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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2001647

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2001647

vendredi 16 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2001647
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 2
Avocat requérantAD'VOCARE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 septembre 2020 au greffe du tribunal administratif de Nancy, renvoyée au tribunal administratif de Clermont-Ferrand par une ordonnance du 24 septembre 2020, M. B A, représenté par Me Bourg, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision implicite née du silence gardé par le préfet de la Meuse à son courrier du 3 juin 2020 tendant à l'abrogation de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet le 7 octobre 2019 ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Meuse d'abroger l'obligation de quitter le territoire du 7 octobre 2019 sous astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- dès lors que le procureur de la République de Bar-le-Duc a confirmé l'authenticité de son passeport, il existe des circonstances de fait ou de droit postérieures à l'obligation de quitter le territoire du 7 octobre 2019 qui imposent au préfet, en application du deuxième alinéa de l'article L. 243-2 du code des relations entre le public et l'administration, de procéder à l'abrogation de cet arrêté ; l'examen de son passeport confirme en effet qu'il était mineur à la date de l'arrêté en litige, de sorte que celui-ci méconnaissait les dispositions du 1° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 octobre 2020, le préfet de la Meuse conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une décision du 25 novembre 2020, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Trimouille a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien déclarant être né en 2002 et ainsi être entré en France à l'âge de 16 ans, a fait l'objet, le 7 octobre 2019, d'un arrêté du préfet de la Meuse l'obligeant à quitter le territoire français. Par un courrier reçu en préfecture le 3 juin 2020, il a demandé au préfet d'abroger cet arrêté, en se fondant sur la circonstance que l'authenticité de ses documents d'état-civil aurait été reconnue par le procureur de la République de Bar-le-Duc. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par le préfet de la Meuse sur cette demande. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cette décision implicite de rejet et qu'il soit enjoint au préfet d'abroger l'obligation de quitter le territoire français en litige.

2. Par une décision du 25 novembre 2020, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Il n'y a donc pas lieu de statuer sur sa demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire.

3. D'une part, aux termes du second alinéa de l'article L. 243-2 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration est tenue d'abroger expressément un acte non réglementaire non créateur de droits devenu illégal ou sans objet en raison de circonstances de droit ou de fait postérieures à son édiction, sauf à ce que l'illégalité ait cessé. " Aux termes de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " Ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français : / 1° L'étranger mineur de dix-huit ans ; () "

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 111-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vigueur à la date de la décision attaquée : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. " Aux termes de ce dernier article : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Ces dispositions posent une présomption de validité des actes d'état civil établis par une autorité étrangère. Cependant, la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.

5. Pour obliger M. A à quitter le territoire français par un arrêté du 7 octobre 2019, le préfet de la Meuse a estimé que l'intéressé avait commis une fraude en produisant de faux documents pour bénéficier des prestations sociales prévues pour les mineurs isolés étrangers de manière indue. Pour demander l'abrogation de cette obligation de quitter le territoire, M. A soutient que la justice a reconnu, postérieurement à l'arrêté en litige, l'authenticité de ses actes d'état civil, de sorte que sa minorité à la date de cet arrêté serait établie, ce qui aurait pour conséquence d'obliger le préfet de la Meuse à l'abroger sur le fondement des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article L. 243-2 du code des relations entre le public et l'administration et du 1° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Toutefois, si le courriel adressé le 2 mars 2020 par le procureur de la République de Bar-le-Duc au conseil du requérant indiquait, au demeurant de manière peu circonstanciée, que " l'enquête de police a conclu à l'authenticité des documents en possession B A ", il ressort de l'arrêt rendu par la cour d'appel de Riom le 20 octobre 2020 que, plus précisément, les services de la police aux frontières n'ont procédé à la vérification que du passeport de M. A, qu'ils ont " reconnu authentique quant à son support. " Dès lors qu'un passeport, simple document de voyage, ne constitue pas un acte d'état civil et est dépourvu de toute force probante pour l'application de l'article 47 du code civil, le préfet de la Meuse est fondé à ne pas avoir donné suite à la demande d'abrogation de l'obligation de quitter le territoire français du 7 octobre 2020 formulée par M. A et ce, sans méconnaître les articles L. 243-2 du code des relations entre le public et l'administration et L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. A tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Meuse.

Délibéré après l'audience du 13 juin 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Bader-Koza, présidente,

Mme Trimouille, première conseillère,

M. Debrion, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juin 2023.

La rapporteure,

C. TRIMOUILLE

La présidente,

S. BADER-KOZA Le greffier,

P. MANNEVEAU

La République mande et ordonne au préfet de la Meuse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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