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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2002197

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2002197

jeudi 13 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2002197
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 2
Avocat requérantDMMJB AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 2 décembre 2020 et le 24 septembre 2021, M. A H et Mme J K, représentés par Me Pouderoux, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 octobre 2020 par lequel le maire de la commune de Clermont-Ferrand a délivré à M. I et Mme C le permis de construire n° PC 63113 20 G0090 en vue de la réalisation de travaux sur une construction existante et du changement de destination de cette construction, sise 17 rue de la Garde à Clermont-Ferrand ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Clermont-Ferrand une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils ont intérêt à agir en tant que voisins directs du projet ; le projet en litige aura pour effet de créer pour eux un vis-à-vis ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une incompétence de l'auteur de l'acte ;

- les mentions exigées par l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme sont absentes de l'arrêté ; les coordonnées de Mme C ne sont pas renseignées ; la demande de permis de construire n'avait pas été signée par un architecte initialement ; l'architecte, auteur du projet, doit justifier de sa qualité ;

- le plan de situation est insuffisant et ne satisfait ainsi pas aux exigences de l'article R. 431-7 du code de l'urbanisme ; il ne permet pas de connaître la situation du terrain à l'intérieur de la commune ;

- la notice présente dans le projet architectural est insuffisante au regard de l'article R. 431-14 du code de l'urbanisme dès lors qu'elle ne précise pas les modalités d'exécution des travaux ;

- le plan de masse ne comporte pas les points et angles de vues en méconnaissance de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme ;

- la date de construction du bâtiment à démolir n'est pas indiquée en méconnaissance de l'article R. 451-1 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté est entaché d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que le projet ne comporte aucune mention permettant de s'assurer que les règles applicables en zone UG s'agissant des ouvertures en façade sont respectées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mai 2021, la commune de Clermont-Ferrand, représentée par la SELARL DMMJB Avocats, Me Bonicel-Bonnefoi, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge des requérants une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 août 2021, M. G I et Mme B C, représentés par la SELARL Tournaire Meunier, concluent au rejet de la requête et demandent au tribunal de mettre à la charge solidaire des requérants une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- à titre principal, les requérants n'ont pas d'intérêt à agir ; le projet n'implique aucune modification dans leurs conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de leur bien ;

- à titre subsidiaire, aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 4 octobre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 77-2 du 3 janvier 1977 ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Debrion,

- les conclusions de Mme Luyckx, rapporteure publique,

- les observations de Me Juilles, substituant Me Bonicel-Bonnefoi, avocate de la commune de Clermont-Ferrand ;

- et les observations de Me Meunier, avocat de M. I et de Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 7 octobre 2020, le maire de la commune de Clermont-Ferrand a délivré à M. I et Mme C le permis de construire n° PC 63113 20 G0090 en vue de la réalisation de travaux sur une construction existante et du changement de destination de cette construction, sise 17 rue de la Garde à Clermont-Ferrand. Par la présente requête, M. H et Mme K demandent l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé par Mme Dominique Briat, conseillère municipale de Clermont-Ferrand, qui bénéficiait d'une délégation du maire de la commune par arrêté du 22 juillet 2020 aux fins, notamment, de signer tout document ou acte relatif aux autorisations d'occupation des sols en cas d'absence ou d'empêchement de M. F E, 6ème adjoint au maire. Les requérants n'établissent, ni même n'allèguent que M. E n'était pas absent ou pas empêché à la date de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable au litige : " La demande de permis de construire précise : a) L'identité du ou des demandeurs, qui comprend son numéro SIRET lorsqu'il s'agit d'une personne morale en bénéficiant et sa date de naissance lorsqu'il s'agit d'une personne physique ; b) L'identité de l'architecte auteur du projet, sauf dans les cas prévus à l'article R*431-2 ; () ". Aux termes de l'article R. 431-2 du même code : " Pour l'application de l'article 4 de la loi n° 77-2 du 3 janvier 1977 sur l'architecture, ne sont toutefois pas tenues de recourir à un architecte les personnes physiques, les exploitations agricoles ou les coopératives d'utilisation de matériel agricole agréées au titre de l'article L. 525-1 du code rural et de la pêche maritime qui déclarent vouloir édifier ou modifier pour elles-mêmes : a) Une construction à usage autre qu'agricole dont la surface de plancher n'excède pas cent cinquante mètres carrés ; () ". Aux termes de l'article 2 de la loi du 3 janvier 1977 susvisée : " Sont considérées comme architectes pour l'application de la présente loi les personnes physiques énumérées aux articles 10 et 11 () ". Aux termes de l'article 9 de cette loi : " Les personnes physiques inscrites à un tableau régional d'architectes conformément aux dispositions des articles 10 et 11 ci-après peuvent seules porter le titre d'architecte () ".

4. D'une part, les dispositions du a) de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme prévoient que la demande de permis de construire doit préciser, lorsque le demandeur est une personne physique, son identité ainsi que sa date de naissance, mais ne prévoient pas que cette demande doit préciser les coordonnées du demandeur. Par suite, les requérants ne peuvent pas utilement soutenir que les coordonnées de Mme C ne sont pas inscrites dans la demande de permis de construire en méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme.

5. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, et notamment du dossier de demande de permis de construire, que l'immeuble en litige a une surface de plancher initiale de 187,96 m² et que la surface de plancher totale après travaux n'est plus que de 127,73 m². Il ressort des pièces du dossier, et n'est pas sérieusement contesté par M. H et Mme K, que cette dernière surface de plancher a été obtenue par la suppression d'un morceau de toiture pour permettre la création d'une cour intérieure d'une surface de 35,45 m² et après déduction d'un important vide sur séjour, un important vide sur dégagement dans l'aménagement de l'étage et une non-prise en compte des surfaces de plancher d'une hauteur sous plafond inférieure à 1,80 m. Le calcul de cette surface n'est pas non plus sérieusement contesté par les requérants. Dès lors, le seuil de 150 m² de surface n'était pas dépassé et le recours à un architecte n'était, par suite, pas obligatoire. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que les pétitionnaires ont tout de même eu recours à un architecte. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du b) de l'article R. 431-2 du code de l'urbanisme doit être écarté.

6. Enfin, il ressort des pièces du dossier que M. D, l'architecte auquel M. I et Mme C ont eu recours, est inscrit au tableau régional d'architectes. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 9 de la loi du 3 janvier 1977 doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 431-7 du code de l'urbanisme : " Sont joints à la demande de permis de construire : a) Un plan permettant de connaître la situation du terrain à l'intérieur de la commune ; () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que le dossier de la demande de permis de construire comprenait notamment la référence cadastrale du terrain d'assiette du projet, le plan de situation à l'échelle 1/500e sur lequel figurent les références cadastrales des parcelles concernées par le projet porté par M. I et Mme C ainsi que l'adresse de ce projet. Ce plan était de plus accompagné de photographies du terrain, de sorte que le service instructeur a bien pu identifier correctement la situation du terrain à l'intérieur de la commune de Clermont-Ferrand. Dans ces conditions, les requérants, qui ne peuvent d'ailleurs pas utilement se prévaloir des dispositions de l'article A. 441-9 du code de l'urbanisme qui concernent les permis d'aménager et non les permis de construire, ne sont pas fondés à soutenir que le plan de situation joint par M. I et Mme C à leur dossier de demande de permis de construire est insuffisant faute de permettre de connaître la situation du terrain à l'intérieur de la commune de Clermont-Ferrand. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-7 du code de l'urbanisme doit être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 431-14 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet porte sur des travaux nécessaires à la réalisation d'une opération de restauration immobilière au sens de l'article L. 313-4 ou sur un immeuble inscrit au titre des monuments historiques, sur un immeuble situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, la notice mentionnée à l'article R. 431-8 indique en outre les matériaux utilisés et les modalités d'exécution des travaux ". Aux termes de l'article R. 431-10 du même code : " Le projet architectural comprend également : () d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse. ".

10. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

11. D'une part, s'il est exact que la notice descriptive jointe à la demande de permis concernant la bâtisse existante ne contient que quelques renseignements sur " les modalités d'exécution des travaux ", cette notice mentionne toutefois les matériaux utilisés et le dossier de demande de permis de construire contient des photographies ainsi que des documents graphiques faisant apparaître la situation initiale du bâtiment existant et l'état futur du projet. Par ailleurs, le projet, qui se trouve dans le périmètre d'un monument historique, à savoir l'église Saint-Eutrope, a été examiné par l'architecte des bâtiments de France qui y a émis un avis favorable le 11 juillet 2020. Dans ces conditions, et compte tenu de la faible ampleur des travaux, les éléments qui ont été fournis au service instructeur lui ont permis de procéder à une instruction complète du dossier en connaissance de cause, sans que son appréciation soit faussée quant à la conformité du projet à la réglementation applicable. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les dispositions de l'article R. 431-14 du code de l'urbanisme ont été méconnues faute pour la notice descriptive de contenir des éléments quant aux modalités d'exécution des travaux.

12. D'autre part, s'il ressort du dossier de demande de permis de construire des pétitionnaires que les points et angles des prises de vues n'ont pas été reportés sur le plan de masse, en méconnaissance des dispositions précitées de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme, l'ensemble des prises de vues, montages photographiques et plans joints au dossier de permis de construire comportaient les éléments relatifs à la situation du terrain d'assiette dans son environnement et à l'impact visuel de la construction de nature à permettre à l'autorité administrative d'apprécier la conformité du projet à la réglementation applicable. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme doit être écarté.

13. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 451-1 du code de l'urbanisme : " La demande de permis de démolir précise : () c) La date approximative à laquelle le ou les bâtiments dont la démolition est envisagée ont été construits ; () ".

14. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet porté par M. I et Mme C nécessiterait la démolition, même partielle, d'un bâtiment. Par suite, les requérants ne peuvent utilement soutenir que la date approximative à laquelle a été édifié le bâtiment dont la démolition partielle est envisagée n'est pas précisée, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 451-1 du code de l'urbanisme.

15. En dernier lieu, si les requérants soutiennent que l'arrêté en litige est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au motif que les pétitionnaires n'apportent pas d'éléments suffisants pour s'assurer que les prescriptions du plan local d'urbanisme de la commune de Clermont-Ferrand, en matière d'ouvertures, notamment, de fenêtres, ont été respectées, ils n'assortissent toutefois pas leur moyen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, et dès lors au demeurant qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet porté par M. I et Mme C aurait pour effet de modifier les ouvertures existantes, ce moyen doit être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que M. H et Mme K ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 7 octobre 2020 par lequel le maire de la commune de Clermont-Ferrand a délivré à M. I et Mme C le permis de construire n° PC 63113 20 G0090 en vue de la réalisation de travaux sur une construction existante et du changement de destination de cette construction, sise 17 rue de la Garde à Clermont-Ferrand.

Sur les frais de l'instance :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Clermont-Ferrand, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que demandent les requérants au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge des requérants une somme de 1 200 euros à verser, d'une part, à la commune de Clermont-Ferrand, d'autre part, à M. I et Mme C sur le fondement des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. H et Mme K est rejetée.

Article 2 : M. H et Mme K verseront une somme de 1 200 euros à la commune de Clermont-Ferrand au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : M. H et Mme K verseront une somme de 1 200 euros à M. I et à Mme C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A H, à Mme J K, à M. G I, à Mme B C et à la commune de Clermont-Ferrand.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bentéjac, présidente,

Mme Jaffré, première conseillère,

M. Debrion, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.

Le rapporteur,

J-M. DEBRION La présidente,

C. BENTÉJAC

La greffière,

C. PETIT

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2002197

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