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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2001628

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2001628

vendredi 9 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2001628
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 1
Avocat requérantSALEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 22 septembre 2020, 23 octobre 2020, 27 mai 2021 et 1er septembre 2021, M. Pierre Astor demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler les délibérations du 23 juillet 2020 par lesquelles le conseil municipal de la commune de Retournac a adopté pour l'année 2020 le budget primitif de la commune, le budget primitif du budget annexe " alimentation en eau potable ", le budget primitif du service annexe " assainissement " et le budget primitif du service annexe " maison de santé pluridisciplinaire " ;

2°) d'annuler la délibération du 26 mars 2021 par laquelle le conseil municipal de la commune de Retournac a approuvé les comptes administratifs pour l'exercice 2020.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des délibérations du 23 juillet 2020 :

- il n'y a pas eu de séance préparatoire au budget ;

- le droit à l'information des élus a été méconnu en l'absence de communication préalable de documents, ce qui a empêché tout examen et appréciation sérieux, et en raison de l'insuffisance des notes de synthèse ; lors de la séance, les conseillers n'ont pas disposé de documents avec les chapitres, les articles, le " réalisé à ce jour ", l'analyse du trésorier et du grand livre ;

En ce qui concerne la délibération du 23 juillet 2020 approuvant le budget primitif de la commune pour l'année 2020 :

- le budget ne pouvait être sincère dès lors qu'un emprunt a été omis ;

En ce qui concerne la délibération du 26 mars 2021 :

- le compte administratif 2020 doit être annulé par voie de conséquence de l'annulation de la délibération du 23 juillet 2020 approuvant le budget primitif de la commune pour l'année 2020 ;

- le droit à l'information des élus a été méconnu dès lors qu'aucun document n'a été communiqué préalablement à la séance du conseil municipal ;

- l'article L. 2121-14 du code général des collectivités territoriales a été méconnu.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 20 octobre 2020 et 3 juin 2021, la commune de Retournac, représentée par Me Salen, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que la requête n'est pas signée ;

- les conclusions dirigées contre la délibération du 26 mars 2021 relative au vote du compte administratif pour 2020 sont irrecevables dès lors qu'elles auraient dû faire l'objet d'une instance distincte ;

- les autres moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 25 avril 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 9 mai 2023.

Après la clôture d'instruction, M. A a présenté des mémoires qui ont été enregistrés les 21 et 26 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bollon,

- les conclusions de M. Panighel, rapporteur public,

- et les observations de Me Salen, représentant la commune de Retournac.

Considérant ce qui suit :

1. Par des délibérations du 23 juillet 2020 et du 26 mars 2021, le conseil municipal de la commune de Retournac (Haute-Loire) a approuvé pour l'exercice 2020 le budget primitif de la commune, le budget primitif du budget annexe " alimentation en eau potable ", le budget primitif du service annexe " assainissement ", le budget primitif du service annexe " maison de santé pluridisciplinaire " ainsi que les comptes administratifs de la commune. M. Pierre Astor, conseiller municipal de la commune de Retournac, demande au tribunal l'annulation de ces délibérations.

Sur les conclusions à fin d'annulation des délibérations du 23 juillet 2020 :

En ce qui concerne les moyens communs aux délibérations :

2. En premier lieu, en se bornant à indiquer que " pour la première fois depuis 19 années de présence au conseil municipal, il n'y a pas eu de séance préparatoire au budget ", M. A n'assortit pas son moyen de précision suffisante permettant d'en apprécier le bien-fondé. A supposer même que le requérant ait entendu invoquer le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 2312-1 du code général des collectivités territoriales en ce que l'examen du budget n'a pas été précédé du débat prévu à cet article, ce moyen est inopérant dès lors qu'il est constant que la commune de Retournac comporte moins de 3 500 habitants.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales : " Tout membre du conseil municipal a le droit, dans le cadre de sa fonction, d'être informé des affaires de la commune qui font l'objet d'une délibération. " et selon l'article L. 2121-12 du même code : " Dans les communes de 3 500 habitants et plus, une note explicative de synthèse sur les affaires soumises à délibération doit être adressée avec la convocation aux membres du conseil municipal. / () ".

4. D'une part, l'obligation d'adresser une note explicative de synthèse aux membres du conseil municipal ne s'applique pas à la commune de Retournac qui compte moins de 3 500 habitants.

5. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que, préalablement à la séance du conseil municipal, un ou plusieurs membres du conseil municipal auraient fait valoir leur droit à être plus amplement informés sur les projets de délibérations en litige et auraient plus précisément demandé à être destinataires " de documents avec les chapitres, les articles, le " réalisé à ce jour ", de l'analyse du trésorier et du grand livre " ou se seraient vu refuser la communication d'éléments ou documents nécessaires à l'examen desdites délibérations alors qu'au demeurant il n'est pas contesté que les conseillers municipaux ont été destinataires en début de séance d'un rapport de présentation des délibérations. Par suite, le moyen tiré de ce que le droit d'information des élus aurait été méconnu doit être écarté.

En ce qui concerne la délibération approuvant le budget primitif de la commune pour l'année 2020 :

6. En premier lieu, si M. A soutient que l'omission d'inscription au budget primitif de la commune pour l'année 2020 d'un emprunt libéré début 2020 méconnaît le droit des élus à être informés et cite à ce titre la décision n° 133849 du Conseil d'Etat du 1er octobre 1997 il ne démontre ni que les motifs réels de la délibération litigieuse ont été dissimulés aux membres du conseil municipal, ni que l'information fournie à ceux-ci a été de nature à les induire en erreur. Par suite, et alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'un ou plusieurs élus ait vainement sollicité la communication d'éléments supplémentaires d'information ainsi qu'il a été dit précédemment, le moyen doit être écarté.

7. En second lieu, aux termes de l'article L. 1612-4 du code général des collectivités territoriales : " Le budget de la collectivité territoriale est en équilibre réel lorsque la section de fonctionnement et la section d'investissement sont respectivement votées en équilibre, les recettes et les dépenses ayant été évaluées de façon sincère, et lorsque le prélèvement sur les recettes de la section de fonctionnement au profit de la section d'investissement, ajouté aux recettes propres de cette section, à l'exclusion du produit des emprunts, et éventuellement aux dotations des comptes d'amortissements et de provisions, fournit des ressources suffisantes pour couvrir le remboursement en capital des annuités d'emprunt à échoir au cours de l'exercice. ". Une délibération approuvant un budget en équilibre apparent mais en déséquilibre réel est illégale.

8. En se bornant à soutenir que le budget est insincère dès lors qu'un emprunt n'a pas été inscrit, M. A n'établit pas que les recettes et les dépenses n'ont pas été évaluées de façon sincère et que le budget approuvé par la délibération attaquée se trouverait en situation de déséquilibre réel. Par suite, le moyen doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité des conclusions, que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des délibérations du 23 juillet 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la délibération du 26 mars 2021 :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. A n'est pas fondé à soutenir que la délibération du 26 mars 2021 approuvant les comptes administratifs pour l'année 2020 doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité des délibérations du 23 juillet 2020.

11. En deuxième lieu, si M. A soutient que deux élus ont présenté une demande de communication d'éléments d'information préalablement à la séance du conseil municipal ayant donné lieu à la délibération attaquée, il ne l'établit pas. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'information des élus doit être écarté.

12. En dernier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 2121-14 du code général des collectivités territoriales : " Le conseil municipal est présidé par le maire et, à défaut, par celui qui le remplace. / Dans les séances où le compte administratif du maire est débattu, le conseil municipal élit son président. / Dans ce cas, le maire peut, même s'il n'est plus en fonction, assister à la discussion ; mais il doit se retirer au moment du vote. ". Il résulte de ces dispositions que la présence du maire n'est pas autorisée lors du vote du compte administratif qui retrace l'exécution par le maire du budget voté par le conseil municipal.

13. D'autre part, aux termes de l'article L. 1612-1 du même code : " Dans le cas où le budget d'une collectivité territoriale n'a pas été adopté avant le 1er janvier de l'exercice auquel il s'applique, l'exécutif de la collectivité territoriale est en droit, jusqu'à l'adoption de ce budget, de mettre en recouvrement les recettes et d'engager, de liquider et de mandater les dépenses de la section de fonctionnement dans la limite de celles inscrites au budget de l'année précédente. / Il est en droit de mandater les dépenses afférentes au remboursement en capital des annuités de la dette venant à échéance avant le vote du budget. () ".

14. Il est constant que M. A exerçait les fonctions de maire de la commune de Retournac entre le 1er janvier et le 2 juillet 2020. Il a donc, à ce titre et conformément à l'article L. 1612-1 du code général des collectivités territoriales précité, participé à l'exécution des budgets pour l'exercice 2020 quand bien même il n'exerçait plus cette fonction à la date de leur vote le 23 juillet 2020. Par suite, et conformément aux dispositions de l'article L. 2121-14 du code général des collectivités territoriales, il devait se retirer au moment du vote des comptes administratifs et n'est ainsi pas fondé à soutenir que ces derniers ont été arrêtés en méconnaissance desdites dispositions.

15. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité des conclusions, que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la délibération du 26 mars 2021 approuvant les comptes administratifs de la commune de Retournac pour l'exercice 2020.

Sur les frais liés au litige :

16. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de la commune de Retournac au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Retournac au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. Pierre Astor et à la commune de Retournac.

Délibéré après l'audience du 26 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Caraës, présidente,

M. Jurie, premier conseiller,

Mme Bollon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2024.

La rapporteure,

L. BOLLON

La présidente,

R. CARAËS La greffière,

F. LLORACH

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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