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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2100684

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2100684

jeudi 8 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2100684
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 2
Avocat requérantPETITJEAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement le 30 mars 2021 et le 22 juin 2023, M. B D et l'exploitation agricole à responsabilité limitée (EARL) du Champ Rouge, représentés par la SCP Teillot et associés, Me Maisonneuve, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 1er février 2021 en tant que le préfet de la région Auvergne-Rhône-Alpes a implicitement autorisé le groupement agricole d'exploitation en commun (GAEC) des Bruyères à exploiter la parcelle cadastrée ZI n° 95 sur le territoire de la commune de Manglieu ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur requête est recevable ;

- la décision en litige est entachée d'un défaut de motivation, faute d'en avoir obtenu la communication des motifs ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions du 2° de l'article L. 331-3-1 du code rural et de la pêche maritime ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions du 1° de l'article L. 331-3-1 du code rural et de la pêche maritime ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 octobre 2021, le préfet de la région Auvergne-Rhône-Alpes conclut à ce qu'il plaise au tribunal de juger si la requête est fondée et si l'autorisation tacite d'exploiter en litige doit être annulée partiellement et de ne pas mettre à la charge de l'Etat la somme sollicitée en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il a été répondu à la demande de communication des motifs adressée par le conseil des requérants ;

- le moyen tiré de la compromission de la viabilité de l'exploitation du preneur en place est inopérant ;

- l'EARL du Champ Rouge est prioritaire et un refus d'autorisation d'exploiter aurait dû être opposé au GAEC des Bruyères sur la parcelle cadastrée section ZI n° 95 d'une superficie de 11,49 hectares ;

- les délais légaux prévus par le code des relations entre le public et l'administration étant dépassés pour procéder à un éventuel retrait de la décision litigieuse, il s'en remet à la sagesse du tribunal.

Par un mémoire, enregistré le 12 mai 2023, le GAEC des Bruyères et M. C A, représentés par Me Petitjean, concluent au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge des requérants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- à titre principal, la requête est irrecevable en ce qu'elle n'est pas accompagnée de l'acte attaqué et qu'elle est tardive ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 27 juin 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 28 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code rural et de la pêche maritime ;

- l'arrêté du ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt du 20 juillet 2015 fixant le modèle d'arrêté préfectoral portant schéma directeur régional des exploitations agricoles ;

- l'arrêté n° 18-091 du préfet de la région Auvergne-Rhône-Alpes du 27 mars 2018 portant schéma directeur régional des exploitations agricoles pour la région Auvergne-Rhône-Alpes ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Debrion,

- les conclusions de Mme Luyckx, rapporteure publique,

- et les observations de Me Maisonneuve, avocate de M. B D et de l'EARL du Champ Rouge.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A a, pour le compte du groupement agricole d'exploitation en commun (GAEC) des Bruyères, déposé auprès des services de la direction départementale des territoires (DDT) du Puy-de-Dôme une demande d'autorisation en vue d'exploiter les parcelles cadastrées section A n° 951, n° 953 et n° 508 situées sur le territoire de la commune de Saint-Dier-d'Auvergne ainsi que la parcelle cadastrée section ZI n° 95 située sur le territoire de la commune de Manglieu. En application des dispositions de l'article R. 331-6 du code rural et de la pêche maritime, cette demande réputée complète à compter du 1er octobre 2020 a donné naissance, le 1er février 2021, à une autorisation tacite d'exploiter les parcelles précitées. M. B D, à qui la parcelle cadastrée section ZI n° 95 d'une superficie de 11 hectares et 49 centiares a été donnée à bail pour une durée de neuf ans à compter du 5 juillet 2012, demande au tribunal d'annuler la décision du 1er février 2021 en tant que le préfet de la région Auvergne-Rhône-Alpes a implicitement autorisé le GAEC des Bruyères à exploiter cette parcelle ZI 95.

Sur les fins de non-recevoir opposée en défense par le GAEC des Bruyères et M. A :

2. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article R. 412-1 du code de justice administrative : " La requête doit, à peine d'irrecevabilité, être accompagnée, sauf impossibilité justifiée, de l'acte attaqué ou, dans le cas mentionné à l'article R. 421-2 ", c'est-à-dire lorsqu'est attaquée une décision implicite de rejet d'une demande, " de la pièce justifiant de la date de dépôt de la réclamation ".

3. A l'appui de leur requête introductive d'instance, les requérants ont produit l'accusé de réception de la demande d'autorisation d'exploiter déposée par le GAEC des Bruyères. Cette production suffit à assurer le respect des dispositions de l'article R. 412-1 du code de justice administrative. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense par le GAEC des Bruyères et M. A tirée du défaut de production de l'acte attaqué doit être écartée.

4. En second lieu, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée () ". Aux termes de l'article R. 421-2 du même code : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet () ".

5. La présente requête a été enregistrée le 30 mars 2021, soit dans le délai de deux mois à compter du 1er février 2021, date de naissance de l'autorisation tacite d'exploiter en litige. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense par le GAEC des Bruyères et M. A et tirée de la tardiveté de la requête doit également être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. D'une part, aux termes de l'article L. 331-2 du code rural et de la pêche maritime : " I.-Sont soumises à autorisation préalable les opérations suivantes : 1° Les installations, les agrandissements ou les réunions d'exploitations agricoles au bénéfice d'une exploitation agricole mise en valeur par une ou plusieurs personnes physiques ou morales, lorsque la surface totale qu'il est envisagé de mettre en valeur excède le seuil fixé par le schéma directeur régional des exploitations agricoles () ". Aux termes de l'article L. 331-3-1 du même code : " I.- L'autorisation mentionnée à l'article L. 331-2 peut être refusée : 1° Lorsqu'il existe un candidat à la reprise ou un preneur en place répondant à un rang de priorité supérieur au regard du schéma directeur régional des structures agricoles mentionné à l'article L. 312-1 ; () ".

7. D'autre part, le schéma directeur régional des exploitations agricoles de la région Auvergne-Rhône-Alpes, établi par l'arrêté n° 18-091 du 27 mars 2018 et applicable au présent litige, prévoit à son article 1er intitulé " Définitions " que le preneur en place est l' " exploitant agricole individuel mettant en valeur, à titre exclusif ou non, une exploitation agricole en qualité de titulaire de tout bail rural sur les terres de ladite exploitation " et que " Lorsque le bien pris à bail est mis, par son détenteur, à disposition d'une société d'exploitation dans laquelle il est associé, il y a lieu de prendre en compte, en comparaison de situation demandeur(s)/preneur, la situation de la société ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. D était, à la date de naissance de la décision implicite en litige, titulaire d'un bail rural pour la parcelle cadastrée section ZI n° 95, malgré le refus de renouvellement de bail qui lui avait été signifié, de sorte qu'il avait, au sens des dispositions du 1° de l'article L. 331-3-1 du code rural et de la pêche maritime, la qualité de preneur en place à la date précitée, sans qu'y fassent obstacle les circonstances selon lesquelles le requérant percevrait des revenus extra-agricoles et son exploitation ne serait pas viable. En ne prenant pas en compte la situation de M. D en qualité de preneur en place, comme il le reconnaît lui-même dans ses écritures en défense, le préfet de la région Auvergne-Rhône-Alpes a entaché sa décision d'une erreur dans la matérialité des faits.

9. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que les requérants sont fondés à demander l'annulation de la décision du 1er février 2021 en tant que le préfet de la région Auvergne-Rhône-Alpes a implicitement autorisé le GAEC des Bruyères à exploiter la parcelle cadastrée section ZI n° 95 située sur le territoire de la commune de Manglieu.

Sur les frais liés au litige :

10. D'une part, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par les requérants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

11. D'autre part, les requérants n'ayant pas la qualité de partie perdante à l'instance, il convient de rejeter les conclusions présentées par le GAEC des Bruyères et M. A au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 1er février 2021 en tant que le préfet de la région Auvergne-Rhône-Alpes a implicitement autorisé le GAEC des Bruyères à exploiter la parcelle cadastrée section ZI n° 95 située sur le territoire de la commune de Manglieu est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Les conclusions présentées par le GAEC des Bruyères et M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à L'EARL du Champ Rouge, au préfet de la région Auvergne-Rhône-Alpes, à M. C A et au groupement agricole d'exploitation en commun (GAEC) des Bruyères.

Délibéré après l'audience du 25 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Bentéjac, présidente,

- M. Debrion, premier conseiller,

- M. Nivert, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 février 2024.

Le rapporteur,

J-M. DEBRION

La présidente,

C. BENTÉJAC La greffière,

C. PETIT

La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2100684

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