jeudi 8 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2002187 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Présidente Bader-Koza |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 18 novembre 2020, enregistrée le 1er décembre 2020 au greffe du tribunal administratif de Clermont-Ferrand, le président de la section du contentieux du Conseil d'Etat a, en application des dispositions des articles R. 351-1 et R. 312-12 du code de justice administrative, attribué le jugement de la requête de M. A C au tribunal administratif de Clermont-Ferrand.
Par cette requête, enregistrée le 2 octobre 2020, et des mémoires, enregistrés le 8 juillet 2022 et le 21 janvier 2024, M. A C demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de surseoir à statuer dans l'attente des décisions du Conseil d'Etat sur ses recours contre la sanction disciplinaire rendue par le Conseil supérieur de la magistrature et contre le décret de radiation du Président de la République ;
2°) à titre principal, d'annuler l'évaluation définitive de ses activités au titre des années 2018 et 2019 établie le 12 février 2020 par la première présidente de la cour d'appel de Riom ;
3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre à la première présidente de la cour d'appel de Riom de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le processus d'évaluation ne respecte pas le " principe général d'écoute réciproque et constructive " en fixant une date d'entretien non-concertée, contrairement à ce que mentionne l'avis de la commission d'avancement, pendant ses congés, et en faisant participer deux cheffes de juridiction dans la réalisation de cette évaluation alors qu'une circulaire précise que le chef de cour en poste à la date des opérations d'évaluation doit l'établir et préconise que le précédent chef de cour établisse une annexe 3 plutôt qu'une évaluation provisoire ;
- la date butoir prévue par l'article 21 du décret n° 93-21 du 7 janvier 1993 pour l'envoi au garde des sceaux, ministre de la justice de l'évaluation professionnelle n'a pas été respectée ;
- l'entretien a eu lieu deux jours ouvrables après sa reprise du travail à l'issue d'un arrêt de trois mois pour épuisement professionnel et qu'il n'a pu présenter des observations détaillées dans le délai imparti compte tenu de son état de santé et de la charge de travail de son cabinet ;
- le comportement abusif du président du tribunal judiciaire constitue un vice de procédure substantiel qui a exercé une influence déterminante sur la décision ; ce comportement s'analyse comme un détournement de pouvoir et l'évaluation a été utilisée dans le but de le déstabiliser et de le décrédibiliser ;
- l'évaluation est entachée d'un vice de motifs et d'une erreur de droit dès lors qu'elle se borne à renvoyer à l'annexe 2 et comporte une motivation lapidaire dépourvue de clarté ;
- l'évaluation est incomplète et dépourvue d'impartialité dès lors que la synthèse réalisée par la précédente présidente ne porte pas sur les activités exercées sur l'ensemble de la période concernée, ne tient compte notamment ni de la charge de travail importante ni de la dégradation des conditions d'exercice et s'écarte de façon importante des appréciations de deux de ses supérieurs hiérarchiques ;
- la contradiction manifeste entre l'évaluation définitive et les deux annexes 3 constitue immanquablement une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est entachée d'erreurs de faits et d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que les appréciations du président du tribunal judiciaire qui ont servi de référence à l'évaluation sont illicites car comportent des éléments inexacts, dévalorisants et discriminatoires, qu'il n'a pas procédé à une répartition égalitaire des dossiers entre les cabinets, qu'il a fait face à une surcharge exceptionnelle de travail dans un contexte professionnel particulièrement dégradé et qu'il réfute les difficultés relationnelles qui lui sont imputées ;
- son affection a été reconnue comme étant une maladie professionnelle imputable au service à compter du 14 octobre 2019 de sorte que cet élément est de nature à mettre en cause la licéité et la légalité de l'évaluation définitive ;
- la motivation de l'arrêt du 19 mai 2022 de la cour administrative d'appel de Lyon relatif à une demande de dessaisissement du tribunal pour cause de suspicion légitime ne lie pas le tribunal administratif de sorte que l'instance devant le tribunal doit se poursuivre sous peine de constituer un déni de justice ;
- la situation de harcèlement discriminatoire fondée sur son état de santé vicie l'évaluation définitive dès lors que cette dernière constitue une mesure de rétorsion proscrite par les dispositions de l'article L. 133-3 du code général de la fonction publique relatives au harcèlement moral et est fondée sur un motif prohibé par l'article 1er de la loi n° 2008-496 du 27 mai 2008 ;
- il justifie d'une charge particulière de son cabinet.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 janvier 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par une ordonnance du 11 février 2022, le président du tribunal administratif de Clermont-Ferrand a transmis la demande de renvoi pour cause de suspicion légitime présentée par M. C à la cour administrative d'appel de Lyon. Par un arrêt n° 22LY00447 du 19 mai 2022, la cour administrative d'appel de Lyon a rejeté la demande de renvoi pour cause de suspicion légitime.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- l'ordonnance n° 58-1270 du 22 décembre 1958 modifiée portant loi organique relative au statut de la magistrature ;
- le décret n° 93-21 du 7 janvier 1993 modifié, pris pour l'application de l'ordonnance précitée ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bader-Koza, présidente ;
- et les conclusions de Mme Luyckx, rapporteure publique.
Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, magistrat de l'ordre judiciaire, vice-président chargé des fonctions de juge des enfants au tribunal judiciaire d'Aurillac, a fait l'objet d'une évaluation professionnelle au titre des années 2018 et 2019, établie le 28 janvier 2020 par Mme Bardoux, première présidente de la cour d'appel de Riom, dont il a pris connaissance le 4 février 2020 et a présenté ses observations écrites. Le 12 février 2020, Mme B, première présidente de la cour d'appel de Riom suite au départ de Mme Bardoux, a décidé de maintenir l'appréciation initiale et a notifié à M. C son évaluation définitive le 15 février 2020. Le 27 février 2020, contestant cette évaluation de son activité professionnelle, M. C a saisi la commission d'avancement qui s'est prononcée par un avis rendu le 1er juillet 2020. Par courrier du 7 août 2020, M. C a demandé à la première présidente de la cour d'appel de Riom de réviser son évaluation professionnelle conformément à l'avis de la commission. Par la présente requête, M. C demande au tribunal de surseoir à statuer dans l'attente des décisions du Conseil d'Etat sur ses recours contre la sanction disciplinaire rendue par le Conseil supérieur de la magistrature et contre le décret de radiation du Président de la République et, à défaut de sursis à statuer, d'annuler la décision du 12 février 2020 de la première présidente de la cour d'appel de Riom portant évaluation définitive de ses activités au titre des années 2018 et 2019.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article 12-1 de l'ordonnance n° 58-1270 du 22 décembre 1958 : " L'activité professionnelle de chaque magistrat fait l'objet d'une évaluation tous les deux ans. () / Cette évaluation est précédée de la rédaction par le magistrat d'un bilan de son activité et d'un entretien avec le chef de la juridiction où le magistrat est nommé ou rattaché ou avec le chef du service dans lequel il exerce ses fonctions. () L'autorité qui procède à l'évaluation prend en compte les conditions d'organisation et de fonctionnement du service dans lequel le magistrat exerce ses fonctions. () / Le magistrat qui conteste l'évaluation de son activité professionnelle peut saisir la commission d'avancement. Après avoir recueilli les observations du magistrat et celles de l'autorité qui a procédé à l'évaluation, la commission d'avancement émet un avis motivé versé au dossier du magistrat concerné ".
3. D'autre part, en vertu des articles 19 à 21 du décret n° 93-21 du 7 janvier 1993, l'évaluation professionnelle des deux dernières années écoulées d'un juge des enfants consiste en une note écrite par laquelle le premier président de la cour d'appel décrit les activités du magistrat, porte sur celui-ci une appréciation d'ordre général, énonce les fonctions auxquelles il est apte et définit, le cas échéant, ses besoins de formation. A cette note sont annexés celle rédigée par le magistrat décrivant ses activités et faisant état des actions de formation qu'il a suivies, les observations écrites recueillies auprès du conseiller chargé de la protection de l'enfance, le résumé de l'entretien préalable entre le magistrat évalué et le président du tribunal judiciaire dans lequel il exerce ses fonctions ainsi que tout autre document en rapport avec les termes de la note écrite, à condition que le magistrat intéressé en ait préalablement pris connaissance et ait eu la possibilité de présenter ses observations sur son contenu. Lorsque le magistrat décide, dans le délai de huit jours après avoir pris connaissance des différents documents constituant son évaluation, de formuler des observations écrites, celles-ci sont annexées à la note écrite. Après avoir modifié, le cas échant, l'évaluation initiale, le premier président de la cour d'appel notifie ensuite au magistrat concerné l'évaluation définitive de son activité professionnelle, puis transmet au Garde des sceaux, ministre de la justice l'ensemble des documents constituant cette évaluation définitive " avant le 1er février ". Le magistrat dispose alors d'un délai de quinze jours à compter de la notification de cette évaluation définitive pour la contester devant la commission d'avancement. Le délai du recours contentieux contre l'évaluation définitive est, dans ce cas, suspendu jusqu'à la notification à l'intéressé de l'avis motivé émis par la commission sur sa contestation.
4. En premier lieu, il ressort de l'évaluation définitive de l'activité professionnelle de M. C pour les années 2018 et 2019, qu'en ce qui concerne la rubrique " A - Compétences professionnelles générales " comportant vingt-deux items, la qualification " insuffisant " lui a été attribuée pour cinq items. Les autres items ont reçu des appréciations soit " excellent ", soit " très bon ", ou encore " satisfaisant ". S'il est recommandé à l'évaluateur d'user de manière restreinte des qualifications " exceptionnel " et " excellent ", une telle préconisation n'est pas indiquée pour " insuffisant ", laquelle qualification doit seulement être motivée. Pour motiver la qualification " insuffisant ", la présidente de la cour d'appel de Riom fait état d'éléments détaillés et circonstanciés, qu'il s'agisse notamment des " relations inappropriées de M. C avec son entourage professionnel, notamment avec le greffe " ou encore " le trop faible investissement professionnel de l'intéressé qui se caractérise par la répartition inégalitaire des dossiers entre les deux cabinets du juge des enfants et par un manque de participation au service général de la juridiction ". De telles mentions doivent être regardées comme satisfaisant à l'obligation de motiver la qualification " insuffisant ". De plus, si le requérant fait valoir que l'évaluation se borne à renvoyer à l'annexe 2 alors qu'aucune disposition légale ou réglementaire ne prévoit la possibilité d'une motivation par référence à un autre document, il ressort des dispositions de l'article 20 du décret précité que l'évaluation consiste en une note écrite à laquelle est annexé notamment le résumé de l'entretien avec le chef de la juridiction. Il apparait ainsi que les annexes à la fiche d'évaluation font partie intégrante de l'évaluation professionnelle, de sorte que la fiche d'évaluation peut légitimement se référer aux annexes, qui en constituent d'ailleurs le fondement, pour développer les appréciations littérales sur les compétences du magistrat évalué. Enfin, si M. C fait valoir que son évaluation est incomplète, d'une part, l'autorité évaluatrice n'est pas tenue de faire état de l'ensemble des circonstances de fait dans ses appréciations littérales, et d'autre part, et en tout état de cause, il résulte de ce qui précède que les appréciations littérales ainsi que les annexes afférentes étaient suffisamment exhaustives. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que l'évaluation définitive dont il a fait l'objet est entachée d'un défaut de motivation.
5. En deuxième lieu, si M. C fait valoir que l'entretien, prévu par l'article 12-1 l'ordonnance précitée du 22 décembre 1958 et qui s'est tenu le 20 janvier 2020, a eu lieu à une date qui lui a été imposée, aucune disposition législative ou réglementaire ne prévoit que la date de l'entretien doit être fixée de manière concertée entre le chef de la juridiction et le magistrat évalué. Ainsi, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en repoussant la date de l'entretien, en lui proposant une date qui coïncidait avec sa période de congé, qui en tout état de cause n'a pas été retenue, et en imposant, eu égard aux contraintes de calendrier fixées par le décret susvisé, une date d'entretien, la procédure d'évaluation en litige est entachée d'irrégularité.
6. En troisième lieu, si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie. Le requérant soutient que les documents constituant son évaluation professionnelle ont été adressés tardivement au garde des sceaux, ministre de la justice en méconnaissance des dispositions de l'article 21 du décret susvisé du 7 janvier 1993 de sorte que doit être apprécié à la lumière de cette circonstance la sincérité et la moralité de l'évaluation professionnelle. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, d'une part, que l'évaluation a été adressée tardivement en raison de l'impossibilité d'organiser l'entretien en 2019, notamment due à l'indisponibilité du requérant, et, d'autre part, que la commission d'avancement dans son avis du 1er juillet 2020 a relevé que la transmission tardive n'a causé aucun grief au requérant dès lors qu'il a pu contester devant elle l'évaluation en litige. Dans ces conditions, le requérant n'a été privé d'aucune garantie. Par suite, le moyen tiré de la transmission tardive au garde des sceaux, ministre de la justice de son évaluation professionnelle doit être écarté.
7. En quatrième lieu, en se bornant à soutenir que Mme Bardoux, présidente de la cour d'appel de Riom ayant procédé à l'évaluation provisoire avant son départ, aurait dû privilégier l'usage de l'établissement d'une annexe 3 conformément aux préconisations d'une circulaire, M. C, qui n'invoque la méconnaissance d'aucune disposition précise, n'assortit pas ce moyen des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé. Par suite, ce moyen doit être écarté.
8. En cinquième lieu, M. C affirme que, dès lors que l'entretien professionnel a eu lieu deux jours ouvrables après sa reprise du travail et eu égard à son état de santé et à sa charge de travail, il n'a pas été mis en mesure de présenter des observations détaillées. Toutefois, d'une part, aucune disposition législative ou réglementaire ne prescrit de délai entre la convocation à l'entretien du magistrat avec le président du tribunal judiciaire et la tenue de cet entretien. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le requérant a pu présenter des observations à l'occasion de la notification de l'évaluation provisoire le 4 février 2020, quand bien même il se serait borné à déclarer qu'il conteste l'intégralité des motifs avancés et à indiquer qu'il se réserve la possibilité d'exercer toutes voies de recours utiles. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir qu'il n'a pas été mis en mesure de présenter ses observations sur l'évaluation provisoire.
9. En sixième lieu, M. C allègue que le comportement abusif du président du tribunal judiciaire d'Aurillac, qui aurait notamment émis des critiques sur sa manière de servir alors que le processus d'évaluation n'était pas clos, a exercé une influence déterminante sur l'évaluation définitive réalisée par la cheffe de la cour d'appel de Riom et constitue un détournement de pouvoir. L'évaluation définitive fait expressément mention de l'annexe 2 " appréciation du chef de juridiction et résumé de l'entretien préalable ", réalisée par le président du tribunal judiciaire d'Aurillac. Cette évaluation, réalisée le 23 janvier 2020 et communiquée le jour même, fait état, de manière circonstanciée, des difficultés rencontrées par le requérant dans l'exercice de ses fonctions, notamment dans ses relations avec son entourage professionnel et tend à relativiser la charge de travail qui incombe au cabinet de M. C. Toutefois, cette évaluation souligne également les qualités de juriste du requérant, sa polyvalence, son aptitude à exercer les fonctions de vice-président et le décrit comme " un bon juriste et s'il a rencontré de manière récente quelques difficultés relationnelles avec le greffe, voire avec des magistrats, il saura certainement les résoudre au regard des aptitudes qui avaient été remarquées par ses anciens évaluateurs ". Ainsi, l'évaluation professionnelle de M. C réalisée par la première présidente de la cour d'appel de Riom, qui se prononce, dans un souci d'harmonisation, en tenant compte de l'ensemble des entretiens préalables à l'évaluation réalisés par les chefs de juridiction du ressort de la cour d'appel, apparait comme étant nuancée. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que l'évaluation professionnelle dont il a fait l'objet n'a tenu compte que des éléments négatifs produits par le chef du tribunal judiciaire d'Aurillac et aurait été utilisée dans l'unique but de le déstabiliser et de le décrédibiliser. Le moyen tiré de l'existence d'un détournement de pouvoir doit, par suite, être écarté. Pour les mêmes motifs, il n'est pas fondé à soutenir que son évaluation est entachée de partialité.
10. En septième lieu, M. C soutient que l'évaluation professionnelle définitive est entachée d'erreurs de faits dès lors que les appréciations du président du tribunal judiciaire qui ont servi de référence à l'évaluation comportent des éléments inexacts, dévalorisants et discriminatoires. Il conteste le grief qui lui est reproché par le président du tribunal judiciaire de répartition inégalitaire des dossiers entre les cabinets. Il fait valoir qu'il a dû faire face à une surcharge exceptionnelle de travail dans un contexte professionnel particulièrement dégradé. Il réfute également la véracité des difficultés relationnelles qui lui sont imputées avec le personnel du greffe et ses collègues magistrats. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'évaluation professionnelle tient compte de l'ensemble des entretiens préalables à l'évaluation, au demeurant non sérieusement contestés, et pas seulement de l'annexe 2 " Appréciation du chef de juridiction et résumé de l'entretien préalable ", et, qu'en tout état de cause, cette annexe, qui tout en soulignant précisément les difficultés rencontrées par le magistrat dans l'exercice de ses fonctions, reconnait ses qualités de juriste et apparait ainsi comme nuancée et circonstanciée. Au demeurant, M. C n'apporte aucun élément de nature à contredire les appréciations circonstanciées et accompagnées d'exemples portées par la cheffe de juridiction sur sa manière de servir. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.
11. En huitième lieu, si le requérant allègue qu'il existe une contradiction manifeste entre l'évaluation définitive et les deux annexes 3, de sorte que l'évaluation serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. M. C ne saurait se prévaloir, pour contester l'appréciation de sa valeur professionnelle par la première présidente de la cour d'appel de Riom qui était seule compétente, en application de l'article 19 du décret du 7 janvier 1933 précité, pour procéder à son évaluation au titre des années 2018-2019, des appréciations du président de chambre, magistrat délégué à la protection de l'enfance, de la cour d'appel de Riom et du précédent président du tribunal de grande instance d'Aurillac, qui ne sont pas les autorités compétentes pour procéder à son évaluation. Dans ces conditions, la divergence d'appréciation alléguée ne peut être regardée comme constituant une révision à la baisse, non justifiée, de l'appréciation de la valeur professionnelle du requérant. Par suite, ce dernier n'est pas fondé à soutenir que l'évaluation définitive entre en contradiction avec les annexes 3.
12. En neuvième lieu, si le requérant se prévaut de la reconnaissance de son affection en tant que maladie professionnelle imputable au service à compter du 14 octobre 2019, cet élément n'est pas par lui-même de nature à mettre en cause la " licéité " et la légalité de l'évaluation définitive.
13. En dernier lieu, si M. C soutient être victime de harcèlement fondé sur son état de santé, viciant l'évaluation professionnelle en litige, ce moyen n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé au vu des seuls éléments produits au soutien de ce moyen.
14. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de son évaluation professionnelle au titre de l'année 2018-2019. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction, d'astreinte ainsi que celles relatives aux frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 février 2024.
La présidente,
S. BADER-KOZA Le greffier,
P. MANNEVEAU
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
AC
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