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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2100505

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2100505

vendredi 10 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2100505
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 1
Avocat requérantREMEDEM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, M. B A, représenté par la SCP Blanc - Barbier - Vert -Remedem et Associés, Me Remedem, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 15 janvier 2021 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rejeté sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil en qualité de demandeur d'asile ;

3°) d'enjoindre au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir rétroactivement le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter de la mesure de suspension du 18 juillet 2018 concernant l'allocation pour demandeur d'asile et de lui proposer un hébergement d'urgence dans un délai de quarante-huit heures ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 20 de la directive n° 2013/33/UE et l'article L. 744-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que les prétendus manquements qui lui sont imputés ne sont pas caractérisés ;

- les dispositions de l'article D. 744-36 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont contraires à la directive n° 2013/33/UE et ont été censurées par le Conseil d'Etat dans un arrêt du 31 juillet 2019, n° 428530 ;

- elle méconnaît l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas procédé à un examen particulier de ses besoins et de son état de vulnérabilité ; il n'a pas été mis à même de faire état avec précision de son état de vulnérabilité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 octobre 2023, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- si le tribunal devait considérer qu'il n'était pas fondé à estimer que le requérant a méconnu les exigences des autorités chargées de l'asile en ne déférant pas aux obligations liées à la procédure Dublin, il demande qu'à ce motif soit substitué celui tiré de ce qu'en ne procédant pas au renouvellement de son attestation de demande d'asile et en se maintenant en situation irrégulière sur le territoire français sans régulariser sa situation, M. A doit être regardé comme ayant méconnu les exigences des autorités chargées de l'asile ;

- les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013 du Parlement européen et du Conseil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Caraës,

- et les conclusions de M. Panighel, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant angolais né le 12 octobre 1995, est entré en France en septembre 2017 selon ses déclarations. Le 11 septembre 2017, il a sollicité le bénéfice de l'asile. Sa demande d'asile a été enregistrée et placée en procédure dite Dublin compte tenu de ce que la France a estimé que le Portugal était responsable de sa demande d'asile. Le 8 février 2018, il a accepté les conditions matérielles d'accueil qui lui ont été proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Si le préfet du Puy-de-Dôme a décidé du transfert de M. A au Portugal, ce dernier a été déclaré en fuite le 18 juillet 2018. Par une décision du 18 juillet 2018, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a suspendu les conditions matérielles d'accueil au motif que M. A n'avait pas respecté les exigences des autorités de l'asile dans le cadre de la procédure Dublin en ne se présentant pas aux autorités. A l'expiration du délai de transfert aux autorités portugaises, M. A a présenté une nouvelle demande d'asile aux autorités françaises devenues responsables du traitement de cette demande. La demande d'asile de M. A a ainsi été enregistrée et a été placée en procédure normale. M. A a sollicité le rétablissement des conditions matérielles d'accueil qui avaient été suspendues par la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 18 juillet 2018. Par une décision du 15 janvier 2021, dont M. A demande l'annulation, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rejeté sa demande.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En tout état de cause, M. A n'a pas déposé de demande d'aide juridictionnelle. Par suite, la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle présentée par l'intéressé ne peut qu'être rejetée.

Sur la légalité de la décision en litige :

3. Aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction résultant de la loi du 29 juillet 2015 relative à la réforme du droit d'asile : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile ; () Lorsque le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ". Si les termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été modifiés par différentes dispositions du I de l'article 13 de la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018, il résulte du III de l'article 71 de cette loi que ces modifications, compte tenu de leur portée et du lien qui les unit, ne sont entrées en vigueur qu'à compter du 1er janvier 2019 et ne s'appliquent qu'aux décisions initiales, prises à compter de cette date, relatives au bénéfice des conditions matérielles d'accueil proposées et acceptées après l'enregistrement de la demande d'asile. Les décisions relatives à la suspension et au rétablissement de conditions matérielles d'accueil accordées avant le 1er janvier 2019 restent régies par les dispositions antérieures à la loi du 10 septembre 2018.

4. Il résulte des dispositions précédemment citées que les conditions matérielles d'accueil sont proposées au demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile auquel il est procédé en application de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si, par la suite, les conditions matérielles proposées et acceptées initialement peuvent être modifiées, en fonction notamment de l'évolution de la situation du demandeur ou de son comportement, la circonstance que, postérieurement à l'enregistrement de sa demande, l'examen de celle-ci devienne de la compétence de la France n'emporte pas l'obligation pour l'Office de réexaminer, d'office et de plein droit, les conditions matérielles d'accueil qui avaient été proposées et acceptées initialement par le demandeur. Dans le cas où les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues sur le fondement de l'article L. 744-8, dans sa rédaction issue de la loi du 29 juillet 2015, le demandeur peut, notamment dans l'hypothèse où la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, en demander le rétablissement. Il appartient alors à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, pour statuer sur une telle demande de rétablissement, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

5. En l'espèce, les décisions relatives à la suspension et au rétablissement des conditions matérielles d'accueil accordées à M. A avant le 1er janvier 2019 restent régies par les dispositions antérieures de la loi du 10 septembre 2018.

6. Il ressort des termes de la décision contestée que pour rejeter la demande de M. A de rétablissement des conditions matérielles d'accueil, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, après avoir visé le point 1 de l'article 20 de la directive n° 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, les articles L. 744-1 et L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que le point n° 18 de la décision du Conseil d'Etat du 31 juillet 2019, n° 428530 a indiqué que la délivrance d'une nouvelle attestation de demande d'asile ne justifiait pas un rétablissement automatique de ses droits et qu'après avoir procédé à un nouvel examen de sa situation, M. A ne pouvait justifier le non-respect des obligations auxquelles il avait consenti lors de l'acceptation de l'offre de prise en charge par l'Office français de l'immigration et de l'intégration et que, par ailleurs, l'évaluation de sa situation personnelle et familiale ne faisait pas apparaître de facteur particulier de vulnérabilité au sens de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La décision contestée comporte ainsi l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision doit être écarté.

7. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige, : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil () Lors de l'entretien, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale ()". Aux termes de l'article R. 744-14 du même code : " L'appréciation de la vulnérabilité des demandeurs d'asile est effectuée par les agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en application de l'article L. 744-6, à l'aide d'un questionnaire dont le contenu est fixé par arrêté des ministres chargés de l'asile et de la santé. / Si le demandeur d'asile présente des documents à caractère médical, en vue de bénéficier de conditions matérielles d'accueil adaptée à sa situation, ceux-ci seront examinés par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui émet un avis ".

8. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant qui n'établit pas avoir fait état auprès de l'Office d'éléments nouveaux sur sa situation personnelle lors de sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil. En outre, si M. A peut être regardé comme soutenant qu'il a été privé d'un nouvel entretien avant l'intervention de la décision lui refusant le rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil en faisant valoir qu'il n'a pas été mis à même de faire état avec précision de son état de vulnérabilité, aucune obligation de ce type ne reposait sur l'administration.

9. Il ressort des pièces du dossier que M. A a fait l'objet d'un arrêté de transfert aux autorités portugaises. Il ne conteste pas qu'étant placé en procédure dite Dublin, il aurait dû exécuter son transfert vers le pays responsable de sa demande d'asile. Or, M. A a été déclaré en fuite le 18 juillet 2018 de telle sorte qu'il doit être regardé comme s'étant soustrait à son obligation envers les autorités chargées de l'asile et ne justifie pas des raisons pour lesquelles il n'a pas déféré à l'arrêté de transfert. Par suite, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a pu, à bon droit, estimer que M. A n'avait pas respecté ses obligations de se présenter aux autorités pour permettre l'exécution de son transfert. S'il indique ne disposer d'aucune ressource, il n'établit pas la réalité de sa situation de vulnérabilité alors qu'il est célibataire et sans charge de famille en France. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige méconnaît l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

10. Les moyens tirés de ce que la décision méconnaît l'article 20 de la directive n° 2013/33/UE et l'article L. 744-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas assortis des précisions suffisantes permettant au juge d'en apprécier la portée.

11. M. A soutient que les dispositions de l'article D. 744-36 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont incompatibles avec l'article 20 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013.

12. Par sa décision du 31 juillet 2019, Association La Cimade et autres, n° 428530, 428564 dont se prévaut le requérant, le Conseil d'Etat, statuant au contentieux, a jugé que les dispositions des articles L. 744-7 et L.744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui créaient, dans leur rédaction issue de la loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie, des cas de refus et de retrait de plein droit des conditions matérielles d'accueil sans appréciation des circonstances particulières et excluaient, en cas de retrait, toute possibilité de rétablissement de ces conditions, étaient incompatibles avec les objectifs de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 relative à des procédures communes pour l'octroi et le retrait de la protection internationale. Il a, par suite, annulé les dispositions réglementaires prises pour leur application.

13. Il résulte de ce qui a été dit au point 5 que la situation de M. A reste régie par les dispositions de la loi n° 2015-925 du 29 juillet 2015. Par suite, le requérant ne peut utilement soutenir que les dispositions de l'article D. 744-36 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile entrées en vigueur au 1er janvier 2019, qui ne lui sont pas applicables, seraient incompatibles avec les objectifs de la directive 2013/33/UE.

14. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées et, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 20 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Caraës, présidente,

M. Jurie, premier conseiller,

Mme Bollon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2023.

La présidente-rapporteure,

R. CARAËS

L'assesseur le plus ancien,

G. JURIE La greffière,

N. BLANC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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