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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2100342

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2100342

vendredi 6 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2100342
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 1
Avocat requérantSEBAN AUVERGNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 18 février 2021 et le 12 septembre 2022, M. A B, représenté par Me Roux, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 décembre 2020 par laquelle le directeur général du centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand l'a suspendu à titre conservatoire ;

2°) d'enjoindre au directeur général du centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand de procéder à sa réintégration à compter de la notification du jugement sous astreinte ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure faute d'avoir été précédée de la procédure contradictoire prévue à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration et de la communication du dossier ;

- la décision attaquée est manifestement disproportionnée dès lors que les faits qui lui sont reprochés ne sont pas établis et ne sont, en tout état de cause, pas de nature à mettre en péril la sécurité des patients ou la continuité du service.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 janvier 2022, le centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand, représenté par la Selas Seban Auvergne, Me Lantero, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 21 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 7 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bollon,

- les conclusions de M. Panighel, rapporteur public,

- et les observations de Me Roux, représentant M. B et de Me Lantero, représentant le centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B est praticien hospitalier en contrat à durée indéterminée au sein de l'unité de rythmologie du service de cardiologie médicale et vasculaire du centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand depuis le 1er novembre 2016. A la suite de plaintes de deux patientes pour des gestes déplacés pratiqués en consultation le 26 août 2020 et le 7 décembre 2020, le directeur du centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand a suspendu M. B à titre conservatoire de ses fonctions par une décision du 18 décembre 2020 dont le requérant demande l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. S'il appartient, en cas d'urgence, au directeur général de l'agence régionale de santé compétent de suspendre, sur le fondement de l'article L. 4113-14 du code de la santé publique, le droit d'exercer d'un médecin qui exposerait ses patients à un danger grave, le directeur d'un centre hospitalier, qui, aux termes de l'article L. 6143-7 du même code, exerce son autorité sur l'ensemble du personnel de son établissement, peut toutefois, dans des circonstances exceptionnelles où sont mises en péril la continuité du service et la sécurité des patients, décider lui aussi de suspendre les activités cliniques et thérapeutiques d'un praticien hospitalier au sein du centre, à condition d'en référer immédiatement aux autorités compétentes pour prononcer la nomination du praticien concerné.

3. Il ressort des pièces du dossier que pour prendre la décision attaquée, le directeur du centre hospitalier universitaire s'est fondé sur deux témoignages émanant pour l'un d'une patiente reçue en consultation par M. B le 7 décembre 2020 et pour l'autre de la mère d'une patiente mineure lors d'une consultation du 26 août 2020 rapportant des gestes, des attitudes et des demandes déplacés de la part du praticien lors desdites consultations. Ces témoignages, indirect pour l'un et peu circonstancié pour l'autre, sont fermement contestés par M. B qui produit un très grand nombre d'attestations émanant de confrères, de personnel médical et de patients et patientes certifiant de son professionnalisme. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. B n'a fait l'objet au cours de sa carrière médicale que de ces deux plaintes. Dans ces conditions, les faits reprochés n'étaient pas, à eux seuls, de nature à caractériser des circonstances exceptionnelles où sont mises en péril la continuité du service et la sécurité des patients telles qu'elles puissent justifier le prononcé d'une mesure dérogatoire de suspension par le directeur du centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que ce dernier a commis, en le suspendant de ses fonctions, une erreur d'appréciation.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête, que la décision du 18 décembre 2020 du directeur du centre hospitalier universitaire doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Eu égard aux motifs du présent jugement, son exécution implique nécessairement, sous réserve de modifications dans les circonstances de droit et de fait, que le directeur du centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand réintègre M. B dans ses fonctions de praticien hospitalier au sein de l'unité de rythmologie du service de cardiologie médicale et vasculaire. Il y a lieu, par suite, de lui enjoindre d'y procéder, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de M. B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le paiement de la somme demandée par le centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand au titre des frais qu'il a exposés. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand une somme de 1 500 euros à verser au requérant au titre des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du directeur du centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand du 18 décembre 2020 est annulée.

Article 2 : Sous réserve de modifications dans les circonstances de droit et de fait, il est enjoint au centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand de réintégrer M. B dans ses fonctions dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand versera à M. B une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6: Le présent jugement sera notifié à M. A B et au centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand.

Délibéré après l'audience du 22 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Caraës, présidente,

M. Jurie, premier conseiller,

Mme Bollon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 octobre 2023.

La rapporteure,

L. BOLLON

La présidente,

R. CARAËS La greffière,

F. LLORACH

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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