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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2002117

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2002117

vendredi 20 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2002117
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 1
Avocat requérantRIQUIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 24 novembre 2020, le 17 septembre 2021 et le 5 novembre 2021, Mme A B demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 juin 2020 par lequel la directrice par intérim du centre hospitalier de Billom a refusé de reconnaître son accident comme imputable au service au-delà du 7 octobre 2019 et l'a placée en congé de maladie ordinaire à compter de cette date et jusqu'au 30 juin 2020 inclus ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier de Billom de reconnaître ses arrêts de travail comme étant imputables au service et ce, au minimum, jusqu'au 31 juillet 2020.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure, la commission de réforme n'ayant pas été consultée préalablement à son édiction ;

- le centre hospitalier ne peut rétroactivement mettre fin à sa prise en charge en congé pour accident de service à compter du 7 octobre 2019 ;

- il remet en cause une décision créatrice de droits à son profit.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 1er avril 2021 et le 13 octobre 2021, le centre hospitalier de Billom, représenté par l'AARPI Publica Avocats, Me Riquier conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle est tardive ;

- les autres moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 15 octobre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 10 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n°86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n°88-386 du 19 avril 1988 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bollon,

- les conclusions de M. Panighel, rapporteur public,

- et les observations de Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, aide-soignante au centre hospitalier de Billom, a chuté le 3 décembre 2017 sur une plaque de verglas le genou gauche en hyperflexion en se rendant au travail. Par un arrêté du 28 décembre 2017, cet accident a été reconnu comme imputable au service du 3 décembre 2017 au 16 janvier 2018 et Mme B a été placée en congé pour accident de service. Par la suite, elle a repris son activité professionnelle en avril 2018, puis a de nouveau été arrêtée pour une rechute de son accident de service le 17 octobre 2018 avant de reprendre le 19 novembre 2018. A compter du 8 janvier 2019, Mme B a été de nouveau placée en arrêt de travail. Le centre hospitalier de Billom a alors sollicité un médecin agréé en vue d'une expertise. Dans son rapport du 6 février 2019, celui-ci a indiqué que les arrêts de travail de la requérante devaient être pris en charge au titre de l'accident de service et que son état ne pouvait être considéré comme consolidé avant juin 2019. Ce même médecin expert a de nouveau examiné l'intéressée le 19 juin 2020 et a conclu que les arrêts de travail étaient justifiés au titre de l'accident de service jusqu'au 7 octobre 2019. Par un arrêté du 30 juin 2020, dont la requérante demande l'annulation, la directrice par intérim du centre hospitalier de Billom a refusé de reconnaître l'imputabilité au service des arrêts de travail de Mme B à compter du 7 octobre 2019 et l'a placée en congés de maladie ordinaire du 8 octobre 2019 au 30 juin 2020.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () ".

3. Le centre hospitalier de Billom soutient que la requête est tardive. Il ressort toutefois des pièces du dossier que Mme B a présenté, par un courrier daté du 21 juillet 2020, un recours gracieux auprès de la directrice du centre hospitalier de Billom afin de contester l'arrêté du 30 juin 2020 et que si l'avis de réception l'accompagnant ne comporte aucune date de distribution, la case destinataire comporte néanmoins une signature. Par ailleurs, la requérante affirme avoir adressé le 24 juillet 2020 le recours gracieux au centre hospitalier de Billom, alors que ce dernier se borne à faire valoir que Mme B ne démontre pas avoir transmis son recours gracieux avant l'expiration du délai de recours contentieux et ni n'indique ne pas l'avoir reçu, ni ne fait valoir que la signature apposée sur l'accusé de réception n'appartiendrait pas à un de ses agents. Ainsi, ce recours gracieux doit être regardé comme ayant interrompu le délai de recours contentieux. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par le centre hospitalier de Billom tirée de la tardiveté de la requête doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes des dispositions de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière applicables au litige : " Le fonctionnaire en activité a droit : ( )/ 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. Le bénéfice de ces dispositions est subordonné à la transmission par le fonctionnaire, à son administration, de l'avis d'arrêt de travail justifiant du bien-fondé du congé de maladie, dans un délai et selon les sanctions prévues en application de l'article 42. / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à sa mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. / Dans le cas visé à l'alinéa précédent, l'imputation au service de la maladie ou de l'accident est appréciée par la commission de réforme instituée par le régime des pensions des agents des collectivités locales. " et aux termes de l'article 16 du décret du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière : " La commission départementale de réforme des agents des collectivités locales est obligatoirement consultée si la maladie provient de l'une des causes prévues au deuxième alinéa du 2° de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée. () ". Il résulte de ces dispositions, que le centre hospitalier de Billom devait obligatoirement consulter la commission de réforme avant de prendre une décision sur la demande de Mme B tendant à la reconnaissance de l'imputabilité au service de son accident et des arrêts de travail consécutifs à compter du 7 octobre 2019.

5. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué du 30 juin 2020 a remis en cause à compter du 7 octobre 2019 le régime du congé de maladie lié à un accident de service dont la requérante bénéficiait jusqu'alors sans qu'ait été préalablement recueilli l'avis de la commission de réforme, cette instance n'ayant été saisie par le centre hospitalier de Billom que le 29 juin 2020 et ne s'étant prononcée que le 19 novembre 2020. Dans ces conditions cette carence, qui a privé l'intéressée d'une garantie, a entaché l'arrêté contesté d'un vice de procédure. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être accueilli.

6. En second lieu, les décisions administratives ne peuvent légalement disposer que pour l'avenir. S'agissant des décisions relatives à la carrière des fonctionnaires ou des militaires, l'administration ne peut, en dérogation à cette règle générale, leur conférer une portée rétroactive que dans la mesure nécessaire pour assurer la continuité de la carrière de l'agent intéressé ou procéder à la régularisation de sa situation.

7. Par l'arrêté du 30 juin 2020, le centre hospitalier de Billom a mis rétroactivement fin au congé à plein traitement dont Mme B bénéficiait à raison de son accident de service pour lui substituer à compter du 7 octobre 2019 un congé de maladie ordinaire. Il ne ressort pas des pièces du dossier que durant la période du 7 octobre 2019 au 30 juin 2020 pendant laquelle l'intégralité de la rémunération de Mme B a été maintenue, le centre hospitalier de Billom ait entendu placer la requérante en congé pour accident de service à titre provisoire. Il doit ainsi être regardé comme ayant implicitement mais nécessairement reconnu l'imputabilité au service des arrêts de travail de l'intéressée. La circonstance que l'expertise du 19 juin 2020 ait conclu à une consolidation de l'état de santé consécutif à l'accident de service de la requérante au 7 octobre 2019, et alors que la commission de réforme ne s'était pas encore prononcée sur sa situation, ne pouvait permettre au centre hospitalier de Billom de prendre une telle décision avec effet rétroactif qui n'était nécessaire ni pour assurer la continuité de la carrière, ni pour régulariser la situation de l'intéressée, dès lors que Mme B qui était encore en congé pour accident de service à la date de l'arrêté en litige, était déjà placée dans une position statutaire régulière. Dans ces conditions, la requérante est fondée à soutenir que l'arrêté du 30 juin 2020 est entaché de rétroactivité illégale en tant qu'il porte sur une période antérieure à son intervention.

8. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du 30 juin 2020 par lequel la directrice par intérim du centre hospitalier de Billom a refusé de reconnaître l'accident de Mme B comme imputable au service au-delà du 7 octobre 2019 et l'a placée en congé de maladie ordinaire à compter de cette date et jusqu'au 30 juin 2020 inclus doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Eu égard aux motifs d'annulation retenus, et dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction qu'un changement dans les circonstances de droit ou de fait y ferait obstacle, l'exécution du présent jugement implique nécessairement que le centre hospitalier de Billom place Mme B en congé pour accident de service pour la période du 7 octobre 2019 au 19 novembre 2020, date de l'avis de la commission de réforme. Il y a lieu d'enjoindre au centre hospitalier de Billom d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme B, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée par le centre hospitalier de Billom au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 30 juin 2020 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, à la directrice du centre hospitalier de Billom de placer Mme B en congé pour accident de service pour la période du 7 octobre 2019 au 19 novembre 2020.

Article 3 : Les conclusions du centre hospitalier de Billom au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4: Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au centre hospitalier de Billom.

Délibéré après l'audience du 6 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Caraës, présidente,

M. Jurie, premier conseiller,

Mme Bollon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 octobre 2023.

La rapporteure,

L. BOLLON

La présidente,

R. CARAES La greffière,

F. LLORACH

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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