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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2100713

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2100713

vendredi 27 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2100713
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3
Avocat requérantGELY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 avril 2021 et 16 novembre 2022, Mme H D, représentée par Me Arsac, demande au tribunal :

1°) de désigner, avant dire droit, un expert spécialisé en rhumatologie afin qu'il se prononce sur l'imputabilité au service de la pathologie dont elle souffre ;

2°) d'annuler, à titre principal, la décision du 5 février 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier Etienne Clémentel d'Enval a refusé de reconnaître la pathologie dont elle est atteinte au titre du tableau n°98 des maladies professionnelles ;

3°) d'enjoindre au directeur du centre hospitalier de régulariser, à compter de la notification du jugement à intervenir, sa situation en reconnaissant sa pathologie au titre du tableau n°98 des maladies professionnelles ;

4°) de mettre à la charge du centre hospitalier Etienne Clémentel la somme de 2.000 euros au titre de l'article L. 761-1 du Code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit pour avoir été prise en méconnaissance des dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 dès lors qu'atteinte d'une sciatique par hernie discale, elle doit être regardée comme bénéficiant d'une présomption d'imputabilité au service, cette maladie étant répertoriée dans l'un des tableaux annexés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale, en l'occurrence au titre des " affections chroniques du rachis lombaire provoquées par la manutention manuelle de charges lourdes " ; en tout état de cause, l'imputabilité au service de sa maladie pourra être reconnue au titre de la troisième hypothèse énoncée à l'article 21 de la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 puisqu'il existe un lien essentiel et direct entre sa maladie et l'exercice de ses fonctions et que l'incapacité permanente dont elle est atteinte est d'au moins 25% compte tenu des raideurs lombaires dont elle souffre, ce qui devra être confirmé par une expertise complémentaire ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que les éléments médicaux et du travail démontrent l'existence d'un lien de causalité direct et certain entre la pathologie dont elle souffre aujourd'hui et ses conditions de travail en tant qu'aide-soignante, métier qu'elle exerce depuis 25 ans ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'elle se fonde sur les conclusions du Dr G qui a manqué d'impartialité et qui devra donc être écarté des débats.

Par des mémoires en défense enregistrés les 5 octobre et 7 décembre 2022, le centre hospitalier Etienne Clémentel, représenté par Me Gely, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme D le versement de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête méconnait l'autorité de chose jugée dès lors que par un jugement définitif du tribunal administratif de Clermont-Ferrand du 4 février 2021, les moyens tirés de la légalité interne ont déjà été rejetés ;

- les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le décret n° 99-95 du 15 février 1999 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions du rapporteur public,

- et les observations de Me Gely, représentant le centre hospitalier Etienne Clémentel.

Considérant ce qui suit :

1. Mme H D, qui exerce les fonctions d'aide-soignante titulaire au sein du centre hospitalier Etienne Clémentel à Enval depuis janvier 2006, a été victime, le 9 mars 2017, lors de la manipulation d'un patient, d'un accident reconnu comme imputable au service par une décision du directeur de ce centre hospitalier du 25 mai 2018. Son état de santé a été reconnu comme consolidé le 18 septembre 2017 sans incapacité permanente partielle (IPP). Elle subissait, le 7 novembre 2017, une intervention chirurgicale de discectomie L4/L5. Le 16 mars 2018, la commission de réforme rendait un avis favorable à l'imputabilité au service de l'accident survenu le 9 mars 2017 ainsi qu'un avis favorable tendant à reconnaître à ce que la pathologie dont souffre l'intéressée relève du tableau des maladies professionnelles n°98. Par une décision du 25 mai 2018, le directeur du centre hospitalier Etienne Clémentel refusait de reconnaître la pathologie de Mme D comme relevant de ce tableau. Saisi par une requête de cette dernière, le tribunal administratif de Clermont-Ferrand, par jugement n°1801278 du 4 février 2021, a annulé cette décision pour défaut de motivation. Le 5 février 2021, le directeur du centre hospitalier prenait une nouvelle décision refusant de reconnaître l'imputabilité au service de la pathologie de Mme D. Dans la présente instance, Mme D demande au tribunal d'annuler cette dernière décision après avoir ordonné, avant-dire droit, une expertise en vue de déterminer l'imputabilité au service de la pathologie dont elle souffre.

Sur la régularité du rapport émis par le Dr G :

2. Mme D soutient que le rapport du Dr G est partial dès lors qu'il est chef de service au centre hospitalier Etienne Clémentel où elle travaille. Toutefois, il ne résulte pas des termes de son rapport que le Dr G, qui a consulté l'intéressée, a pris connaissance de son dossier médical et rappelle les conditions d'exercice de son activité professionnelle ainsi que l'évolution de sa pathologie, aurait fait preuve d'un manque d'impartialité dans l'appréciation du cas l'intéressée alors qu'il a suffisamment justifié ses conclusions pour écarter la pathologie dont elle souffre du tableau 98 et pour appliquer un taux d'incapacité permanente partielle (IPP) inférieur à 25 %. Dans ces conditions, alors même que le Dr G exercerait au sein du centre hospitalier Etienne Clémentel, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande de la requérante tendant à écarter ce rapport, qui sera retenu à titre d'élément d'information par le tribunal, au même titre que les autres certificats présentés par Mme D.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article 21 bis de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 alors en vigueur : " () IV. Est présumée imputable au service toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ce tableau. / Si une ou plusieurs conditions tenant au délai de prise en charge, à la durée d'exposition ou à la liste limitative des travaux ne sont pas remplies, la maladie telle qu'elle est désignée par un tableau peut être reconnue imputable au service lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est directement causée par l'exercice des fonctions. / Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat. () ". Aux termes de l'article R. 461-8 du code de la sécurité sociale : " Le taux d'incapacité mentionné au septième alinéa de l'article L. 461-1 est fixé à 25 %. "

4. D'une part, Mme D soutient qu'elle peut bénéficier de la présomption d'imputabilité au titre du premier alinéa de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 de la maladie figurant au tableau n° 98 du décret du 15 février 1999. En l'espèce, il n'est pas contesté que, dans le cadre de ses fonctions d'aide-soignante, Mme D a été appelée à manipuler des patients, de sorte que la pathologie dont elle souffre entre dans la liste des travaux susceptibles de provoquer les maladies professionnelles énoncées à ce tableau. Toutefois, si elle allègue que la détérioration de ses disques intervertébraux lombaires ont entraîné une hernie discale L4-L5, pour laquelle elle a dû être opérée en novembre 2017, puis à nouveau le 8 avril 2019, il ressort des pièces du dossier, notamment des rapports du Dr E, médecin rhumatologue agréé, qui a procédé à l'examen de l'intéressée le 18 septembre 2017 et du Dr G, rhumatologue, expert près la cour d'appel de Riom, qui a procédé à son examen le 20 mars 2019, que la sciatalgie présentée par Mme D est la conséquence non pas d'une hernie discale mais de formations dégénératives. Ces constatations ne sont pas utilement contredites par les certificats du Dr A F et du Dr C, neurochirurgiens, qui ne précisent pas l'existence d'une hernie discale L4/L5 mais seulement un listhésis dégénératif. Dès lors, Mme D n'est pas fondée à soutenir que la pathologie dont elle est atteinte entre dans le cadre du tableau n° 98.

5. D'autre part, Mme D soutient qu'elle peut bénéficier de la reconnaissance de l'imputabilité de sa maladie au titre du troisième alinéa de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983. S'il ressort des pièces du dossier que les différents médecins qui ont eu à examiner Mme D reconnaissent un lien de causalité entre son activité professionnelle et sa maladie dont elle souffre, l'incapacité permanente partielle de Mme D a été évaluée à 15% par le Dr G. Si la requérante fait valoir que ce taux serait en réalité supérieur à 15 % en raison de raideur lombaire douloureuse postchirurgicale sans algies radiculaires ou de raideur lombaire douloureuse avec complications neurologiques, il ne ressort pas des pièces du dossier que ces éléments soient établis. Dès lors, les moyens tirés de l'erreur de droit en méconnaissance de l'article 21 bis de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983, et de l'erreur d'appréciation, doivent être écartés.

6. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'ordonner avant-dire droit une expertise, ni de se prononcer sur le moyen tiré de la chose jugée opposée en défense, que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme D la somme que le centre hospitalier Etienne Clémentel, demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les dispositions du même article font par ailleurs obstacle à ce que la somme demandée à ce titre par Mme D soit mise à la charge du centre hospitalier Etienne Clémentel, qui n'est pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du centre hospitalier Etienne Clémentel d'Enval présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme H D et au centre hospitalier Etienne Clémentel d'Enval.

Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Michel I, président,

Marion Jaffré, première conseillère,

Julien B, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2024.

Le rapporteur,

J. B

Le président,

M. I Le greffier,

P. MANNEVEAU

La République mande et ordonne au ministre délégué en charge de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2100713

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