vendredi 8 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2001774 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | SCP BORIE ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 9 octobre 2020, 17 mars 2021, 29 juillet 2022 et 2 septembre 2022, M. A B, représenté par la SCP Borie et associés, avocats, demande au tribunal :
1°) de condamner la commune de Clermont-Ferrand à réparer les préjudices qu'il estime avoir subis ;
2°) d'enjoindre à la commune de Clermont-Ferrand de procéder à la régularisation de ses cotisations " auprès de l'ensemble des organismes concernés " ;
3°) de mettre la somme de 2 000 euros à la charge de la commune de Clermont-Ferrand en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il a été engagé pour exercer des fonctions correspondant à un besoin permanent de la commune de Clermont-Ferrand ;
- son contrat de travail doit être requalifié, si bien qu'il doit être regardé comme ayant été licencié ;
- son licenciement était irrégulier dès lors qu'il n'a pas été précédé d'un entretien préalable ;
- son licenciement était irrégulier dès lors qu'il n'a pas été assisté d'un défenseur de son choix ;
- son licenciement était irrégulier dès lors qu'il n'a pas pu avoir accès à son dossier ;
- son licenciement était fondé sur des faits erronés ;
- la sanction disciplinaire du licenciement était disproportionnée ;
- il a subi un préjudice consistant en une perte de rémunération d'un montant total de 4 743,95 euros ;
- il a subi un préjudice consistant en la perte d'indemnité compensatrice de congés payés d'un montant total de 1 552 euros ;
- il a subi un préjudice moral qu'il évalue à 2 000 euros ;
- il a subi un trouble dans les conditions d'existence qu'il évalue à 3 000 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 27 avril 2022 et 17 août 2022, la commune de Clermont-Ferrand, représentée par la SELARL DMMJB, avocats, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce que les indemnisations sollicitées par le requérant soient ramenées à de plus justes proportions et à ce que la somme de 1 000 euros soit mise à la charge de M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable dès lors qu'elle a été introduite tardivement ;
- les conclusions indemnitaires du requérant tendant à la réparation du préjudice tiré de sa perte de rémunération sont irrecevables, dès lors qu'elles n'ont pas été précédées d'une demande préalable ;
- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
La demande d'aide juridictionnelle présentée par M. B a été rejetée par une décision du 29 septembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;
- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale ;
- l'ordonnance n° 2020-305 du 25 mars 2020 portant adaptation des règles applicables devant les juridictions de l'ordre administratif ;
- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Jurie ;
- les conclusions de M. Panighel, rapporteur public ;
- et les observations de Me Kiganga, représentant M. B, et de Me Bonnicel-Bonnefoi, représentant la commune de Clermont-Ferrand.
Considérant ce qui suit :
1. Par un " acte d'engagement à durée déterminée " en date du 29 mars 2019, le maire de la commune de Clermont-Ferrand a recruté M. B pour la période du 1er avril 2019 au 31 juillet 2019 en vue d'assurer des missions d'" intervenant échelon 2 ". Par un " acte d'engagement à durée déterminée " daté du 4 septembre 2019, l'intéressé a été une nouvelle fois recruté en qualité d'" intervenant échelon 2 " pour la période du 4 septembre 2019 au 31 décembre 2019. Par un " acte d'engagement à durée déterminée " daté du 2 décembre 2019, l'intéressé a été une dernière fois recruté en qualité d'" intervenant échelon 2 " pour la période du 1er janvier 2020 au 31 juillet 2020. Par un courrier daté du 15 janvier 2020, M. B était informé qu'il était mis fin à ce dernier acte d'engagement à compter du 27 janvier 2020. Par sa requête, M. B demande l'indemnisation des préjudices qu'il estime résulter de son licenciement et à ce qu'il soit enjoint à la commune de Clermont-Ferrand de procéder à la régularisation de ses cotisations " auprès de l'ensemble des organismes concernés ".
Sur les fins de non-recevoir opposées en défense par la commune de Clermont-Ferrand :
2. En premier lieu, la commune de Clermont-Ferrand soutient que la requête a été enregistrée tardivement dans la mesure où elle a été introduite postérieurement à l'expiration du délai fixé par les dispositions de l'article 2 de l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020.
3. Aux termes de l'article R. 421-2 du code de justice administrative : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet () ". Aux termes de l'article 7 de l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 susvisée : " Sous réserve des obligations qui découlent d'un engagement international ou du droit de l'Union européenne, les délais à l'issue desquels une décision, un accord ou un avis de l'un des organismes ou personnes mentionnés à l'article 6 peut ou doit intervenir ou est acquis implicitement et qui n'ont pas expiré avant le 12 mars 2020 sont, à cette date, suspendus jusqu'à la fin de la période mentionnée au I de l'article 1er () ". Aux termes de l'article 1 de la même ordonnance : " I. ' Les dispositions du présent titre sont applicables aux délais et mesures qui ont expiré ou qui expirent entre le 12 mars 2020 et le 23 juin 2020 inclus () ".
4. Il est constant que la demande indemnitaire préalable de M. B, datée du 16 mars 2020, a été reçue par la commune de Clermont-Ferrand le 20 mars 2020. Il est également constant que l'autorité municipale a gardé le silence sur cette demande. Dans ces conditions, une décision implicite de rejet de la réclamation indemnitaire de M. B aurait dû, en principe, intervenir le 20 mai 2020. Toutefois, en application des dispositions précitées des articles 1 et 7 de l'ordonnance du 25 mars 2020, le délai de deux mois à l'issue duquel était susceptible de naître une décision implicite de rejet a été suspendu entre le 12 mars et le 23 juin 2020 inclus. En conséquence, la décision implicite de rejet de la demande de M. B était acquise le 24 août 2020, date à compter de laquelle a ainsi couru le délai de recours contentieux de deux mois, qui est un délai franc. Dans ces conditions, M. B avait jusqu'au 26 octobre 2020, premier jour ouvrable suivant l'expiration du délai de recours contentieux, pour saisir le tribunal. Ainsi, dès lors que la requête de M. B a été déposée le 9 octobre 2020 au greffe du tribunal, elle ne peut être regardée comme ayant été enregistrée postérieurement à l'expiration du délai de recours contentieux. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de l'introduction tardive de la requête doit être écartée.
5. En second lieu, la commune de Clermont-Ferrand expose que les conclusions indemnitaires du requérant tendant à la réparation du préjudice tiré de sa perte de rémunération n'ont pas fait l'objet d'une demande préalable. Toutefois, il ressort des termes mêmes de la demande indemnitaire de M. B datée du 16 mars 2020, que la commune défenderesse indique avoir reçue le 20 mars 2020, que l'intéressée a sollicité de l'autorité municipale une " indemnisation correspondant à la perte de salaire depuis le 27 janvier 2020 ". Dès lors, les conclusions indemnitaires de M. B tendant à la réparation du préjudice tiré de sa perte de rémunération ont été précédées d'une demande indemnitaire adressée à la commune de Clermont-Ferrand. Par suite, la fin de non-recevoir tenant à l'absence de cette demande indemnitaire préalable ne peut qu'être écartée.
Sur les conclusions indemnitaires :
S'agissant de la responsabilité :
En ce qui concerne la qualification de l'engagement de M. B :
6. Aux termes de l'article 3-3 de la loi du 26 janvier 1984 : " Par dérogation au principe énoncé à l'article 3 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 précitée et sous réserve de l'article 34 de la présente loi, des emplois permanents peuvent être occupés de manière permanente par des agents contractuels dans les cas suivants : / 1° Lorsqu'il n'existe pas de cadre d'emplois de fonctionnaires susceptibles d'assurer les fonctions correspondantes ; / () / Les agents ainsi recrutés sont engagés par contrat à durée déterminée d'une durée maximale de trois ans. Ces contrats sont renouvelables par reconduction expresse, dans la limite d'une durée maximale de six ans () ". Aux termes de l'article 1er du décret du 15 février 1988 : " () / Les dispositions du présent décret ne sont toutefois pas applicables aux agents engagés pour une tâche précise, ponctuelle et limitée à l'exécution d'actes déterminés ".
7. Un agent de droit public employé par une collectivité ou un établissement mentionné au premier alinéa de l'article 2 de la loi du 26 janvier 1984 doit être regardé comme ayant été engagé pour exécuter un acte déterminé lorsqu'il a été recruté pour répondre ponctuellement à un besoin de l'administration. La circonstance que cet agent a été recruté plusieurs fois pour exécuter des actes déterminés n'a pas pour effet, à elle seule, de lui conférer la qualité d'agent contractuel. En revanche, lorsque l'exécution d'actes déterminés multiples répond à un besoin permanent de l'administration, l'agent doit être regardé comme ayant la qualité d'agent non titulaire de l'administration.
8. Il résulte de l'instruction que M. B a été engagé par la commune de Clermont-Ferrand en qualité d'" intervenant échelon 2 ", afin, selon les mentions de son bulletin de paie, d'assurer les fonctions d'animateur à l'école municipale de cirque. Contrairement à ce que soutient la commune défenderesse, la variation du volume de travail quotidien et mensuel auquel était astreint M. B ne fait pas obstacle à ce que le caractère permanent de l'emploi qu'il occupait soit retenu. En outre, la commune de Clermont-Ferrand observe que les besoins concernant les interventions de l'intéressé ont été ponctuels dès lors que le recours à des animateurs pour l'école de cirque dépend du nombre d'inscrits, de leur tranche d'âge, des disponibilités des intervenants, des disciplines à enseigner et de la spécialité de l'intéressé. Toutefois, alors qu'aucune des pièces du dossier ne tend à établir une variation substantielle du nombre ou de l'âge des inscrits ou des enseignements dispensés d'une année à l'autre qui aurait justifié une adaptation concomitante de l'effectif des animateurs de l'école de cirque, la collectivité défenderesse ne conteste pas les affirmations du requérant selon lesquelles le nombre d'inscrits à l'école de cirque était constant d'année en année et n'indique pas en quoi la spécialité de M. B, qu'elle ne précise d'ailleurs pas dans ses écritures, aurait justifié de simples interventions ponctuelles ou déterminées de sa part. Par ailleurs, M. B a été engagé pour une première durée de 4 mois, puis dans le mois suivant l'expiration de ce premier engagement, a encore été engagé à deux reprises pour une seconde durée continue de 11 mois, qui n'a été interrompue que par la rupture de ses relations de travail à l'initiative de la commune, non en vue d'accomplir des actes déterminés ou des tâches ponctuelles, mais afin d'exercer des fonctions strictement identiques tendant à la réalisation d'animations qui étaient planifiées sur la totalité de l'année scolaire par le programme de l'école de cirque auquel elles étaient complètement intégrées et qui relevaient d'activités ou de disciplines qui étaient essentiellement reconduites chaque année. Dans ces conditions, M. B doit être regardé comme ayant, en réalité, été recruté pour répondre à un besoin permanent de la commune de Clermont-Ferrand en qualité d'agent non titulaire relevant des dispositions du décret du 15 février 1988.
9. Dans ces conditions, en recrutant puis en maintenant M. B dans une situation illégale de vacataire du 1er avril 2019 au 27 janvier 2020, la commune de Clermont-Ferrand a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
En ce qui concerne la justification de la rupture de l'engagement de M. B :
10. Aux termes de l'article 36-1 du décret du 15 février 1988 susvisé, dans sa rédaction en vigueur à la date de la rupture de l'engagement de M. B : " Les sanctions disciplinaires susceptibles d'être appliquées aux agents contractuels sont les suivantes : / 1° L'avertissement ; / 2° Le blâme ; / 3° L'exclusion temporaire des fonctions avec retenue de traitement pour une durée maximale de six mois pour les agents recrutés pour une durée déterminée et d'un an pour les agents sous contrat à durée indéterminée ; / 4° Le licenciement, sans préavis ni indemnité de licenciement () ".
11. Il résulte de l'instruction que, pour licencier M. B, l'autorité municipale a relevé que lors d'une réunion tenue le 17 décembre 2019 entre l'équipe de direction de l'école de cirque et l'ensemble des vacataires, l'intéressé a reproché, de manière véhémente, au coordinateur pédagogique d'avoir modifié le contenu de cours sur lesquels il n'intervenait plus et a sommé son supérieur hiérarchique de lui rendre des comptes sur ce point. L'autorité municipale a également relevé que, dans les jours qui ont suivi cette réunion ainsi qu'au cours du mois de janvier 2020, M. B tout en minimisant son comportement a persisté dans son attitude de manière insistante.
12. Le requérant expose que la décision de rompre son engagement était injustifiée dès lors qu'aucun fait fautif ne pouvait lui être reproché. Toutefois, si M. B conteste les agissements qui lui sont reprochés par la commune de Clermont-Ferrand, aucune des attestations qu'il produit, ni aucun autre élément du dossier, ne tend à établir qu'il n'aurait pas adopté le comportement véhément qui lui est imputé alors qu'il ressort du compte rendu de la réunion du 21 janvier 2020, dont le contenu n'est pas démenti par le requérant, qu'il a été reçu à quatre reprises au cours des mois de décembre 2019 et janvier 2020 par la directrice de l'école du cirque qui, malgré les échanges et les recadrages, a constaté la persistance de fortes tensions entre l'intéressé et cet établissement. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que les faits ayant motivé son licenciement ne seraient pas matériellement établis.
13. Ces faits étaient de nature à justifier l'infliction d'une sanction disciplinaire. Toutefois, ainsi que le soutient M. B, la sanction disciplinaire du licenciement, sanction la plus élevée parmi celles prévues par les dispositions précitées de l'article 36-1 du décret du 15 février 1988, ne peut pas être regardée comme proportionnée aux agissements qui lui étaient reprochés.
14. Il résulte de ce qui précède que le requérant est fondé à soutenir qu'en le licenciant à raison des faits sus rappelés, la commune de Clermont-Ferrand a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
S'agissant des préjudices :
En ce qui concerne l'indemnité compensatrice de congés payés :
15. Aux termes de l'article 5 du décret du 15 février 1988 susvisé : " À la fin d'un contrat à durée déterminée ou en cas de licenciement n'intervenant pas à titre de sanction disciplinaire, l'agent qui, du fait de l'autorité territoriale, en raison notamment de la définition du calendrier des congés annuels, n'a pu bénéficier de tout ou partie de ses congés annuels a droit à une indemnité compensatrice () ".
16. Le requérant soutient qu'en tant qu'agent contractuel il aurait accumulé des jours de congés qui peuvent être évalués à 10 % de sa rémunération brute, soit à un montant de 1 552 euros auquel il était en droit de bénéficier à titre d'indemnité compensatrice de congés payés. Toutefois, l'article 6 de l'engagement de M. B prévoyait que " dans la mesure où l'agent bénéficiera d'une indemnité [il] n'aura droit à aucun jour de congés payés ". La commune de Clermont-Ferrand observe sans être contredite par le requérant que conformément à l'article 6 de l'engagement de M. B une indemnité de congés payés correspondant à 10 % du montant brut horaire de vacation lui a été versée, faisant ainsi passer ce dernier montant de 23,31 euros à 25,65 euros. Par ailleurs, il ressort des bulletins de paie de M. B qu'il a été rémunéré à un montant brut horaire de vacation de 25,65 euros. Dans ces conditions, alors que M. B ne conteste pas ces observations, les mentions figurant sur ses bulletins de paie établissent, contrairement à ce qu'il allègue, qu'il a bénéficié d'une indemnité compensant l'impossibilité à laquelle il était soumis de bénéficier de congés annuels. Ainsi, l'intéressé, qui n'établit, ni même n'allègue, que le montant de cette indemnité aurait été insuffisant, n'est pas fondé à réclamer le paiement d'une indemnité compensatrice de congés annuels.
En ce qui concerne la perte de rémunération :
17. M. B fait valoir qu'il est en droit de percevoir la rémunération qui lui était due jusqu'au terme de son acte d'engagement fixé au 31 juillet 2020, augmentée des jours de congés payés non pris à hauteur de 10 % de sa rémunération brute et diminuée des salaires bruts mensuels correspondant aux cours de danse dispensés durant cette période de six mois.
18. Un agent public irrégulièrement évincé a droit à la réparation intégrale du préjudice qu'il a effectivement subi du fait de la mesure illégalement prise à son encontre. Sont ainsi indemnisables les préjudices de toute nature avec lesquels l'illégalité commise présente, compte tenu de l'importance respective de cette illégalité et des fautes relevées à l'encontre de l'intéressé, un lien direct de causalité. Pour l'évaluation du montant de l'indemnité due, doit être prise en compte la perte des rémunérations ainsi que celle des primes et indemnités dont l'intéressé avait, pour la période en cause, une chance sérieuse de bénéficier, à l'exception de celles qui, eu égard à leur nature, à leur objet et aux conditions dans lesquelles elles sont versées, sont seulement destinées à compenser des frais, charges ou contraintes liés à l'exercice effectif des fonctions. Il y a lieu de déduire, le cas échéant, le montant des rémunérations nettes et des allocations pour perte d'emploi qu'il a perçues au cours de la période d'éviction. La réparation intégrale du préjudice de l'intéressé peut également comprendre, à condition que l'intéressé justifie du caractère réel et certain du préjudice invoqué, celle de la réduction de droits à l'indemnisation du chômage qu'il a acquis durant la période au cours de laquelle il a été employé du fait de son éviction de son emploi avant le terme contractuellement prévu.
19. Selon l'acte d'engagement du 2 décembre 2019, M. B devait exercer ses fonctions jusqu'au 31 juillet 2020. Il est dès lors fondé à demander la réparation de la perte de rémunération qu'il a subie du fait de son éviction irrégulière, qui présente un lien direct et certain avec la faute commise par la commune de Clermont-Ferrand découlant de l'illégalité de son licenciement pour motif disciplinaire. Il ressort des bulletins de paie de l'intéressé que ce dernier a perçu une rémunération nette imposable cumulée de 12 914,15 euros, soit un montant moyen mensuel net imposable de 1 614,27 euros. Par ailleurs, la commune de Clermont-Ferrand n'établit, ni même n'allègue, que le requérant ne disposait pas d'une chance sérieuse de prétendre à une rémunération équivalente pour la période du 27 janvier 2020 au 31 juillet 2020. Dans ces conditions, le licenciement illégal de M. B doit être regardé comme l'ayant privé d'une rémunération nette imposable de 9 685,62 euros au titre de cette période. Toutefois, il résulte de l'instruction que l'intéressé a perçu, au cours de la même période, l'allocation d'aide au retour à l'emploi pour un montant total de 6 054,09 euros. En outre, le requérant déclare, sans être contredit sur ce point par la commune de Clermont-Ferrand, que durant ladite période il a exercé une activité professionnelle dont il a tiré, selon ses déclarations mensuelles de chiffre d'affaires établis pour la période concernée, une rémunération totale nette imposable de 582 euros pour la période concernée. Dès lors, les sommes de 6 054,09 euros et 582 euros doivent être déduites du montant de rémunération de 9 685,62 euros, dont M. B a été privé du 27 janvier 2020 au 31 juillet 2020. Dans ces conditions, M. B est fondé à prétendre à une indemnisation de 3 049,53 euros en réparation du préjudice tiré de sa perte de rémunération.
En ce qui concerne le préjudice moral et les troubles dans les conditions d'existence :
20. Il résulte de l'instruction que M. B a subi un préjudice moral ainsi que des troubles dans les conditions d'existence dont il sera fait une juste appréciation en les réparant par une indemnisation d'un montant total de 2 000 euros.
21. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à prétendre, à titre de réparation de l'ensemble de ses préjudices, à une somme totale de 5 049,53 euros.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
22. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution () ".
23. La requalification de l'engagement de M. B en qualité de vacataire en celui d'agent contractuel implique nécessairement d'enjoindre à la commune de Clermont-Ferrand de procéder à la régularisation, le cas échéant, de ses cotisations auprès des organismes sociaux et de retraite compétents au titre des périodes d'engagement de l'intéressé du 1er avril 2019 au 31 juillet 2019 et du 4 septembre 2019 au 27 janvier 2020, dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais d'instance :
24. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre la somme de 1 500 euros à la charge de la commune de Clermont-Ferrand au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens. Ce dernier n'étant pas la partie perdante en la présente instance, les conclusions présentées sur le même fondement à son encontre par la commune de Clermont-Ferrand doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La commune de Clermont-Ferrand est condamnée à payer la somme totale de 5 049,53 euros en réparation des préjudices subis par M. B.
Article 2 : Il est enjoint à la commune de Clermont-Ferrand de régulariser, le cas échéant, les cotisations de M. B auprès des organismes sociaux et de retraite compétents, dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : La commune de Clermont-Ferrand versera à M. B la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Clermont-Ferrand.
Délibéré après l'audience du 24 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Caraës, présidente,
M. Jurie, premier conseiller,
Mme Bollon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 décembre 2023.
Le rapporteur,
G. JURIE
La présidente,
R. CARAËS
La greffière,
F. LLORACH
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2001774
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026