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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2100801

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2100801

jeudi 7 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2100801
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 2
Avocat requérantDAVID

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2100589 en date du 15 avril 2021, le président du tribunal administratif de Paris a transmis, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, le dossier de la requête de M. D B.

Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Paris le 13 janvier 2021, M. D B, représenté par Me David, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 19 novembre 2020 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice a maintenu son inscription au répertoire des détenus particulièrement signalés ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision a été prise par une autorité incompétente ;

- la composition de la commission DPS était irrégulière ;

- la décision est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut de base légale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mars 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 26 mai 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 28 juin 2023.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 avril 2021.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 2009-1436 du 24 novembre 2009 ;

- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;

- la circulaire NORJUSD1236970C du 15 octobre 2012 relative à l'instruction ministérielle relative au répertoire des détenus particulièrement signalés ;

- l'arrêté NORJUST1510722A du 30 juin 2015 fixant l'organisation en bureaux de la direction de l'administration pénitentiaire ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Debrion,

- et les conclusions de Mme Luyckx, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, écroué depuis le 29 mai 2010, a été incarcéré au centre pénitentiaire de Moulins-Yzeure du 20 décembre 2017 au 2 juin 2021. Il est inscrit au répertoire des détenus particulièrement signalés depuis le 29 mai 2010. Par une décision du 19 novembre 2020, le garde des sceaux, ministre de la justice a maintenu son inscription sur ce répertoire. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cette décision du 19 novembre 2020.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Par une décision du 28 avril 2021, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions du requérant tendant à son admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. L'article D. 276-1 du code de procédure pénale dispose que : " En vue de la mise en œuvre des mesures de sécurité adaptées, le ministre de la justice décide de l'inscription et de la radiation des détenus au répertoire des détenus particulièrement signalés dans des conditions déterminées par instruction ministérielle ". La circulaire NOR JUSD1236970C du 15 octobre 2012 de la garde des sceaux, ministre de la justice relative au répertoire des détenus particulièrement signalés précise que les détenus particulièrement surveillés font l'objet d'une vigilance accrue des personnels pénitentiaires lors des appels, des opérations de fouille et de contrôle des locaux ainsi que dans leurs relations avec l'extérieur notamment et sont affectés en priorité en maison centrale ou quartier maison centrale.

4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision du 19 novembre 2020 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice a décidé le maintien de l'inscription de M. B au répertoire des détenus particulièrement signalés a été signée, par délégation, par Mme C A. Par un décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du gouvernement, le directeur de l'administration pénitentiaire a reçu délégation à l'effet de signer, au nom du garde des sceaux, ministre de la justice dans la limite de ses attributions, tous actes, arrêtés et décisions à l'exclusion des décrets. Par un arrêté du 12 octobre 2020 régulièrement publié au Journal officiel de la République française le 13 octobre suivant, le directeur de l'administration pénitentiaire a subdélégué sa signature au sein de la sous-direction de la sécurité pénitentiaire à Mme C A, directrice des services pénitentiaires, adjointe à la cheffe du bureau de la prévention des risques aux fins de signer, dans la limite de ses attributions, tous actes, arrêtés et décisions, à l'exclusion des décrets. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision contestée doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 1.1.2.2 de la circulaire du 15 octobre 2012 relative à l'instruction ministérielle relative au répertoire des détenus particulièrement signalés prévue par l'article D. 276-1 du code de procédure pénale précité: " La consultation de la commission DPS / La commission DPS se réunit au sein de tout établissement dans lequel sont écrouées des personnes détenues inscrites au répertoire des DPS ou faisant l'objet de demandes d'inscription. / Elle se réunit à l'initiative du chef d'établissement. Il appartient à ce dernier de veiller à la tenue régulière de cette commission. / • Composition / Les membres de cette commission sont : / - le chef d'établissement pénitentiaire ou son représentant, qui préside, / - le procureur de la République, ou son représentant, / - le préfet ou son représentant, en cas de nécessité - le directeur inter-régional des services pénitentiaires ou son représentant, /- un représentant de chacun des services de police exerçant leurs activités dans le ressort du tribunal, / - le commandant du groupement de gendarmerie départemental ou son représentant, / - le délégué local du renseignement pénitentiaire, / - le juge d'instruction, s'agissant des personnes prévenues, / - le juge de l'application des peines, s'agissant des personnes condamnées, / - le juge de l'application des peines de Paris en charge des condamnés pour affaires de terrorisme ainsi que le parquet de l'exécution des peines de Paris s'agissant des personnes détenues pour des faits de nature terroriste ". Par ailleurs, l'article R. 57-6-9 du code de procédure pénale dispose que : " () L'autorité compétente peut décider de ne pas communiquer à la personne détenue, à son avocat ou au mandataire agréé les informations ou documents en sa possession qui contiennent des éléments pouvant porter atteinte à la sécurité des personnes ou des établissements pénitentiaires ".

6. M. B, en se bornant à soutenir qu'il n'est pas possible de vérifier la régularité de la commission qui s'est prononcée le 12 mai 2020 sur sa situation, n'établit pas l'irrégularité de sa tenue, ni même n'apporte d'élément permettant de douter de la tenue de celle-ci. En tout état de cause, s'agissant d'une commission composée exclusivement d'agents de l'Etat, destinée seulement à éclairer le ministre, et qui n'a pas vocation à entendre le détenu, lequel a pu, en l'espèce, faire valoir ses observations avant que le ministre prenne sa décision, un éventuel vice dans la composition de cette commission n'est pas susceptible de priver l'intéressé d'une garantie, pas plus qu'il n'a en l'espèce, pu influer sur le sens de la décision prise. Par suite le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

7. En troisième lieu, l'article 1.1.2.3 de la circulaire du 15 octobre 2012 relative à l'instruction ministérielle relative au répertoire des détenus particulièrement signalés dispose que : " La décision motivée d'inscription ou de maintien au répertoire DPS prise à l'issue de cette procédure est notifiée à la personne détenue par l'établissement ". Par ailleurs, l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Enfin, l'article L. 211-5 du même code dispose que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

8. La décision du 19 novembre 2020 par laquelle la garde des sceaux, ministre de la justice a maintenu l'inscription de M. B sur le répertoire des détenus particulièrement signalés comporte l'exposé détaillé des considérations de droit et de fait qui la fondent. Par suite, et dès lors que la motivation d'un acte administratif ne se confond pas avec le bien-fondé de ses motifs, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision en litige doit être écarté.

9. En quatrième lieu, il résulte de la circulaire ministérielle du 15 octobre 2012 prise pour la mise en œuvre des dispositions de l'article D. 276-1 du code de procédure pénale que l'inscription d'un détenu au répertoire des détenus particulièrement signalés a pour seul effet d'appeler l'attention des personnels pénitentiaires, et des autorités amenées à le prendre en charge, sur ce détenu, en intensifiant à son égard les mesures particulières de surveillance, de précaution et de contrôle prévues pour l'ensemble des détenus par les dispositions législatives et réglementaires en vigueur. Dans ce cadre, seules peuvent être apportées aux droits des détenus les restrictions résultant des contraintes inhérentes à la détention, du maintien de la sécurité et du bon ordre des établissements, de la prévention de la récidive et de la protection de l'intérêt des victimes, dans les conditions rappelées par les articles 22 et suivants de la loi pénitentiaire du 24 novembre 2009.

10. Le pouvoir réglementaire est compétent pour édicter le régime applicable aux détenus particulièrement signalés, qui, ainsi qu'il a été dit au point précédent, a pour seul effet de prescrire aux personnels et autorités pénitentiaires de faire preuve d'une vigilance particulière s'agissant de certains individus. Les limites éventuellement portées aux droits des détenus par le régime ainsi défini ne peuvent cependant légalement intervenir que dans le respect des conditions définies par le législateur. Il s'ensuit que le pouvoir réglementaire était compétent pour édicter les dispositions de l'article D. 276-1 du code de procédure pénale sur le fondement desquelles la décision contestée a été prise. Dès lors, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'article D. 276-1 du code de procédure pénale était dépourvu de base légale du fait de la décision n° 2014-393 QPC du 25 avril 2014 du Conseil constitutionnel qui a déclaré contraires à la Constitution les dispositions de l'article 728 du code de procédure pénale dans leur rédaction antérieure à la loi pénitentiaire du 24 novembre 2009.

11. En dernier lieu, selon l'article 1.1.1 de la circulaire du 15 octobre 2012 relative à l'instruction ministérielle relative au répertoire des détenus particulièrement signalés : " 1.1.1 Les critères d'inscription et de maintien au répertoire des DPS. Les critères d'inscription au répertoire des détenus particulièrement signalés sont liés au risque d'évasion et à l'intensité de l'atteinte à l'ordre public que celle-ci pourrait engendrer ainsi qu'au comportement particulièrement violent en détention de certaines personnes détenues.

Les personnes détenues susceptibles d'être inscrites au répertoire des DPS sont celles : / 1) appartenant à la criminalité organisée locale, régionale, nationale ou internationale ou aux mouvances terroristes, appartenance établie par la situation pénale ou par un signalement des magistrats, de la police ou de la gendarmerie ; / 2) ayant été signalées pour une évasion réussie ou un commencement d'exécution d'une évasion, par ruse ou bris de prison ou tout acte de violence ou ayant fait l'objet d'un signalement par l'administration pénitentiaire, les magistrats, la police ou la gendarmerie, selon lequel des informations recueillies témoignent de la préparation d'un projet d'évasion ; / 3) susceptibles de mobiliser les moyens logistiques extérieurs d'organisations criminelles nationales, internationales ou des mouvances terroristes ; / 4) dont l'évasion pourrait avoir un impact important sur l'ordre public en raison de leur personnalité et / ou des faits pour lesquels elles sont écrouées ; / 5) susceptibles d'actes de grandes violences, ou ayant commis des atteintes graves à la vie d'autrui, des viols

ou actes de torture et de barbarie ou des prises d'otage en établissement pénitentiaire ".

12. Pour maintenir l'inscription de M. B au répertoire des détenus particulièrement signalés, le garde des sceaux, ministre de la justice s'est fondé sur sa dangerosité et son potentiel de violence résultant de sa condamnation en appel le 9 janvier 2015 à une peine de 30 ans de réclusion criminelle assortie d'une période de sûreté de 15 ans pour des faits d'assassinat, sur son antécédent d'évasion le 3 juin 2010 alors qu'il était hospitalisé et sa condamnation, pour cette évasion, à une peine de 15 mois d'emprisonnement le 12 juillet 2010, sur son malaise probablement simulé en date du 18 janvier 2019, sur le fait que ses velléités d'évasion étaient toujours d'actualité, sur son comportement imprévisible, sur les risques signalés de passage à l'acte violent ayant justifié un transfert d'établissement par mesure d'ordre et de sécurité le 11 juillet 2017, sur ses velléités de communication avec l'extérieur démontrées par des découvertes de téléphones portables et objets attenants les 31 octobre 2014, 11 septembre 2015, 7 juillet 2017, 30 novembre 2017 et 15 mai 2018, sur sa fin de peine fixée au 4 janvier 2037, sur sa période de sûreté fixée au 29 mai 2025 et sur la nécessité par conséquent de constituer des escortes en rapport avec sa dangerosité lors des extractions dont il peut faire l'objet. Si le motif de la date de fin de peine n'est pas, comme le soutient le requérant, un motif prévu par les dispositions de l'article D. 276-1 du code de procédure pénale ou par celles de la circulaire du 15 octobre 2012, pas plus que celui de la date de fin de la période de sûreté, la nature des faits pour lesquels M. B a été condamné, bien que ces condamnations soient anciennes, démontre son appartenance à la criminalité organisée, et ainsi la possibilité de moyens logistiques et financiers que l'intéressé serait susceptible de mobiliser dans la perspective de préparatifs d'évasion. En tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier que ces constatations auraient perdu leur pertinence à la date de la décision contestée, notamment en raison du bon comportement de l'intéressé en prison dans le cadre de l'exercice de ses fonctions d'auxiliaire d'étage. Dans ces conditions, compte tenu des liens du requérant au moment de son incarcération avec la criminalité organisée et de l'impact qu'une évasion serait susceptible d'avoir sur l'ordre public, le garde des sceaux, ministre de la justice n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en décidant, au moins pour les deux premiers motifs invoqués dans la décision, de maintenir M. B sur le répertoire des détenus particulièrement signalés, alors même que ce dernier n'a pas eu de comportement violent en détention et qu'il n'avait participé à aucune tentative d'évasion récemment.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. L'Etat n'étant pas partie perdante à l'instance, les conclusions présentées par le requérant en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant à son admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 8 février 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Bentéjac, présidente,

- M. Debrion, premier conseiller,

- M. Nivet, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mars 2024.

Le rapporteur,

J-M. DEBRION

La présidente,

C. BENTÉJAC La greffière,

C. PETIT

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2100801

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