faits. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.
8. En troisième lieu, il ressort de l'instruction que l'administration a infligé à la société requérante une amende d'un montant total de 60 000 euros équivalent à 10 000 euros par salariés détachés, soit le maximum prévu par l'article L. 1263-6 du code du travail. D'une part, la société requérante ne démontre pas ni même n'allègue que le montant de cette sanction serait disproportionné au regard de sa situation financière et économique. D'autre part, il résulte de l'instruction que la société, à qui les informations règlementaires, les demandes de régularisation, les rapports de constats de manquement et la décision de suspension ont été communiqués aux adresses électroniques qu'elle avait indiquées à l'administration n'a pas régularisé sa situation ni n'a respecté la mesure de suspension. Elle a, en outre, procédé au détachement d'un nouveau salarié de manière irrégulière pendant cette période de suspension. Par suite, et alors même que les investissements de la société requérante en France auraient été positifs pour le maintien de l'emploi, circonstance au demeurant non établie, l'intéressée ne démontre pas que la sanction litigieuse serait disproportionnée.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête présentée par la société Changzhou Fadierke Green Sand Foundry Machine Co Ltd doivent être rejetées et par voie de conséquence les conclusions présentées au titre des frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Changzhou Fadierke Green Sand Foundry Machine Co Ltd est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Changzhou Fadierke Green Sand Foundry Machine Co Ltd et au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion.
Délibéré après l'audience du 19 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Bentéjac, présidente,
- Mme Jaffré, première conseillère,
- M. Nivet, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 novembre 2023.
La rapporteure,
M. JAFFRÉ
La présidente,
C. BENTÉJAC La greffière,
C. PETIT
La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2000203
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026