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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2100095

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2100095

vendredi 7 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2100095
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 1
Avocat requérantDACHARY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 18 janvier 2021 et le 17 novembre 2021, M. A B, représenté par Me Dachary, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de renouveler son titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou à titre subsidiaire de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titres des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elles est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

La procédure a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 16 février 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 10 mars 2023.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Bollon a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant congolais (République Démocratique du Congo) né le 10 janvier 1969 est entré sur le territoire français le 18 avril 2012 selon ses dires. Il a été titulaire d'un titre de séjour d'une durée de six mois valable du 7 décembre 2018 au 6 juin 2019 et en a sollicité le renouvellement sur le fondement des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile par une demande enregistrée le 16 juillet 2019 en préfecture. Par la présente requête, M. B sollicite du tribunal l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet du Puy-de-Dôme sur sa demande.

Sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Par une décision du 3 mai 2023, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il n'y a pas lieu de statuer sur sa demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans le cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogée jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ". L'article R. 311-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable au litige dispose que : " Le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. ". Aux termes de l'article R. 311-12-1 du même code et applicable au litige : " La décision implicite mentionnée à l'article R. 311-12 naît au terme d'un délai de quatre mois. ". Aux termes de l'article L. 114-5 du même code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. Elle fixe un délai pour la réception de ces pièces et informations. / Le délai mentionné à l'article L. 114-3 () au terme duquel, à défaut de décision expresse, la demande est réputée rejetée est suspendu pendant le délai imparti pour produire les pièces et informations requises. Toutefois, la production de ces pièces et informations avant l'expiration du délai fixé met fin à cette suspension. / La liste des pièces et informations manquantes, le délai fixé pour leur production et la mention des dispositions prévues, selon les cas, au deuxième ou au troisième alinéa du présent article figurent dans l'accusé de réception prévu à l'article L. 112-3. Lorsque celui-ci a déjà été délivré, ces éléments sont communiqués par lettre au demandeur ".

4. Il résulte de ces dispositions que d'une part, le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour dont elle est saisie fait naître une décision implicite de rejet au terme des quatre mois impartis par l'article R. 311-12-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sauf suspension par l'envoi au demandeur, avant l'expiration de ce délai de quatre mois à compter de la réception par l'administration de la demande de titre de séjour, d'une demande de pièces et informations manquantes, pourvue qu'elles soient exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur et d'autre part, que le silence gardé sur une demande de communication des motifs d'une décision implicite de rejet est susceptible d'entacher cette décision d'illégalité, lorsqu'elle est intervenue dans un cas où une décision expresse aurait dû être motivée.

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le requérant a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile par une demande enregistrée le 16 juillet 2019 en préfecture. Par un courrier du 16 novembre 2020, dont la préfecture a accusé réception le même jour, l'intéressé a sollicité la communication des motifs de la décision implicite de rejet née le 16 novembre 2019 du silence gardé par l'administration pendant quatre mois sur sa demande. Si le préfet lui a répondu par un courrier du 16 décembre 2020 qu'aucune décision implicite de rejet ne pouvait être née dès lors qu'un courrier lui avait été adressé le 31 octobre 2019 en vue de compléter sa demande, le requérant conteste toutefois fermement avoir reçu une telle demande et le préfet, qui n'a produit aucune observation en défense, n'établit pas que cette demande de pièces complémentaires ait été valablement notifiée à M. B. Dans ses conditions, le délai de quatre mois prévu à l'article R. 311-12-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'a pas été suspendu conformément à l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration cité ci-dessus et une décision implicite de rejet est née le 16 novembre 2019. En se bornant à indiquer qu'aucune décision implicite de rejet n'était née du fait de la demande qui aurait été adressée le 31 octobre 2019 au requérant, le préfet du Puy-de-Dôme ne peut être regardé comme lui ayant valablement communiqué les motifs de la décision par laquelle il a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour. Dès lors, ainsi que le soutient M. B, la décision de refus de titre de séjour qui lui a été opposée est illégale pour n'avoir pas été motivée.

6. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, M. B est fondé à demander l'annulation de la décision implicite, née le 16 novembre 2019, par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. Eu égard au motif qui la fonde, l'annulation prononcée par le présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint au préfet du Puy-de-Dôme de réexaminer la demande de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, un récépissé de demande de titre de séjour.

Sur les frais liés au litige :

8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme que demande M. B au profit de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'admission de M. B à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2: La décision implicite par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de délivrer à M. B un titre de séjour est annulée.

Article 3: Il est enjoint au préfet du Puy-de-Dôme de réexaminer la demande de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, un récépissé de demande de titre de séjour.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Puy-de-Dôme.

Délibéré après l'audience du 23 juin 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Courret, présidente,

M. Bordes, premier conseiller,

Mme Bollon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2023.

La rapporteure,

L. BOLLON

La présidente,

C. COURRET La greffière,

N. BLANC

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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