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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2100119

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2100119

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2100119
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 1
Avocat requérantMAZARS SOCIETE D'AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 21 janvier, 16 avril et 13 juin 2021 et le 11 avril 2022, l'association Royat patrimoine environnement demande au tribunal d'annuler la délibération du 2 décembre 2020, par laquelle le conseil municipal de la commune de Royat a approuvé la cession du prieuré de l'église Saint-Léger, a autorisé le maire à accomplir toute démarche en ce sens et à signer tous actes à intervenir.

Elle soutient que la délibération attaquée :

- " n'a pas été prise au vu " de l'avis du directeur départemental des finances publiques ;

- est illégale, dès lors que la commune a seulement entendu rechercher son intérêt financier et ne fait état d'aucun motif d'intérêt général ni d'aucune contrepartie ;

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale dès lors que la commune ne pouvait vendre le bien du centre communal d'action sociale de Royat avant qu'il ne l'ait décidé ;

- est illégale, dès lors que même si formellement elle ne concerne pas la parcelle AD 286, elle procède de fait à la vente d'un bien qui n'appartient pas à la commune mais au centre communal d'action sociale de Royat ;

- est illégale dès lors que la vente ne pouvait légalement fixer un prix global sans indiquer ce qui revenait à chacun des propriétaires ;

- l'avis du directeur départemental des finances publiques du 1er décembre 2020 n'a jamais été communiqué aux conseillers municipaux.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 9 mars et 26 mai 2021 et le 5 avril 2022, la commune de Royat, représentée par la SELARL DMMJB, avocats, conclut, dans le dernier état de ses écritures :

- à titre principal, au non-lieu à statuer ;

- à titre subsidiaire, au rejet de la requête ;

- et en tout état de cause, à ce que la somme de 1 800 euros soit mise à la charge de l'association Royat patrimoine environnement en application des dispositions de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il n'y a plus lieu à statuer sur la requête, dès lors que la délibération attaquée a été abrogée par une nouvelle délibération en date du 2 mars 2022 ;

- la requête est irrecevable, dès lors que le représentant de l'association Royat patrimoine environnement est dépourvu de qualité pour agir ;

- la requête est irrecevable, dès lors que l'association Royat patrimoine environnement est dépourvue d'intérêt pour agir ;

- les moyens soulevés par l'association requérante ne sont pas fondés.

Par un mémoire enregistré le 27 mai 2021, la société Rachat succession.com, représentée par Me Viel, avocat, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 600 euros soit mise à la charge de l'association Royat patrimoine environnement en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable, dès lors que l'association Royat patrimoine environnement est dépourvue d'intérêt pour agir ;

- les moyens soulevés par l'association requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jurie ;

- les conclusions de M. Panighel, rapporteur public ;

- et les observations de MM. Bertail et Damay, représentant l'association Royat patrimoine environnement, et de Me Martins Da Silva, représentant la commune de Royat.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 2 décembre 2020, le conseil municipal de la commune de Royat a approuvé la cession du prieuré de l'église Saint-Léger (correspondant aux parcelles AD 357p, AD 361, AD 362 et AD 363) à la société Rachat succession.com pour le prix de 485 000 euros et a autorisé le maire ou son représentant à signer tous actes à intervenir en vue de cette cession. L'association Royat patrimoine environnement demande l'annulation de cette délibération.

Sur les conclusions à fin de non-lieu à statuer :

2. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite de la requête dont il était saisi. Il en va ainsi, quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution. Dans le cas où l'administration se borne à procéder à l'abrogation de l'acte attaqué, cette circonstance prive d'objet les conclusions pour excès de pouvoir tendant à son annulation, à la double condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation soit devenue définitive. Dans cette dernière hypothèse, lorsque la décision administrative faisant l'objet du recours contentieux est abrogée en cours d'instance pour être remplacée par une décision ayant la même portée, le recours doit être regardé comme tendant également à l'annulation de la nouvelle décision. Lorsque la décision abrogée n'a reçu aucune exécution pendant la période où elle était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation est devenue définitive, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision initiale, qui ont perdu leur objet. Le juge doit, en revanche, statuer sur les conclusions dirigées contre la nouvelle décision.

3. En premier lieu, par une délibération du 2 mars 2022, le conseil municipal de la commune de Royat a, d'une part, abrogé la délibération précédente du 2 décembre 2020 et, d'autre part, approuvé la vente du prieuré de l'église Saint-Léger à la société Rachat succession.com, sous réserve d'une délibération dans le même sens du conseil d'administration du centre communal d'action sociale (CCAS) de Royat concernant la parcelle AD 286 dont ce dernier est propriétaire. Par la même délibération, le conseil municipal a fixé le prix de cette vente à 291 500 euros. Enfin, cette délibération a autorisé le maire ou son représentant à signer tous actes à intervenir en vue de la cession sous réserve de l'obtention d'un permis de construire permettant la réhabilitation de l'immeuble. Dès lors, la délibération du 2 mars 2022 se borne à préciser la parcelle dont le CCAS est propriétaire au sein de l'ensemble immobilier du prieuré de l'église Saint-Léger. En outre, si la délibération du 2 mars 2022 mentionne un prix de cession total presque deux fois moindre que celui figurant dans la délibération du 2 décembre 2020, la vente en cause concerne le même ensemble immobilier ainsi que le même acquéreur. Dans ces conditions, la délibération du 2 mars 2022 doit être regardée comme revêtant la même portée que celle du 2 décembre 2020.

4. En second lieu, aucun des éléments soumis à l'appréciation du tribunal ne permet de déterminer la date de publication de la délibération du 2 mars 2022. Il ne ressort donc pas des pièces du dossier que cette délibération serait devenue définitive. Il suit de là que les conclusions à fin de non-lieu à statuer présentées en défense par la commune de Royat doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la consultation du directeur départemental des finances publiques :

5. Aux termes de l'article L. 2241-1 du code général des collectivités territoriales, dans sa rédaction en vigueur le 2 mars 2022 : " (). / Toute cession d'immeubles ou de droits réels immobiliers par une commune de plus de 2 000 habitants donne lieu à délibération motivée du conseil municipal portant sur les conditions de la vente et ses caractéristiques essentielles. Le conseil municipal délibère au vu de l'avis de l'autorité compétente de l'Etat. Cet avis est réputé donné à l'issue d'un délai d'un mois à compter de la saisine de cette autorité ".

6. L'association requérante expose que la délibération du 2 décembre 2020 " n'a pas été prise au vu " de l'avis du directeur départemental des finances publiques. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que, par un avis du 1er décembre 2020, antérieur à la date de la délibération du 2 décembre 2020, le directeur départemental des finances publiques a émis un avis concernant la cession du prieuré de l'église de Royat.

7. En outre, l'association requérante ne soutient pas que la délibération du 2 mars 2022 n'aurait pas été précédé d'un tel avis.

En ce qui concerne la communication de la teneur de l'avis du 1er décembre 2020 aux conseillers municipaux :

8. S'il résulte des dispositions précitées de l'article L. 2241-1 du code général des collectivités territoriales que la teneur de l'avis du service des domaines doit, préalablement à la séance du conseil municipal durant laquelle la délibération relative à la décision de cession doit être prise, être portée utilement à la connaissance de ses membres, notamment par la note de synthèse jointe à la convocation qui leur est adressée, ces mêmes dispositions n'imposent pas que le document lui-même établi par le service des domaines soit remis aux membres du conseil municipal avant la séance sous peine d'irrégularité de la procédure d'adoption de cette délibération. En outre, la consultation du service des domaines prévue par les dispositions susmentionnées préalablement à la délibération du conseil municipal portant sur la cession d'un immeuble ou de droits réels immobiliers par une commune de plus de 2 000 habitants ne présente pas le caractère d'une garantie. En revanche, il appartient au juge saisi d'une délibération prise en méconnaissance de cette obligation de rechercher si cette méconnaissance a eu une incidence sur le sens de la délibération attaquée.

9. L'association requérante expose que la délibération du 2 décembre 2020 n'a pas été précédée de la communication aux conseillers municipaux de l'avis du directeur départemental des finances publiques. Toutefois, en tout état de cause, dans la mesure où le prix de la cession en cause a été fixé par la délibération du 2 décembre 2020 à 485 000 euros alors que celui-ci a été évalué à 285 000 euros par l'avis du 1er décembre 2020, le défaut de communication de la teneur de cet avis aux conseillers municipaux préalablement à la délibération du 2 décembre 2020 est dépourvu d'incidence sur le sens de cette dernière.

10. En outre, l'association requérante ne soutient pas que la teneur de l'avis du directeur départemental des finances publiques n'a pas, préalablement à la séance du conseil municipal du 2 mars 2022, été portée utilement à la connaissance de ses membres. Ce moyen est donc inopérant et ne peut, dès lors, qu'être écarté en tant qu'il est dirigé contre cette délibération.

En ce qui concerne l'insuffisance de motivation :

11. La délibération du 2 décembre 2020 mentionne que l'immeuble dit du " prieuré " ainsi que ses dépendances sont situés sur les parcelles cadastrée AD 357p, AD 361, AD 362 et AD 363. Cette délibération mentionne également que la cession de cet immeuble doit être réalisée pour un prix total de 485 000 euros et que son acquéreur est la société Rachat succession.com.

12. La délibération du 2 mars 2022 précise que la commune de Royat et le CCAS de Royat sont propriétaires d'un ensemble immobilier situé sur les parcelles AD 351, AD 362, AD 363, AD 286 et AD 357 se trouvant 3 rue du Château et constituant le bâtiment dit du " prieuré ". Elle précise également l'adoption d'une première délibération le 2 décembre 2020 autorisant la vente de ce bien et rappelle les conditions de cette cession. Elle précise que le directeur départemental des finances publiques a confirmé son avis du 1er décembre 2020 évaluant le prix de cet ensemble immobilier à 285 000 euros. Elle indique également que la cession de cet ensemble doit être réalisée pour un prix total de 291 500 euros et que son acquéreur est la société Rachat succession.com.

13. Dans ces conditions, les délibérations du 2 décembre 2020 et du 2 mars 2022 exposent les conditions de la vente et ses caractéristiques essentielles et sont, par suite, suffisamment motivées.

En ce qui concerne l'approbation de la cession d'une parcelle dont la commune n'est pas propriétaire :

14. En premier lieu, la délibération du 2 décembre 2020 se borne à indiquer que l'immeuble dit du " prieuré " ainsi que ses dépendances sont situés sur les parcelles cadastrée AD 357p, AD 361, AD 362 et AD 363. En outre, il ne ressort d'aucune des mentions de cette délibération, que le conseil municipal de la commune de Royat se serait prononcé sur la cession de parcelles dont cette dernière n'est pas propriétaire.

15. En second lieu, et en tout état de cause, il ressort de ses mentions mêmes que la délibération du 2 mars 2022 ne concerne que les parcelles AD 357, AD 361, AD 362 et AD 363 dont la commune de Royat est propriétaire et qu'elle est adoptée sous réserve de la délibération du conseil d'administration du centre communal d'action social de Royat et de son accord s'agissant de l'approbation des conditions de vente du prieuré. Dans ces conditions, la circonstance qu'elle comporte un prix global concernant l'ensemble du bien immobilier constituant le prieuré de l'église Saint-Léger ne permet pas, par elle-même et à elle seule, de regarder le conseil municipal de la commune de Royat comme s'étant prononcé sur la cession d'une parcelle dont il n'était pas propriétaire. Dans ces conditions, l'association requérante n'est pas fondée à soutenir que, par la délibération du 2 mars 2022, le conseil municipal de la commune de Royat a procédé, de fait, à la vente d'un bien appartenant au centre communal d'action sociale de Royat.

En ce qui concerne la cession préalable de sa parcelle par le centre communal d'action sociale de Royat :

16. L'association Royat patrimoine environnement fait valoir que la commune ne pouvait vendre le bien du centre communal d'action sociale de Royat avant qu'il ne l'ait décidé. Toutefois, ce moyen n'est pas assorti des précisions permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé et doit, pour ce motif, être écarté.

En ce qui concerne la fixation d'un prix de vente pour chaque propriétaire concerné :

17. L'association requérante soutient que " la vente ne pouvait légalement fixer un prix global sans indiquer ce qui revenait à chacun des propriétaires ". Toutefois, à la date des délibérations en litige, soit le 2 décembre 2020 et le 2 mars 2022, la cession de l'ensemble immobilier constituant le prieuré n'était pas intervenue. Par suite, et en tout état de cause, ce moyen est inopérant et ne peut, ainsi, qu'être écarté.

En ce qui concerne le détournement de pouvoir :

18. L'association Royat patrimoine environnement expose que la commune de Royat a seulement entendu rechercher son intérêt financier et ne fait état d'aucun motif d'intérêt général ni d'aucune contrepartie qui justifierait la cession du prieuré de l'église Saint-Léger. Toutefois, l'association requérante ne conteste pas, ni ne produit d'élément susceptible de démentir les mentions de la délibération du 2 mars 2022 selon lesquelles l'état de l'ensemble immobilier constituant le prieuré de l'église Saint-Léger ainsi que sa conservation nécessitent de lourds travaux de rénovation qui excèdent les capacités techniques et financières de la commune de Royat. Dès lors, le détournement de pouvoir allégué ne peut qu'être écarté.

19. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir soulevées en défense, que les conclusions à fin d'annulation présentées par l'association Royat patrimoine environnement doivent être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, les conclusions de la commune de Royat et de la société Rachat succession.com présentées en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à l'encontre de l'association requérante doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'association Royat patrimoine environnement est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Royat et de la société Rachat succession.com tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'association Royat patrimoine environnement, à la société Rachat succession.com et à la commune de Royat.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Caraës, présidente,

M. Jurie, premier conseiller,

Mme Bollon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.

Le rapporteur,

G. JURIE

La présidente,

R. CARAËS

La greffière,

F. LLORACH

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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