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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2100118

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2100118

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2100118
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 1
Avocat requérantMAZARS SOCIETE D'AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 21 janvier, 16 avril et 13 juin 2021 et le 12 juin 2023, l'association Royat patrimoine environnement demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 3 décembre 2020, par laquelle le conseil d'administration du centre communal d'action sociale (CCAS) de Royat a approuvé la cession du prieuré de l'église Saint-Léger et a autorisé son président à accomplir toute démarche en ce sens et à signer tous actes à intervenir ;

2°) d'ordonner la communication de l'avis du service des domaines du 17 septembre 2018 portant sur le bâtiment du Sacré-Cœur.

Elle soutient que la délibération attaquée :

- méconnaît le principe de la personnalité juridique et de l'existence d'un patrimoine propre des CCAS, dès lors que si ceux-ci sont libres de vendre leur patrimoine, le produit de cette vente ne peut être utilisé que pour leur objet social ;

- est illégale dès lors qu'à aucun moment, ni lors de l'évaluation domaniale, ni lors de la vente, le prix des biens cédés n'a été déterminé ;

- est illégale dès lors qu'en ne fixant pas le prix de la vente, mais seulement un prix global pour l'ensemble des parcelles appartenant tant à la commune qu'au CCAS, elle méconnaît le principe de la personnalité juridique et de l'existence d'un patrimoine propre à ces établissements ;

- est illégale dès lors qu'elle n'a pas été précédée d'une information suffisante aux membres du conseil d'administration qui ne mentionne pas le classement au titre des monuments historiques des biens cédés et ne permettait pas au conseil d'administration du CCAS de statuer en connaissance de cause sur les caractéristiques principales de l'opération ;

- est illégale dès lors que le partage du prix de vente du prieuré à hauteur d'un tiers pour le CCAS et de deux tiers pour la commune de Royat ne correspond pas à la valeur réelle du bien et lèse gravement les intérêts du CCAS.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 9 mars et 26 mai 2021 et le 5 avril 2022, le centre communal d'action sociale de Royat, représenté par la SELARL DMMJB, avocats, conclut, dans le dernier état de ses écritures :

- à titre principal, au non-lieu à statuer ;

- à titre subsidiaire, au rejet de la requête ;

- et en tout état de cause, à ce que la somme de 1 800 euros soit mise à la charge de l'association Royat patrimoine environnement en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'y a plus lieu à statuer sur la requête, dès lors que la délibération attaquée a été abrogée par une nouvelle délibération en date du 24 mars 2022 ;

- la requête est irrecevable, dès lors que le représentant de l'association Royat patrimoine environnement est dépourvu de qualité pour agir ;

- la requête est irrecevable, dès lors que l'association Royat patrimoine environnement est dépourvue d'intérêt pour agir ;

- les moyens soulevés par l'association requérante ne sont pas fondés.

Par un mémoire enregistré le 27 mai 2021, la société Rachat succession.com, représentée par Me Viel, avocat, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 600 euros soit mise à la charge de l'association Royat patrimoine environnement en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable, dès lors que l'association Royat patrimoine environnement est dépourvue d'intérêt pour agir ;

- les moyens soulevés par l'association requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jurie ;

- les conclusions de M. Panighel, rapporteur public ;

- et les observations de MM. Bertail et Damay, représentant l'association Royat patrimoine environnement, et de Me Martins Da Silva, représentant le CCAS de Royat.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 3 décembre 2020, le conseil d'administration du CCAS de Royat a approuvé la cession du prieuré de l'église Saint-Léger (correspondant aux parcelles AD 357p, AD 361, AD 362 et AD 363) à la société Rachat succession.com pour le prix de 485 000 euros et a autorisé son président ou son représentant à signer tous actes à intervenir en vue de cette cession. L'association Royat patrimoine environnement demande l'annulation de cette délibération.

Sur les conclusions à fin de non-lieu à statuer :

2. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite de la requête dont il était saisi. Il en va ainsi, quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution. Dans le cas où l'administration se borne à procéder à l'abrogation de l'acte attaqué, cette circonstance prive d'objet les conclusions pour excès de pouvoir tendant à son annulation, à la double condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation soit devenue définitive. Dans cette dernière hypothèse, lorsque la décision administrative faisant l'objet du recours contentieux est abrogée en cours d'instance pour être remplacée par une décision ayant la même portée, le recours doit être regardé comme tendant également à l'annulation de la nouvelle décision. Lorsque la décision abrogée n'a reçu aucune exécution pendant la période où elle était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation est devenue définitive, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision initiale, qui ont perdu leur objet. Le juge doit, en revanche, statuer sur les conclusions dirigées contre la nouvelle décision.

3. En premier lieu, par une délibération du 24 mars 2022, le conseil d'administration du CCAS de Royat a, d'une part, abrogé la délibération du 3 décembre 2020 et, d'autre part, approuvé la vente du prieuré de l'église Saint-Léger à la société Rachat succession.com, en précisant qu'il était propriétaire de la parcelle AD 286 et que la commune de Royat disposait quant à elle des parcelles AD 357p, AD 361, AD 362 et AD 363. Par la même délibération, le conseil d'administration du CCAS a établi le prix de cette vente à 291 500 euros en fixant à 99 000 euros le montant devant spécifiquement revenir à l'établissement. Enfin, cette délibération a autorisé le président du CCAS ou son représentant à signer tous actes à intervenir en vue de la cession sous réserve de l'obtention d'un permis de construire permettant la réhabilitation de l'immeuble. Dès lors, la délibération du 24 mars 2022 se borne à identifier la parcelle dont le CCAS est propriétaire au sein de l'ensemble immobilier du prieuré de l'église Saint-Léger et à indiquer la part du montant devant revenir à cet établissement au titre de la vente de ce bien immobilier. En outre, si la délibération du 24 mars 2022, mentionne un prix de cession total presque deux fois moindre que celui figurant dans la délibération du 3 décembre 2020, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette baisse affecterait substantiellement le montant correspondant à la vente de la parcelle dont le CCAS de Royat est propriétaire. Enfin, les deux délibérations en cause concernent le même ensemble immobilier ainsi que la cession de celui-ci au même acquéreur. Dans ces conditions, la délibération du 24 mars 2022 doit être regardée comme revêtant la même portée que celle du 3 décembre 2020. Dans ces conditions, les conclusions tendant à l'annulation de la délibération du 3 décembre 2020 du conseil d'administration du CCAS de Royat doivent être regardées comme dirigées également contre la délibération du même organe en date du 24 mars 2022.

4. En second lieu, aucun des éléments soumis à l'appréciation du tribunal ne permet de déterminer la date de publication de la délibération du 24 mars 2022. Il ne ressort donc pas des pièces du dossier que cette délibération serait devenue définitive. Il suit de là que les conclusions à fin de non-lieu à statuer présentées en défense par le CCAS de Royat doivent être rejetées.

Sur la recevabilité de la requête :

5. En l'absence, dans les statuts d'une association, de toute stipulation confiant à l'un de ses organes dirigeants le pouvoir d'agir en justice en son nom, seule une délibération de son assemblée générale peut autoriser, notamment, son président à agir en justice.

6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que, par sa décision du 9 janvier 2021, l'assemblée générale extraordinaire de l'association Royat patrimoine environnement s'est bornée à donner tout pouvoir à son président pour introduire un recours devant le tribunal administratif contre " la délibération prise au cours du conseil municipal du 2 décembre 2020 ". Ainsi, la décision du 9 janvier 2021 de l'assemblée générale extraordinaire de l'association Royat patrimoine environnement n'a pas donné à son président le pouvoir de demander l'annulation de la délibération du 3 décembre 2020 du conseil d'administration du CCAS de Royat qui est précisément celle que l'association requérante conteste par son recours. Par suite, l'établissement public défendeur est fondé en sa fin de non-recevoir à soutenir que le président de l'association Royat patrimoine environnement était dépourvu de la qualité pour agir au nom de cette dernière.

7. Il suit de là, et sans qu'il soit besoin d'ordonner le supplément d'instruction sollicité par la requérante, que les conclusions à fin d'annulation de l'association Royat patrimoine environnement doivent être rejetées comme étant irrecevables. Dans les circonstances de l'espèce, les conclusions du CCAS de Royat et de la société Rachat succession.com présentées en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à l'encontre de l'association requérante doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'association Royat patrimoine environnement est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du centre communal d'action sociale de Royat et de la société Rachat succession.com tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'association Royat patrimoine environnement, à la société Rachat succession.com et au centre communal d'action sociale de Royat.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Caraës, présidente,

M. Jurie, premier conseiller,

Mme Bollon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.

Le rapporteur,

G. JURIE

La présidente,

R. CARAËS

La greffière,

F. LLORACH

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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