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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2100352

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2100352

vendredi 22 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2100352
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 1
Avocat requérantROYON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 février 2021, et un mémoire complémentaire, enregistré le 23 avril 2021, par lequel il indique maintenir l'ensemble de ses prétentions à la suite du jugement de rejet de la requête en référé suspension, M. B C, représenté par Me Royon, demande au tribunal :

1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 25 janvier 2021 par laquelle le préfet de la Haute-Loire a rejeté sa demande de titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Loire, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " ou " travailleur temporaire " dans un délai d'un mois et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec droit au travail sous huit jours et sous astreinte de 50 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois et, dans l'attente, de lui remettre une autorisation provisoire de séjour avec droit au travail sous huit jours et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article L. 111-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 47 du code civil et l'article 1er du décret du 24 décembre 2015 relatif aux modalités de vérification d'un acte d'état civil et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- le préfet n'établit pas qu'il constituerait une menace pour l'ordre public ;

- elle méconnaît l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 février 2022, le préfet de la Haute-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 17 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 28 décembre 2022.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 mars 2021.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2015-1740 du 24 décembre 2015 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement ayant dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Caraës.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant malien né le 1er janvier 2002, se disant alors âgé de seize ans, est entré irrégulièrement en France le 11 septembre 2018 selon ses déclarations. Immédiatement pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance du département de la Haute-Loire, il a fait l'objet d'une évaluation à l'issue de laquelle le président du conseil départemental de la Haute-Loire a, le 16 octobre 2018, mis fin à sa prise en charge au motif de la majorité de l'intéressé. A la suite du jugement du 24 janvier 2019 du juge des enfants du tribunal pour enfants du E, il a été confié en qualité de mineur étranger isolé à des tiers dignes de confiance jusqu'au 1er janvier 2020, date de sa majorité. En janvier 2020, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 25 janvier 2021, dont M. C demande l'annulation, le préfet de la Haute-Loire a rejeté sa demande.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Il ressort des pièces du dossier que, par une décision du 31 mars 2021, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé l'aide juridictionnelle totale à M. C. Dans ces conditions, il n'y a plus lieu de statuer sur la demande de l'intéressé tendant à son admission provisoire à cette aide.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. La décision en litige du 25 janvier 2021 a été signée par M. A D, préfet de la Haute-Loire, nommé préfet de la Haute-Loire par décret du président de la République du 29 juillet 2020, publié au journal officiel du 30 juillet 2020. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.

4. La décision litigieuse est suffisamment motivée en droit, au regard des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors qu'elle vise l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ce alors même qu'elle ne vise pas les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle comporte également l'énoncé des éléments de fait relatifs tant à son état civil qu'à la situation personnelle et familiale de M. C. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision est entachée d'un défaut de motivation.

5. Aux termes de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction alors applicable : " A titre exceptionnel et sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire prévue aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 portant la mention " salarié " ou la mention " travailleur temporaire " peut être délivrée, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, à l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle, sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Le respect de la condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigé ".

6. Lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de " salarié " ou " travailleur temporaire ", présentée sur le fondement des dispositions précitées, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance (ASE) entre l'âge de seize ans et dix-huit ans, qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.

7. L'article L. 111-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable, prévoit que " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. ". L'article R. 311-2-2 du même code prévoit que : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente les documents justifiant de son état civil et de sa nationalité () ". L'article 47 du code civil dispose que : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Aux termes de l'article 1er du décret du 24 décembre 2015 relatif aux modalités de vérification d'un acte de l'état-civil étranger : " Lorsque, en cas de doute sur l'authenticité ou l'exactitude d'un acte de l'état civil étranger, l'autorité administrative saisie d'une demande d'établissement ou de délivrance d'un acte ou de titre procède ou fait procéder, en application de l'article 47 du code civil, aux vérifications utiles auprès de l'autorité étrangère compétente () ".

8. La force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.

9. Il ressort des pièces du dossier que pour justifier de son état civil, M. C a présenté, à l'appui de sa demande, un extrait d'acte de naissance n°020 du 14 janvier 2002, un extrait d'acte de naissance n° 020 du 30 octobre 2018 et la carte d'identité consulaire délivrée le 9 juillet 2022 par le consulat général du Mali à Lyon. Les documents d'état civil présentés par l'intéressé ont fait l'objet d'un examen technique documentaire par la direction interdépartementale de la police aux frontières de Clermont-Ferrand. Selon les conclusions de cette expertise du 5 octobre 2020, " les diligences menées et l'ensemble des constatations réalisées nous invitent à donner un avis pour faux à l'égard de l'ensemble des documents présentés au nom de C B né le 1er janvier 2002 à Doualé, commune du cercle de Bafoulabé et de la région de Kayes. L'extrait d'acte de naissance volet n°3 est réalisé sur un support authentique mais il présente les caractéristiques d'un document visiblement récent, des irrégularités sont constatées ainsi qu'une trace de falsification sur le nom de la mère, cet acte de naissance n'a pas été établi dans le ressort de la commune du lieu de naissance. Par conséquent, un avis pour faux document volé vierge est émis à l'égard de ce document entaché d'irrégularité. L'extrait d'acte de naissance du 30 octobre 2018 correspond à un support original qui reprend les irrégularités de l'acte de naissance initial. Il présente également une trace de falsification sur le nom de la mère. Par ailleurs, cet acte n'a pas été délivré dans le ressort de la commune du lieu de naissance. De ce fait, un avis pour faux document volé vierge est émis à l'égard de cet extrait. Enfin, compte tenu du résultat des analyses des documents précédents, un avis pour faux document obtenu indûment est émis à l'égard de la carte d'identité consulaire émis par le consulat général du Mali à Lyon. "

10. Pour écarter la force probante des documents présentés par M. C, le préfet de la Haute-Loire s'est fondé, non sur le rapport d'évaluation des services de l'aide sociale à l'enfance du département de la Haute-Loire, mais sur les constatations et les conclusions du rapport de la direction interdépartementale de la police aux frontières de Clermont-Ferrand et en a conclu que l'ensemble des documents présentés étaient falsifiés. Compte tenu des conclusions du rapport du 5 octobre 2020 rappelées au point 9, dont les constatations ne sont pas sérieusement contestées, les documents présentés par M. C ne sont pas revêtus de garanties d'authenticité suffisantes et les éléments de preuve produits par le préfet de la Haute-Loire sont suffisants pour établir leur absence d'authenticité au sens de l'article 47 du code civil sans avoir à solliciter les autorités maliennes d'une demande de vérifications sur le fondement de l'article 1er du décret du 24 décembre 2015. Par ailleurs, le préfet de la Haute-Loire n'était pas tenu par l'autorité de la chose jugée s'attachant au jugement du juge des enfants du tribunal pour enfants du E, dont l'objet était le placement provisoire de M. C auprès de tiers dignes de confiance. Il s'ensuit que le préfet de la Haute-Loire a pu, à bon droit, estimer que M. C ne justifiait pas de son identité et, par suite, de sa minorité lors de son entrée en France.

11. Il résulte de ce qui précède que le préfet de la Haute-Loire était fondé à rejeter la demande de titre de séjour présentée sur le fondement de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour le seul motif tiré de ce que M. C ne justifiait pas avoir été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et celui de dix-huit ans. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer le titre de séjour sollicité, le préfet de la Haute-Loire a méconnu les articles L. 313-15 et L. 111-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 47 du code civil et commis une erreur manifeste d'appréciation.

12. Le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de délivrer le titre de séjour sollicité par M. C dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire en estimant que l'usage de faux document constituait un trouble à l'ordre public.

13. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

14. M. C fait valoir la durée de sa présence en France depuis septembre 2018, le fait qu'il a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance dès son entrée sur le territoire français, qu'il a tissé des liens étroits avec sa famille d'accueil et qu'il bénéficie d'un contrat d'apprentissage depuis le mois de juillet 2020. Toutefois, M. C, qui est célibataire et sans enfant, est arrivé récemment en France. Il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales au Mali où réside sa mère. Ainsi, compte tenu des conditions et de la durée du séjour du requérant en France, la décision litigieuse lui refusant le séjour ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le préfet n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'a pas non plus entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions.

15. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 25 janvier 2021. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à l'admission provisoire de M. C à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de la Haute-Loire.

Délibéré après l'audience du 8 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Caraës, présidente,

M. Jurie, premier conseiller,

Mme Bollon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2023.

La présidente-rapporteure,

R. CARAËS

L'assesseur le plus ancien,

G. JURIE La greffière,

F. LLORACH

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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