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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2100753

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2100753

vendredi 14 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2100753
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 1
Avocat requérantBERTRAND HEBRARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par la requête, enregistrée le 8 avril 2021, M. C B, représenté par Me Bertrand-Hebrard, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 octobre 2020 par lequel le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes l'a placé en disponibilité d'office ainsi que le rejet de son recours gracieux dirigé contre celui-ci ;

2°) d'enjoindre au président de la région Auvergne-Rhône-Alpes de le placer dans une situation administrative conforme à son état de santé ;

3°) de mettre la somme de 2 000 euros à la charge de la région Auvergne-Rhône-Alpes en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision attaquée :

- est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'il n'a pas été avisé de la réunion de la " commission départementale " du 9 octobre 2020 et a ainsi été privé de la possibilité de présenter des observations ;

- est illégale dès lors qu'il n'est pas inapte à toute fonction ;

- est illégale dès lors qu'il n'a pas épuisé l'ensemble de ses droits à congé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 octobre 2021, la région Auvergne-Rhône-Alpes conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 500 euros soit mise à la charge de M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Une ordonnance du 26 avril 2023 a fixé la clôture d'instruction au 12 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- le décret n° 86-68 du 13 janvier 1986 relatif aux positions de détachement, de disponibilité, de congé parental des fonctionnaires territoriaux et à l'intégration ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jurie ;

- et les conclusions de M. Panighel, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Il est constant que M. B exerçait ses fonctions au lycée Simone Weil du Puy-en-Velay en qualité d'adjoint technique principal. Par un arrêté en date du 6 octobre 2020, le président du conseil régional Auvergne-Rhône-Alpes a placé M. B en disponibilité d'office pour motif de santé à compter du 15 novembre 2020. Par un courrier daté du 7 décembre 2020, l'intéressé a formé un recours gracieux contre cet arrêté. L'autorité régionale a expressément rejeté ce recours par une décision en date du 31 mars 2021. Par sa requête, M. B demande l'annulation de l'arrêté du 6 octobre 2020 le plaçant en disponibilité d'office ainsi que du rejet de son recours gracieux dirigé contre cet arrêté.

Sur la légalité de l'arrêté attaqué :

2. Aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () / 3° A des congés de longue maladie d'une durée maximale de trois ans dans les cas où il est constaté que la maladie met l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, rend nécessaires un traitement et des soins prolongés et présente un caractère invalidant et de gravité confirmée. / () / 4° A un congé de longue durée, en cas de tuberculose, maladie mentale, affection cancéreuse, poliomyélite ou déficit immunitaire grave et acquis, de trois ans à plein traitement et de deux ans à demi-traitement () ". Aux termes de l'article 37 du décret du 30 juillet 1987 susvisé, dans sa rédaction applicable au litige : " Le fonctionnaire ne pouvant, à l'expiration de la dernière période de congé de longue maladie ou de longue durée, reprendre son service est soit reclassé dans un autre emploi, en application du décret n° 85-1054 du 30 septembre 1985 susvisé, soit mis en disponibilité, soit admis à la retraite après avis de la commission de réforme prévue par le décret n° 2003-1306 du 26 décembre 2003 relatif au régime de retraite des fonctionnaires affiliés à la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales () ". Aux termes de l'article 38 du même décret, dans sa rédaction applicable au litige : " La mise en disponibilité visée aux articles 17 et 37 du présent décret est prononcée après avis du comité médical ou de la commission de réforme prévue par le décret n° 2003-1306 du 26 décembre 2003 modifié relatif au régime de retraite des fonctionnaires affiliés à la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales, sur l'inaptitude du fonctionnaire à reprendre ses fonctions. / L'avis est donné par la commission de réforme lorsque le congé antérieur a été accordé en vertu de l'article 57 (4°, 2e alinéa) de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 susvisée. / Le renouvellement de la mise en disponibilité est prononcé après avis du comité médical. Toutefois, lors du dernier renouvellement, l'avis est donné par la commission de réforme ".

3. Il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté par le requérant qu'immédiatement avant sa mise en disponibilité d'office, il se trouvait placé en congé de longue maladie. Ainsi, le congé antérieur dont bénéficiait M. B avant le placement en disponibilité d'office attaqué lui avait été accordé non sur le fondement des dispositions précitées du 2e alinéa du 4° de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984, mais en application des dispositions du 3° du même article. Dès lors, en vertu des dispositions susmentionnées de l'article 38 du décret du 30 juillet 1987, le placement en disponibilité d'office de M. B n'était pas subordonné à la consultation préalable de la commission de réforme. En outre, aucun des éléments produits devant le tribunal ne tend à corroborer que, par l'avis émis le 9 octobre 2020, la commission de réforme se serait prononcée sur le placement en disponibilité d'office de l'intéressé. Dans ces conditions, le requérant ne peut utilement soutenir qu'il a été privé de la possibilité de présenter des observations devant la commission de réforme dès lors qu'il n'a pas été informé de la réunion de cette dernière le 9 octobre 2020. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire est inopérant et doit, pour ce motif, être écarté.

4. Le requérant expose qu'il ne se trouvait pas dans l'impossibilité absolue d'exercer toutes fonctions. Toutefois, selon le rapport du docteur D daté du 25 mai 2020, l'évolution de l'état de santé de M. B ne lui permettait pas de reprendre son travail et l'inaptitude à l'exercice de ses fonctions d'adjoint technique des établissements d'enseignement était définitive. Il ressort du même rapport que l'intéressé présentait une " inaptitude à toutes fonctions ". En outre, par son avis émis le 7 juillet 2020, le comité médical départemental a notamment considéré que " l'agent relève d'une inaptitude absolue et définitive à l'exercice de ses fonctions et à toutes fonctions ". Or, aucun des éléments dont se prévaut le requérant, notamment pas l'attestation du docteur A en date du 11 décembre 2020, ne tend à démentir les conclusions du rapport établi par le docteur D ainsi que l'avis du comité médical départemental alors que ceux-ci concordent sur l'inaptitude définitive de l'intéressé à exercer toute fonction. Par suite, le moyen tiré de ce que M. B n'était pas inapte à l'exercice de toute fonction ne peut qu'être écarté.

5. M. B fait valoir qu'il " était susceptible de bénéficier d'une reconnaissance de l'imputabilité au service de ses arrêts de travail ". Toutefois et en tout état de cause, aucun des éléments du dossier ne tend à corroborer que la pathologie de l'intéressé pourrait être regardée comme étant imputable au service alors, de surcroît, que par une décision du 28 février 2013 le recteur de l'académie de Clermont-Ferrand a refusé de reconnaître cette imputabilité. Dès lors, ce moyen doit être écarté.

6. Aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 applicable au litige : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () / 4° A un congé de longue durée, en cas de tuberculose, maladie mentale, affection cancéreuse, poliomyélite ou déficit immunitaire grave et acquis, de trois ans à plein traitement et de deux ans à demi-traitement () ".

7. Le requérant soutient qu'il " n'avait pas épuisé l'ensemble de ses droits à congés ", dans la mesure où il " justifiait pouvoir bénéficier d'un CLD ". Toutefois, aucun des éléments soumis au tribunal, et notamment pas l'attestation du docteur A en date du 11 décembre 2020 qui, dépourvue d'éléments circonstanciés et non étayée par d'autres pièces du dossier, se borne à indiquer que " M. B () nécessiterait une mise en congé de longue durée ", ne tend à corroborer qu'à la date de la mise en disponibilité d'office attaquée, le requérant était atteint d'une des affections, énumérées par les dispositions précitées de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984, ouvrant droit au bénéfice d'un congé de longue durée. Par suite, ce moyen doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées et, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce et en tout état de cause, les conclusions de la région Auvergne-Rhône-Alpes présentées en application de ces mêmes dispositions à l'encontre de M. B doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la région Auvergne-Rhône-Alpes tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la région Auvergne-Rhône-Alpes.

Délibéré après l'audience du 31 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Caraës, présidente,

M. Jurie, premier conseiller,

Mme Bollon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2024.

Le rapporteur,

G. JURIE

La présidente,

R. CARAËS La greffière,

F. LLORACH

La République mande et ordonne au préfet de la région Auvergne-Rhône-Alpes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2100753

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