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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2002226

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2002226

vendredi 24 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2002226
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 1
Avocat requérantAD'VOCARE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 8 décembre 2020, 4 janvier 2022 et 25 mars 2022, M. B A, représenté par l'AARPI Ad'vocare, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour ;

2°) d'annuler la décision du 19 janvier 2022 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de renouveler son titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 234-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou à tout le moins sur le fondement de l'article L. 231-2 du même code et dans l'attente de lui délivrer un récépissé portant autorisation de travail dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la notification du jugement sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement sous astreinte de 50 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé portant autorisation de travail dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la notification du jugement sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sous réserve pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision implicite de rejet :

- la décision n'est pas motivée ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnaît l'article L. 122-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 234-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision du 19 janvier 2022 :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée dès lors que d'une part, elle n'identifie nullement la composante de l'ordre public qui se trouverait menacée, d'autre part, le préfet du Puy-de-Dôme a visé l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors qu'il a présenté une demande sur le fondement de l'article L. 233-2 du même code, enfin la décision attaquée ne comporte pas les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen dès lors que le préfet n'a étudié sa demande ni sur le fondement de l'article L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni sur le fondement de l'article L. 234-1 du même code et qu'il n'a pas examiné avant de faire application des dispositions de l'article L. 412-5 du même code s'il remplissait les conditions pour bénéficier de la délivrance d'un titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors que le préfet du Puy-de-Dôme ne justifie pas de la réalité des condamnations pénales et des arrestations qui lui sont reprochées ;

- elle est entachée d'une erreur dans la qualification juridique des faits ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 234-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Le préfet du Puy-de-Dôme a produit des pièces qui ont été enregistrées le 2 mars 2022 et communiquées.

Par une ordonnance du 1er décembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 20 décembre 2022.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 janvier 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bollon,

- et les observations de Me Bourg, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 26 juin 1994, est entré sur le territoire français en juin 2014. Il a bénéficié d'une carte de séjour portant la mention " membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne " qui a expiré le 24 octobre 2019. M. A a sollicité le renouvellement de son titre de séjour et le préfet du Puy-de-Dôme lui a délivré un récépissé de demande de titre de séjour le 22 octobre 2019. Le préfet du Puy-de-Dôme n'ayant pas répondu à cette demande dans un délai de quatre mois, une décision implicite de rejet est née. Par une décision du 19 janvier 2022, le préfet du Puy-de-Dôme a expressément refusé de délivrer un titre de séjour au requérant. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler ces deux décisions.

Sur l'étendue du litige :

2. Si le silence gardé par l'administration sur une demande fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite présentée en application des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, se substitue à la première décision. Il en résulte que les conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde et que, dès lors, celle-ci ne peut être utilement contestée au motif que l'administration aurait méconnu ces dispositions en ne communiquant pas au requérant les motifs de sa décision implicite dans le délai d'un mois qu'elles lui impartissent.

3. Il résulte de ce qui précède que, d'une part, les conclusions de M. A tendant à l'annulation de décision implicite par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour doivent être regardées comme dirigées contre la décision explicite du 19 janvier 2022 par laquelle le préfet a expressément confirmé ce refus et, d'autre part, cette décision dûment motivée s'étant substituée à la décision implicite initialement intervenue, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit être écarté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, la décision attaquée est signée par M. Laurent Lenoble, secrétaire général de la préfecture du Puy-de-Dôme, qui bénéficiait d'une délégation de signature selon un arrêté du 24 septembre 2021 du préfet du Puy-de-Dôme, régulièrement publié le 27 septembre 2021 au recueil des actes administratifs spécial n° 63-2021-118, à l'effet de signer tous arrêtés, décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département du Puy-de-Dôme à l'exception d'actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions relatives au droit et au séjour des ressortissants étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

5. En deuxième lieu, d'une part, la décision attaquée, qui vise notamment l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et fait mention des condamnations et interpellations de M. A comporte les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. D'autre part, si M. A soutient que le préfet du Puy-de-Dôme a visé de manière erronée l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'a pas visé l'article L. 233-2 du même code, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, laquelle ne se confond pas avec le bien-fondé des motifs, doit être écarté.

6. En troisième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de la décision attaquée que le préfet du Puy-de-Dôme n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle du requérant. Par ailleurs, la circonstance que le préfet a entendu se fonder sur un unique motif tiré de ce que la présence de M. A représentait une menace pour l'ordre public n'est pas constitutive d'un " défaut d'examen ". Par suite, le moyen doit être écarté.

7. En quatrième lieu, le recours pour excès de pouvoir a pour objet, non de sommer le défendeur de justifier a priori de la légalité de la décision en litige, mais de soumettre au débat des moyens sur lesquels le juge puisse utilement statuer. Le défendeur n'est, en conséquence, tenu de verser des éléments au débat que si les moyens invoqués sont appuyés d'arguments ou de commencements de démonstration appelant une réfutation par la production d'éléments propres à l'espèce. Or, en l'espèce, M. A, qui ne conteste pas les faits qui lui sont reprochés, se borne à sommer le préfet du Puy-de-Dôme de justifier de la réalité des condamnations et des arrestations dont il a été l'objet. Il suit de là que son moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté comme dépourvu de tout commencement de démonstration.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention "résident de longue durée-UE" ".

9. Il ressort des pièces du dossier et notamment de la décision attaquée que M. A a été condamné par le tribunal correctionnel de Paris à trois mois d'emprisonnement pour vol en réunion en récidive, le 6 décembre 2016 par le même tribunal à six cents euros d'amende pour port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D ainsi que dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui et enfin le 30 juillet 2019 par le tribunal correctionnel de Clermont-Ferrand à six mois d'emprisonnement dont quatre mois avec sursis assorti d'une mise à l'épreuve pendant deux ans pour vol en réunion en récidive. Par ailleurs, le préfet du Puy-de-Dôme a relevé que M. A avait été interpelé deux fois en 2015 pour des faits de vol simple et vol à la tire, en 2016 et 2019 pour usage illicite de stupéfiant, en 2017 pour des faits de vol commis dans un véhicule affecté au transport collectif de voyageurs, en 2018 et 2019 pour recel de biens provenant d'un vol, en 2019 pour des faits de vol par effraction dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt et enfin en 2020 pour vol aggravé par deux circonstances. Le requérant, qui ne conteste pas sérieusement la matérialité des faits, se borne à se prévaloir de la présomption d'innocence et à indiquer que le préfet, pour certains faits, ne justifie pas qu'il aurait été pénalement condamné. Toutefois, la circonstance que le requérant n'aurait pas fait l'objet d'une condamnation pénale dans certaines affaires, ne fait pas obstacle à ce que le préfet, dans le cadre de son pouvoir de police, prenne en compte les faits pour lesquels l'intéressé était connu des services de police et n'est pas de nature à en inférer qu'ils ne sont pas matériellement établis. Par suite, et eu égard à la nature et au caractère répété des faits reprochés à M. A, le préfet du Puy-de-Dôme n'a ni méconnu les dispositions de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni entachée sa décision d'une erreur dans la qualification juridique des faits en estimant que la présence de l'intéressé en France constituait une menace pour l'ordre public.

10. Pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par M. A, le préfet s'est fondé sur le seul motif tiré de ce que la présence de l'intéressé en France constituait une menace pour l'ordre public. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que ce motif est à lui seul de nature à fonder légalement la décision. Par suite les moyens soulevés par M. A tirés de la méconnaissance de l'article L. 122-1 devenu L. 234-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 233-2 du même code doivent être écartés.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 19 janvier 2022 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de renouveler son titre de séjour. Par suite, la requête de M. A doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Puy-de-Dôme.

Délibéré après l'audience du 10 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Caraës, présidente,

M. Jurie, premier conseiller,

Mme Bollon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2023.

La rapporteure,

L. BOLLON

La présidente,

R. CARAËS La greffière,

F. LLORACH

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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