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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2101005

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2101005

mardi 16 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2101005
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 1
Avocat requérantSCP BORIE ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 10 mai 2021 et les 9 février, 14 mars, ce dernier n'ayant pas été communiqué, 20 mars et 29 mars 2023 et un mémoire récapitulatif, enregistré le 19 février 2024 produit à la demande du tribunal en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, ce dernier n'ayant pas été communiqué, M. C B, représenté par la SCP Borie et associés, avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 novembre 2020 par lequel le président du conseil départemental du Puy-de-Dôme l'a placé en disponibilité d'office à compter du 7 décembre 2020 ainsi que le rejet de son recours gracieux dirigé contre cette décision ;

2°) d'enjoindre au président du conseil départemental du Puy-de-Dôme de procéder à la régularisation de sa situation financière et de ses droits à la retraite ainsi qu'à la reconstitution de sa carrière ;

3°) de condamner le département du Puy-de-Dôme à lui payer la somme de 10 000 euros en réparation du préjudice moral qu'il estime avoir subi ;

4°) de mettre la somme de 2 000 euros à la charge du département du Puy-de-Dôme en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient, dans son mémoire récapitulatif, que :

- le président du conseil départemental du Puy-de-Dôme n'a pas saisi le comité médical départemental de son placement en disponibilité d'office ;

- il a été placé en disponibilité d'office sans être préalablement invité à présenter une demande de reclassement ;

- il était apte à reprendre ses fonctions sur un poste adapté ;

- l'autorité départementale ne justifie pas de démarches suffisantes pour le reclasser ;

- il a subi un préjudice moral se chiffrant à 10 000 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 24 novembre 2022 et les 17 mars et 5 avril 2023, ce dernier n'ayant pas été communiqué, le département du Puy-de-Dôme conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- il n'y a plus lieu à statuer sur la requête de M. B ;

- les conclusions indemnitaires présentées par M. B sont irrecevables dès lors qu'elles n'ont pas été précédées d'une demande préalable indemnitaire ;

- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Une ordonnance du 20 mars 2023 a fixé la clôture d'instruction au 5 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- le décret n°87-602 du 30 juillet 1987 relatif à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jurie ;

- les conclusions de M. Panighel, rapporteur public ;

- et les observations de Me Kiganga, représentant M. B et de Mme A, représentant le département du Puy-de-Dôme.

Considérant ce qui suit :

1. Il ressort des pièces du dossier que M. B était employé au sein des services du département du Puy-de-Dôme en qualité d'adjoint administratif principal de 2e classe. Par un arrêté en date du 12 novembre 2020, le président du conseil départemental du Puy-de-Dôme a placé M. B en disponibilité d'office à compter du 7 décembre 2020. Par un courrier daté du 8 janvier 2021, l'intéressé a formé un recours gracieux contre cet arrêté. L'autorité départementale a expressément rejeté ce recours par une décision en date du 8 mars 2021. Par sa requête, M. B demande l'annulation de l'arrêté du 12 novembre 2020 le plaçant en disponibilité d'office ainsi que du rejet de son recours gracieux dirigé contre cet arrêté.

Sur l'exception de non-lieu à statuer soulevée par le département du Puy-de-Dôme :

2. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait lieu, pour le juge de la légalité, de statuer sur le mérite du recours dont il était saisi, quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution. En outre, si, à la date à laquelle le juge est saisi, l'administration a abrogé l'acte attaqué, cette circonstance prive d'objet la requête formée à son encontre, à la double condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation soit devenue définitive.

3. Le département du Puy-de-Dôme fait valoir qu'il n'y a plus lieu de statuer sur la requête dès lors que M. B souhaitait " être repositionné " au sein de la collectivité avec une nouvelle affectation ; que le 5 septembre 2022 il a été affecté sur l'emploi d'assistant de gestion au sein des services de la collectivité et que, par un arrêté du 9 septembre 2022, il a été autorisé à exercer ses fonctions dans le cadre d'un mi-temps thérapeutique pour une durée de trois mois à compter du 05 septembre 2022. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction et n'est pas même allégué par le département du Puy-de-Dôme en défense que l'arrêté du 12 novembre 2020 ayant placé le requérant en disponibilité d'office à compter du 7 décembre 2020 aurait été abrogé ou retiré. Dès lors, l'autorité territoriale n'est pas fondée à soutenir que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre ce dernier arrêté auraient perdu leur objet postérieurement à l'introduction de la requête. Il suit de là que l'exception de non-lieu à statuer soulevée en défense ne peut qu'être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article 72 de la loi du 26 janvier 1984 applicable au litige : " La disponibilité est la position du fonctionnaire qui, placé hors de son administration ou service d'origine, cesse de bénéficier, dans cette position, de ses droits à l'avancement et à la retraite. / () / La disponibilité est prononcée, soit à la demande de l'intéressé, soit d'office à l'expiration des congés prévus aux 2°, 3° et 4° de l'article 57 () ". Aux termes de l'article 81 de ladite loi : " Le fonctionnaire territorial reconnu, par suite d'altération de son état de santé, inapte à l'exercice de ses fonctions peut être reclassé dans un emploi d'un autre cadre d'emplois ou d'un autre corps ou dans un autre emploi, en priorité dans son administration d'origine ou à défaut dans toute administration ou établissement public mentionnés à l'article 2 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, s'il a été déclaré en mesure de remplir les fonctions correspondantes. / Le reclassement est subordonné à la présentation d'une demande par l'intéressé. Par dérogation, la procédure de reclassement peut être engagée en l'absence de demande de l'intéressé. Ce dernier dispose, en ce cas, de voies de recours ". Aux termes de l'article 85-1 de cette loi : " Le fonctionnaire reconnu inapte à l'exercice de ses fonctions a droit à une période de préparation au reclassement avec traitement d'une durée maximale d'un an. Cette période est assimilée à une période de service effectif. Pendant cette période, l'agent peut être mis à disposition du centre de gestion pour exercer une mission définie au deuxième alinéa de l'article 25 de la présente loi ". En vertu de l'article 4° du décret du 30 juillet 1987 susvisé, le comité médical départemental donne un avis " sur l'octroi et le renouvellement des congés de maladie et la réintégration à l'issue des congés de maladie " et est obligatoirement consulté pour " la mise en disponibilité d'office pour raison de santé et son renouvellement () ". Aux termes de l'article 37 dudit décret : " Le fonctionnaire ne pouvant, à l'expiration de la dernière période de congé de longue maladie ou de longue durée, reprendre son service, est reclassé dans un autre emploi en application du décret du 30 septembre 1985 susvisé ou admis à bénéficier d'un dispositif de période préparatoire au reclassement. / A défaut, il est soit mis en disponibilité, soit admis à la retraite après avis du conseil médical compétent ". Aux termes de l'article 38 du même décret : " La mise en disponibilité mentionnée aux articles 17 et 37 du présent décret est prononcée après avis du conseil médical sur l'inaptitude du fonctionnaire à reprendre ses fonctions ". Aux termes de l'article 1er du décret du 30 septembre 1985 susvisé : " Lorsque l'état de santé d'un fonctionnaire territorial ne lui permet plus d'exercer normalement ses fonctions et que les nécessités du service ne permettent pas d'aménager ses conditions de travail, le fonctionnaire peut être affecté dans un autre emploi de son grade ". Aux termes de l'article 2 dudit décret : " Lorsque l'état de santé d'un fonctionnaire territorial, sans lui interdire d'exercer toute activité, ne lui permet pas de remplir les fonctions correspondant aux emplois de son grade, l'autorité territoriale ou le président du Centre national de la fonction publique territoriale ou le président du centre de gestion, après avis du comité médical, propose à l'intéressé une période de préparation au reclassement en application de l'article 85-1 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée. L'agent est informé de son droit à une période de préparation au reclassement dès la réception de l'avis du comité médical, par l'autorité territoriale dont il relève () ".

5. Il résulte des dispositions mentionnées au point 4 du présent jugement que lorsqu'un fonctionnaire a été, à l'issue de ses droits statutaires à congé de longue durée, reconnu inapte à la reprise des fonctions qu'il occupait antérieurement, l'autorité hiérarchique ne peut placer cet agent en disponibilité d'office, sans l'avoir préalablement invité à présenter, s'il le souhaite, une demande de reclassement. La mise en disponibilité d'office peut ensuite être prononcée soit en l'absence d'une telle demande, soit si cette dernière ne peut être immédiatement satisfaite.

6. Il ressort des pièces du dossier que, par un avis émis le 23 octobre 2020, le comité médical départemental, se fondant notamment sur le rapport d'expertise du 18 septembre 2020, a estimé que M. B était apte " à la reprise des fonctions d'adjoint administratif ". Il ressort également du rapport d'expertise du 18 septembre 2020 que l'état de santé de l'intéressé permettait une réintégration à temps partiel thérapeutique à 50 % pour une période de trois mois sur un autre poste compatible avec les préconisations prévues par le médecin de prévention. En outre, par un courrier daté du 3 mars 2020, le médecin de prévention indiquait que, dans l'optique d'une reprise de travail avec changement d'affectation, il conviendrait de veiller de proposer à M. B un poste sans contact avec le public et dans une atmosphère non bruyante et non stressante. Le département du Puy-de-Dôme observe en défense que, dans ces conditions, l'état de santé de l'intéressé " ne lui permettait plus d'exercer normalement ses fonctions " et en déduit qu'il " ne pouvait pas réintégrer son poste d'agent d'accueil, de magasinage et de valorisation aux archives départementales " dès lors que ce poste imposait un contact avec le public et présentait des risques d'exposition au stress et au bruit. Dès lors, le président du conseil départemental du Puy-de-Dôme doit être regardé comme s'étant fondé sur l'inaptitude de M. B à exercer ses fonctions pour procéder à son placement en disponibilité d'office. Or, il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est pas davantage soutenu en défense que, préalablement à l'édiction de cette mesure, l'autorité territoriale aurait invité M. B à présenter une demande de reclassement.

7. Par ailleurs, si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

8. Le département du Puy-de-Dôme observe qu'il était tenu de placer le requérant en disponibilité d'office dès lors que ce dernier ne pouvait pas reprendre ses fonctions sur son ancien poste et que la collectivité ne disposait pas de poste vacant compatible avec les préconisations du médecin de prévention. Toutefois, en s'abstenant d'inviter M. B à présenter une demande de reclassement l'autorité territoriale, contrairement à ce qu'elle soutient en défense, a privé l'intéressé d'une garantie. Par suite, le placement en disponibilité d'office en litige est entaché d'un vice de procédure faute d'avoir été précédé d'une invitation à l'agent de présenter une demande de reclassement.

9. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 12 novembre 2020 par lequel le président du conseil départemental du Puy-de-Dôme l'a placé en disponibilité d'office à compter du 7 décembre 2020, ainsi que l'annulation du rejet de son recours gracieux dirigé contre cette décision.

Sur les conclusions indemnitaires :

10. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle () ".

11. Le requérant demande la réparation du préjudice moral qu'il estime avoir subi à la suite de l'édiction de l'arrêté en litige. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que M. B a saisi l'autorité territoriale d'une demande indemnitaire préalablement à l'introduction de sa requête. Dans ces conditions, le département du Puy-de-Dôme, qui oppose à titre principal, l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires présentées par le requérant, est fondé à soutenir que ces conclusions n'ont pas été présentées conformément aux prescriptions fixées à l'article R. 421-1 du code de justice administrative. Cette fin de non-recevoir opposée en défense par le département du Puy-de-Dôme doit, par suite, être accueillie. Il suit de là que les conclusions indemnitaires présentées par M. B ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Le présent jugement n'implique pas nécessairement, eu égard au motif d'annulation, les autres moyens de la requête ne pouvant prospérer, ni la régularisation de la carrière de M. B, ni le paiement de rémunérations non versées, ni la régularisation de ses droits à la retraite. Par conséquent, les conclusions du requérant tendant auxdites fins ne peuvent qu'être rejetées. En revanche, il y a lieu, d'enjoindre au président du conseil départemental du Puy-de-Dôme de procéder au réexamen de la situation de M. B dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais d'instance :

13. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre la somme de 1 500 euros à la charge du département du Puy-de-Dôme au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 12 novembre 2020 ayant placé M. B en disponibilité d'office à compter du 7 décembre 2020, ainsi que le rejet de son recours gracieux dirigé contre cet arrêté sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au président du conseil départemental du Puy-de-Dôme de réexaminer la situation de M. B dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le département du Puy-de-Dôme versera à M. B la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au département du Puy-de-Dôme.

Délibéré après l'audience du 5 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Caraës, présidente,

M. Jurie, premier conseiller,

Mme Bollon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.

Le rapporteur,

G. JURIE

La présidente,

R. CARAËS La greffière,

F. LLORACH

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2101005

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